La lettre aux rois mages et leur réponse

Chers souverains, 

a)  Je désire un châle de mariée tissé main en inde du nord, évidemment en cachemire ;

b) Je désire une felouque neuve de fabrique traditionnelle ;

c) Je désire un sitar indien identique à celui de Ram Shankar. 

Vous pouvez me livrer en venant tous les trois en felouque, bien sûr.

Cher sujet,

Ici Melchior qui répond à votre demande.

Nous avons pris note de ce souhait des trois objets dont vous formulez la demande. L’intérêt de celle-ci et le temps qui nous est imparti pour y répondre, fait que nous avons jugé bon de transférer votre demande à Amazon, qui quelque part, aujourd’hui, fait office de rois mages newlook.

Nous avons appris que ce quatrième roi mage était dans l’impossibilité de vous livrer suite à une grève évidemment sauvage, de leur personnel, qui se révoltait à cause de la servitude, si ce n’est de l’esclavage qui règne chez eux. D’après ce que l’on nous dit !

Nous avons donc fait une recherche à l’aide de Google pour trouver une solution à votre intéressante demande.
Heureusement que Google apporte des milliers de réponses à ceux qui leurs posent des questions.

Il existe un quartier indien, près de la gare du Nord à Paris, au métro La Chapelle. Nous vous suggérons de vous y rendre pour faire vos achats. Nous vous adressons un bon SNCF pour un aller et retour en TGV à Paris. Lorsque vous ferez vos emplettes, vous direz au magasin de nous envoyer la facture, s’ils vous croient, ce sera un bon point pour vous. Sinon, vous payez et l’an prochain on vous remboursera, car nous ne venons qu’une fois par an vous voir.

Par ailleurs, sachez que nous ne changeons jamais notre mode de transport. Nous restons fidèle aux chameaux, qui cahin caha nous conduisent jusqu’à vous. Donc pas de felouque pour nous trois, les paparazzi sont à l’affût, il nous faut respecter notre image et notre discrétion légendaire, surtout ne pas faire les gros titres de Voici ou de Gala.

Nous vous espérons satisfait de notre réponse et chaque personne satisfaite nous comble de bonheur.

Lin

Une expression à prendre au pied de la lettre

Je ne coupe pas les cheveux en quatre

Mardi

2 permanentes

1 coupe homme

1 brushing

Il faisait super froid ce matin quand j’ai ouvert le salon. La chaudière est encore tombée en panne. Je l’ai rallumée à grand peine. Elle va finir par claquer définitivement. J’entends déjà Maël me faire son couplet sur le poêle à bois. Comme si je n’avais que ça à faire de couper du bois. Je coupe les cheveux moi, pas le bois.

Il y a eu un magnifique soleil d’hiver toute la journée. C’est le temps que je préfère, mais le problème, c’est que le magnifique soleil d’hiver darde ses rayons sur la poussière. On ne voyait que ça : poussière sur les fauteuils, poussière sur les lavabos, poussière partout. C’était déprimant. J’ai voulu fumer une cigarette pour me donner du courage, mais Mme Le Goff était déjà en vue, clopin-clopant. Chaque jour elle me paraît plus vieille que la veille. Certainement que plein de gens se font la même réflexion à mon sujet.

Pendant que je faisais le chignon de Mme Le Goff en l’écoutant distraitement me raconter pour la centième fois comme son mari, Jean-Yves était un bel homme et le meilleur sonneur du canton, je me regardais dans la glace et j’ai vu un cheveu blanc.

Donc ce mardi est à marquer non d’un caillou blanc mais d’un cheveu blanc.

Après Mme Le Goff, j’ai eu à peine le temps de me faire un café que Maël a débarqué. Il a enfin compris que je ne vendrais pas son miel dans ma boutique, mais cette fois, il veut fabriquer du shampoing bio ; ça ne m’emballe pas particulièrement mais je vais y réfléchir. Le risque c’est que son produit ne soit pas efficace (si les produits naturels étaient super efficaces ça se saurait) mais l’intérêt c’est que j’aurais peut-être une ouverture vers la clientèle baba bio. Toutes ces bonnes femmes qui ont des tignasses moches et se font des hennés elles-mêmes adorent Maël. Elles viendraient peut- être ici pour lui faire plaisir.

L’après-midi j’ai fait la comptabilité. Ce n’est pas catastrophique, mais il n’y a pas de quoi rénover. J’aime bien mon petit salon dans son jus mais il faudrait vraiment que je change les fauteuils. Et peut- être payer une gamine pour faire le ménage. Surtout les jours de grand soleil haha. Bon on verra ça demain, j’ai mal au dos.

Mercredi

8 coupes enfants

1 coupe homme

J’ai toujours adoré le mercredi, son petit côté demi-pause. Mais depuis que j’ai repris le salon j’ai changé d’avis.

Aujourd’hui, toute la tribu Millian a défilé. Kilian et Nathan n’arrêtaient pas de toucher à tout. Killian est mignon mais Nathan m’exaspère. Le summum, c’est que la grande, Mélia avait des poux sous ses dreadlocks. J’ai été claire, il faut enlever tout. Elle n’a pas voulu et est partie en pleurant. La mère était désolée.  Il a fallu que je vérifie si elle-même n’avait pas attrapé de poux. Un vrai carnaval et je n’ai même pas compté la coupe.

Je suis triste de ne pas avoir d’enfants, mais des jours comme aujourd’hui je n’ai pas de regrets.

En fin d’après-midi, après avoir coiffé 8 gamins, horreur, Mr Touraine est arrivé. Il n’avait pas pris rendez-vous bien sûr, comme il ne parle quasiment pas. Comme d’habitude, il s’est directement assis sur le fauteuil avec sa boule à zéro et a commencé à se balancer. Je n’avais même pas fini de balayer après la tornade Millian. Je lui ai passé de l’huile, je l’ai massé, et j’ai bien plaqué les quelques cheveux qui lui restent sur l’arrière. J’ai vu dans une émission à la télé que les autistes ne supportent pas qu’on les touche donc il ne doit pas être autiste.

Enfin au moins il paye sans problème.

Jeudi

1 teinture

1 coupe courte femme

1 barbe

C’était calme aujourd’hui. Pas bon pour le bilan financier mais pas désagréable.

J’ai fait la coupe de Catherine sur l’heure de midi. Elle a une aventure avec son stagiaire. Incroyable. Une vraie couguar. Il a 10 ans de moins qu’elle. J’ai bien sûr eu droit à tous les détails.

Ça m’a donné envie de prendre un stagiaire évidement mais en coiffure dans un bourg de 1000 habitants il n’y a pas la queue au portillon.

J’étais de bonne humeur pour le shampoing de Mme Le Goff. Demain elle ne viendra pas, elle va au marché.

Vendredi

4 coupes

1 brushing

Horrible journée.

3 cheveux blancs. Chaudière en panne. Mme Le Goff s’est trompée de jour et est venue quand même.

Je crois que je suis amoureuse de Maël.

 Cécile Zwilling, janvier 2023

La lettre aux rois mages et leur réponse

Lettre aux rois mages

Chers Melchior, Gaspard et cher Balthazar,

Je sais bien que vous avez fort à faire. Déjà, vous repérer dans ce ciel étoilé pour suivre celle qui…

Bon. Pas de myrrhe, pas d’encens, NON!

Pas d’or non plus. A quoi pensez-vous donc?

Aujourd’hui, ce qu’il nous faut, c’est de l’eau. Débouillez-vous,  mages et rois que vous êtes, pour la répartir équitablement sur la planète, cette eau indispensable à la vie. Ce serait un début!

Et puis…S’il vous plaît… Oui, je sais bien que vous êtes de bonne volonté, mais un peu déconnectés, hein? La myrrhe et l’encens, je me demande où vous avez la tête. Y’a pas de quoi pérorer…

Alors…Si par hasard vous aviez, sait-on jamais, un certain pouvoir, une quelconque influence….Si vous pouviez diffuser, comme une belle couche d’ozone bien complète, une vaporisation de Respect qui retomberait, là, comme ça, en poudre de soie, sur les têtes égarées des humains, tous, tous, tous, tant qu’à faire!Les grands de ce monde, ceux qui décident, les petits qui subissent, c’est toujours comme ça depuis qu’il est monde, le monde, les fiers à bras, les kamikazes, les assassins, les égarés, les invalides du cerveau, les blessés agressifs, les ignares brutaux, les crédules, les incrédules, les bas du front, les perfides, les égoïstes, les Zaffreux et les bêtas…et les autres aussi, tous, je vous dit, les naïfs, les anxieux, les peureux, les désabusés…

Le respect, juste le respect, comme une brume légère…et on verrait.

(Texte de Catherine)

Réponse des rois mages

Très chère Elizabeth, Annabelle ou peut-être Rosine

Tu n’as pas signé ta missive. Comment faire pour te répondre?

 Certainement , tu te reconnaîtras…Après concertation, nous avons décidé tous les trois de te nommer Colombe. Parce que c’est doux, Colombe…Et symbole de Paix… C’est joli, non? Tu seras donc notre Colombe. Ta demande, c’est qu’il fasse beau pour que tu puisses inviter tes vieux amis. Quoi de plus simple comme requête. Quoi de plus universel aussi… Qui ne le souhaite? Même si le Beau d’ici n’est pas le Beau de là, qu’importe. L’idée même de beau, ça nous a fait rêver, nous aussi. Gaspard est parti dans un de ces délires… Excès de myrrhe sans doute!

Beau dans le ciel.. .Pour que les vieux amis rassemblés se sentent tout simplement heureux, du moment passé ensemble, des échanges, de la musique…Du beau à partager avec les amis. Beauté et amitié : Beau cocktail en vérité ! Nous, on l’a bien vue la scène !

Balthazar, qui est d’un naturel sensible malgré ses grands airs, et plus encore avec les ans, en a eu le regard brouillé…

Alors, un peu pour lui aussi, on a eu plaisir à rajouter un ciel bleu infini, des cerisiers en fleurs, une athmosphère au doux parfum de printemps, un déjeuner champêtre, un orchestre, présent et cependant discret, là, sous les arbres dans un petit kiosque, des conversations joyeuses et des sourires, de pleines brassées de sourires de plaisir, d’ être là. Etre là et être ensemble …Des retrouvailles presque enchantées.

En ces temps de nuit et de brouillard, en cet hiver permanent du coeur, en ces périodes de doutes, de tensions, quoi de plus essentiel?

Nous avons pour l’heure quelques affaires urgentes à régler. Le ciel est parfois si sombre que nous nous  égarons : difficile dans ces conditions de suivre l’étoile ! Que de temps gâché !

Mais promis, juré, dès que nous en aurons terminé avec notre propre quête, nous ferons notre possible pour te donner entière satisfaction.

Une condition cependant – de nos jours, rien n’est gratuit – donnant-donnant, il faut vivre avec son temps : Invite nous.

Dans l’attente de te satisfaire,

pour les rois-mages

Melchior (Clara)

Métamorphose

 C’était en 1938. J’étais parti d’une oasis pour en rejoindre une autre, avec boussole, sextant, évidemment mais j’étais jeune ; j’étais fou. Mes parents m’avaient dit : « Comment vois-tu l’avenir ? » J’avais répondu : « J’ai besoin de liberté. » Ma mère, moqueuse : « C’est ridicule. » 

     Maniant le sextant depuis plusieurs heures, j’eus l’impression de mal tenir cet objet dans mes mains, comme si le sextant avait changé de matière. Avait-il gardé la chaleur de la journée ? Avais-je les mains froides ? Curieusement, la boussole semblait avoir changé, elle aussi. A tel point que je craque une allumette pour voir la boussole. Quelle horreur ! mes doigts étaient minces et ma peau était celle de… de quoi ? Comme un poisson ! Je craquai nerveusement une autre allumette. Je ne compris pas. Je pensais être debout, mais le sol était juste sous mes yeux. L’allumette éteinte, je décidais de respirer, complètement ahuri. Je ne sentais plus mes jambes. Pensant me relever, je ne pouvais pas le faire. Ne comprenant rien à ce qu’il m’arrivait, j’avais compris qu’à l’est le jour ne tardait pas. Je pris aussi conscience qu’étant en plein désert, des odeurs fortes de sable, d’animaux, et même de plantes me parvenaient, et, en même temps, l’odeur de mon sac et de ce qu’il contenait devenait excessivement forte et désagréable. Mon miroir était tombé sur le sol et ma tête était proche. Et je commençais à comprendre … à la place de mon visage, c’était… enfin j’avais… une tête de batracien aux yeux jaunes lumineux ! Et là, je me retournai et je vis mon corps. J’étais un serpent. Mes doigts s’enfonçaient dans le sable. Dans ma stupéfaction, alors que j’entendais le vent plus intensément qu’à l’ordinaire, des bruits, qui ne pouvaient être qu’humains, me parvenaient.

     Il faisait assez jour. Revenant à mon corps, me regardant, supposant que je fatiguais par manque de sommeil, je voulu pouvoir dire stop. Impossible.

     Levant la tête, je vis en face de moi, un enfant blond, un homme vêtu comme un motard, à côté d’un avion.

     Le destin avait fait de moi celui qui allait terminer, ou prolonger, puisque cela restera un mystère, une belle histoire d’amour entre une rose et un petit prince.

     Pour me donner du courage je goûtai un bon carré de chocolat tombé de mon sac, et je m’approchai de ces deux personnages… en rampant !

Bernard

Ecriture résolutive

La violence

Je m’adresse à mes genoux

Voilà, ce que je ne soupçonnais pas est arrivé. Je n’aurai pas cru imaginer il y a quelques années relater ces faits sur la place publique, mais là vous ne me laissez pas le choix. Vous m’obligez à étaler ce que par amour propre on préfère éluder. Ce n’est pas parce que j’avais le vertige que vous avez refusé de bosser, les longues randonnées ne vous ont jamais fait peur, même s’il m’arrivait de refuser de vous solliciter, le vide aux faîtes de certains endroits m’empêchait de réagir sainement, jamais vous ne tremblâtes sur vos attaches. Je vous faisais confiance… Maintenant, je vous le dis sans détour, il se pourrait bien que cela vous arrive de trembler et le gaz des sommets n’y est pour rien.

Qu’entends-je ? Un rire sournois ? Vous mettez ma parole en doute ? Le jour où ma jambe m’a trahie, vous devez vous en souvenir, jamais cela ne s’était produit, et copain comme cochons, à droite et à gauche, vous vous êtes donné le mot ‘voyons combien de temps il va tenir’, eh bien le temps est venu, vous m’obligez à optimaliser mes déplacements, ne pas faire plus de pas que nécessaire…vous jouez avec le feu, c’est du moins ce que je ressens dans mes articulations, vous faites un parcours du combattant du moindre de mes mouvements.

J’entends des murmures… ‘à son âge, c’est normal, il est dans les statistiques…’ mais les statistiques on peut les bousculer et je vais vous apprendre de quelles façons on peut chahuter avec les tendances. Ouvrez bien vos cartilages :

Vous vous êtes gaussé des multiples injections dont vous auriez dû vous méfier, vous avez persisté à ne rien changer, fait vos mauvaises têtes de rotule… Mais il se pourrait que vous la perdiez non pas sur le gibet de la Place de Grève, mais dans un lieu aseptisé, où la scie remplace la guillotine. Vous êtes avertis, le sursis sera court.  

Antoine

D’après une carte DIXIT

Fleury-Mérogis, le 10 septembre 

         Monsieur le Juge, 

 Nous nous rencontrâmes dans de funestes circonstances mardi dernier puisque j’étais dans le box des accusés et que vous me gratifiâtes d’un vigoureux coup de marteau qui me fit une bosse que je porte toujours aujourd’hui.

  Je suis le cochon Carsin, je suis innocent et j’entends bien vous le prouver.

  Premièrement, je me suis trouvé au mauvais endroit au mauvais moment : si j’étais mardi dernier dans la salle polyvalente de la forêt, c’est parce que je cherchais le concours de beauté. Voyez-vous, ma mère m’a toujours dit que j’étais particulièrement mignon pour un cochon, un teint bien rose, une jolie queue en tire-bouchon… Enfin bref, revenons à nos cochons, euh ! à nos moutons !

  Je cherchais donc le jugement des animaux quand un lapin blanc me colle une pancarte dans les pattes et me pousse dans la salle du tribunal en me disant : « Pose pas de questions, dis oui à tout ! » Voilà pourquoi je fus embarqué contre ma volonté dans cette séance tout sauf chouette – sauf votre respect, Monsieur le Juge.

  Deuxièmement, l’erreur aurait pu facilement être rectifiée si mon avocat avait pu être présent. Or, pas plus tard que la semaine dernière, Monsieur Lanio fut dévoré par le loup, alors qu’il prenait sa pause à la buvette, le même loup inculpé également et que vous relaxâtes sous prétexte qu’il était plus fort que vous aux échecs. « Les animaux, mes amis… Les aimer, les respecter », mon œil, oui !

  Troisièmement, et là vous ne pourrez trouver à y redire, j’en appelle à votre bon sens. Vous m’auriez condamné pour un vol de bonbons à la menthe ou de pâtes de fruits, je ne dis pas… Mais pour un trafic de saucisson !? Vous m’avez bien regardé ?

  J’en appelle donc à votre clémence, Monsieur le Juge, et vous demande instamment de faire le nécessaire pour me sortir de ce pétrin.

Le cochon Carsin

Astrid

D’après une carte DIXIT

Un orchestre d’anges

Salut Zilou,

On a du taf ! Je ne sais pas si t’es au courant, mais notre planning est complètement chamboulé… il parait qu’une grande dame se prépare à rejoindre la galaxie des âmes pures. Du coup, la répète pour son arrivée est prioritaire. Alors on laisse tomber la « Marche des Anges », la « Symphonie Céleste » et tous les arrangements des vieux cantiques.

Je sais, ça fait pas sérieux après toute la pression qu’on nous a mis juste avant les vacs.

Je te dis pas la tête de Zano et Zulio quand je leur ai dit ! J’ai cru qu Zano allait faire exploser son saxo tellement il s’est mis à souffler furieusement dedans ! Quant à Zulio, sa trompette, elle, en a perdu la voix…

Mais moi je n’suis pas mécontent de ce revirement. Finalement, on s’adresse à nous pour ce que nous savons le mieux faire. Beauté et harmonie. Musique de l’infini. Liberté dans la joie et le partage. Calme et volupté. Hum, hum, je m’égare un peu là… Bref, avec nous tout est grâce, bien loin des pesanteurs terrestres et de leur cortège de désolation.

J’ai cru comprendre que la nouvelle avait bien besoin de sobriété et de simplicité. Alors mettons-y tout notre cœur, et tout notre art. Il paraitrait qu’elle avait le sens de l’humour. Si on ajoutait quelques tonalités jazzy, et quelques mesures de java, tu crois que ça lui plairait ? Qu’en penses-tu ?

Allez, salut Zilou ! Je te laisse à tes gammes… et à demain, à la répète ! Ton copain Zaki.

Catherine

Ecriture sensorielle

Il existe un pays, un lieu magique, un lieu de lumière.

Parfois, quand le soleil est au zénith, l’ombre disparaît pour toujours, tu en es persuadé.  Lui seul, en maître absolu, te caresse et la peau te brûle et c’est délicieux, tu deviens pain doré.

Un endroit dans lequel le temps s’arrête.

D’abord la montagne là, juste devant. La ligne d’horizon. Une couverture de végétation rase, rouge presque lorsqu’elle n’est pas encore brûlée et le soleil qui naît. Premier jour du monde.  

Et l’eau qui t’appelle. Tu la vois. Ton regard ne peut s’en détacher.

La mer, sa couleur à elle, émeraude incomparable. Resplendissant trésor. Elle t’attire tant : ton corps n’a de cesse que de s’y plonger, de s’envelopper de sa fraîcheur, caresse, éteindre le feu. Tout ton être n’aspire qu’à s’unir à elle.

La regarder te rafraîchit, la contempler te transforme. Tu deviens sirène, c’est certain, tant elle t’appelle, tu deviens marin, tu deviens poisson.

Mais il n’y a pas qu’elle.

Tu es ébloui par les couleurs, roses, rouges, bleus, violets des grappes fleuries de bougainvilliers qui tentent en vain de s’échapper des jardins clos. Et tu es conquis, hypnotisé par ces couleurs- là, si intenses que ton indifférence a fui ; elles explosent sans nuance et t’éclaboussent …le bleu, les fleurs de lauriers, les murs blancs qui aveuglent. Regarde le sol, rien que lui. Il est gris bleuté, ou blanc de chaux, quelques brins d’herbe, des fleurs encore, des fleurs et tes yeux ne savent plus sur quoi se poser.

 Ton regard danse jusqu’à l’évanouissement de plaisir.

 Ferme les paupières, elles sont là encore, les couleurs, qui illuminent tes rêves et tes souvenirs. Trop parfois, trop de beauté, tu aspires à la nuit et tu attends résolument l’instant où la palette à nouveau colorera la vie du jour suivant. Tu deviens peintre, tu deviens musicien.

Les ruelles fraîches, les figuiers et leur odeur à eux, addictive, les bateaux de pêche qui dansent, la plage noire et le soleil et l’ombre qui jouent sur les places publiques et le vent, parfois.

Tu te laisses porter, tout est caresse qui te calme, t’apaise. 
 Tu souris, c’est plus fort que toi.  

Tu deviens ici lumière et couleur toi de même. Tu te métamorphoses et changes de nature.

Juste tu es.

Peut-être un nourrisson qui découvre sans connaître, qui vit sans savoir, qui rêve sans mots.

Peut-être redeviens tu ce nouveau- né, retrouves-tu, au profond, des sensations oubliées, archaïques et nourricières.

Peut-être.

Dans ce pays tu croiseras des gens.  Leurs visages ouverts, leurs regards francs…Silencieux et souriants. Juste sans les mots. Juste là. Juste présents.

Tu t’y plairas, la question ne se pose même pas. Quoi que tu aimes, tu t’y plairas.   Qui que tu sois, tu t’y plairas.

Tu déambules, tu ne peux pas faire autrement, parce que tes pieds t’entraînent, parce que ton corps tout entier te mène devant , là, deux pas plus loin .

 Tu veux sentir encore, ressentir encore, voir, explorer, goûter encore ce qui s’offre ici, parce que c’est juste bon.               

Encore, encore.

Ce n’est plus toi qui es là, ce toi-là est resté quelque part entre deux mondes. Ton avion minuscule a atterri sur une autre planète d’où tous tes repères sont absents. Le temps s’est arrêté et chaque instant a un goût d’éternité.

Clara, le 1er juillet 2022

En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme ça !

En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme ça…

« L’histoire du petit Chaperon Rouge, vous vous rappelez ? La petite gamine qui apporte un pot de beurre à sa grand-mère…

Je m’appelle Mouloud, je suis un pote du Petit Chaperon et, sur la vie d’ma mère, ça s’est pas du tout passé comme ça ! En fait c’est une histoire trop chelou. Le Pt’it Chaperon il vivait sur Panam, dans le 9 – 3. Tous les jours c’était la misère dans son quartier : prostitution en bandes organisées, braquages, poursuites avec les flics, tout ça… En fait ses parents y bossaient pas, et ils voulaient trop se faire de l’oseille, tu vois ? Petit Chaperon il allait pas à l’école parce que ses parents ils pouvaient pas payer, la misère j’te dis !

Un jour ils ont discuté avec un grand du quartier, sur la vie d’ma mère c’était le plus gros dealer de Panam, tout l’monde y baissaient les yeux quand ils le croisaient. Après ça, les parents y zont demandé à Petit Chaperon d’aller livrer un bail dans le 9 – 4 pour un mec qu’ils connaissaient même pas. Du style Petit Chaperon il devait déposer 20 Kg de Marie Jeanne chez un gars trop chelou. En vrai, il a chouravé le scoot de son frère et il est parti livrer la came chez le gars. Il a tracé, sa mère, sur le périf pas de permis, pas de papiers et tout. Il a doublé les Kondés, c’était trop ouf ! 

Il est arrivé chez le gars, une baraque cradingue, portail défoncé et tout, un chien qui grognait, la grosse loose. 

Petit Chaperon il a sonné, et là j’te jure il y a un loup en peignoir qu’est sorti, et il a demandé à petit Chaperon : « t’as la came, gamin ? »

Vas-y Petit Chaperon il a balisé sa mère, il a ouvert le scoot, il a filé la came au gars, et il s’est barré en deux – deux, trop chelou le loup en peignoir ! »

Nicolas