Ecriture sensorielle

Il existe un pays, un lieu magique, un lieu de lumière.

Parfois, quand le soleil est au zénith, l’ombre disparaît pour toujours, tu en es persuadé.  Lui seul, en maître absolu, te caresse et la peau te brûle et c’est délicieux, tu deviens pain doré.

Un endroit dans lequel le temps s’arrête.

D’abord la montagne là, juste devant. La ligne d’horizon. Une couverture de végétation rase, rouge presque lorsqu’elle n’est pas encore brûlée et le soleil qui naît. Premier jour du monde.  

Et l’eau qui t’appelle. Tu la vois. Ton regard ne peut s’en détacher.

La mer, sa couleur à elle, émeraude incomparable. Resplendissant trésor. Elle t’attire tant : ton corps n’a de cesse que de s’y plonger, de s’envelopper de sa fraîcheur, caresse, éteindre le feu. Tout ton être n’aspire qu’à s’unir à elle.

La regarder te rafraîchit, la contempler te transforme. Tu deviens sirène, c’est certain, tant elle t’appelle, tu deviens marin, tu deviens poisson.

Mais il n’y a pas qu’elle.

Tu es ébloui par les couleurs, roses, rouges, bleus, violets des grappes fleuries de bougainvilliers qui tentent en vain de s’échapper des jardins clos. Et tu es conquis, hypnotisé par ces couleurs- là, si intenses que ton indifférence a fui ; elles explosent sans nuance et t’éclaboussent …le bleu, les fleurs de lauriers, les murs blancs qui aveuglent. Regarde le sol, rien que lui. Il est gris bleuté, ou blanc de chaux, quelques brins d’herbe, des fleurs encore, des fleurs et tes yeux ne savent plus sur quoi se poser.

 Ton regard danse jusqu’à l’évanouissement de plaisir.

 Ferme les paupières, elles sont là encore, les couleurs, qui illuminent tes rêves et tes souvenirs. Trop parfois, trop de beauté, tu aspires à la nuit et tu attends résolument l’instant où la palette à nouveau colorera la vie du jour suivant. Tu deviens peintre, tu deviens musicien.

Les ruelles fraîches, les figuiers et leur odeur à eux, addictive, les bateaux de pêche qui dansent, la plage noire et le soleil et l’ombre qui jouent sur les places publiques et le vent, parfois.

Tu te laisses porter, tout est caresse qui te calme, t’apaise. 
 Tu souris, c’est plus fort que toi.  

Tu deviens ici lumière et couleur toi de même. Tu te métamorphoses et changes de nature.

Juste tu es.

Peut-être un nourrisson qui découvre sans connaître, qui vit sans savoir, qui rêve sans mots.

Peut-être redeviens tu ce nouveau- né, retrouves-tu, au profond, des sensations oubliées, archaïques et nourricières.

Peut-être.

Dans ce pays tu croiseras des gens.  Leurs visages ouverts, leurs regards francs…Silencieux et souriants. Juste sans les mots. Juste là. Juste présents.

Tu t’y plairas, la question ne se pose même pas. Quoi que tu aimes, tu t’y plairas.   Qui que tu sois, tu t’y plairas.

Tu déambules, tu ne peux pas faire autrement, parce que tes pieds t’entraînent, parce que ton corps tout entier te mène devant , là, deux pas plus loin .

 Tu veux sentir encore, ressentir encore, voir, explorer, goûter encore ce qui s’offre ici, parce que c’est juste bon.               

Encore, encore.

Ce n’est plus toi qui es là, ce toi-là est resté quelque part entre deux mondes. Ton avion minuscule a atterri sur une autre planète d’où tous tes repères sont absents. Le temps s’est arrêté et chaque instant a un goût d’éternité.

Clara, le 1er juillet 2022

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