D’après une carte DIXIT

Un orchestre d’anges

Salut Zilou,

On a du taf ! Je ne sais pas si t’es au courant, mais notre planning est complètement chamboulé… il parait qu’une grande dame se prépare à rejoindre la galaxie des âmes pures. Du coup, la répète pour son arrivée est prioritaire. Alors on laisse tomber la « Marche des Anges », la « Symphonie Céleste » et tous les arrangements des vieux cantiques.

Je sais, ça fait pas sérieux après toute la pression qu’on nous a mis juste avant les vacs.

Je te dis pas la tête de Zano et Zulio quand je leur ai dit ! J’ai cru qu Zano allait faire exploser son saxo tellement il s’est mis à souffler furieusement dedans ! Quant à Zulio, sa trompette, elle, en a perdu la voix…

Mais moi je n’suis pas mécontent de ce revirement. Finalement, on s’adresse à nous pour ce que nous savons le mieux faire. Beauté et harmonie. Musique de l’infini. Liberté dans la joie et le partage. Calme et volupté. Hum, hum, je m’égare un peu là… Bref, avec nous tout est grâce, bien loin des pesanteurs terrestres et de leur cortège de désolation.

J’ai cru comprendre que la nouvelle avait bien besoin de sobriété et de simplicité. Alors mettons-y tout notre cœur, et tout notre art. Il paraitrait qu’elle avait le sens de l’humour. Si on ajoutait quelques tonalités jazzy, et quelques mesures de java, tu crois que ça lui plairait ? Qu’en penses-tu ?

Allez, salut Zilou ! Je te laisse à tes gammes… et à demain, à la répète ! Ton copain Zaki.

Catherine

Ecriture sensorielle

Il existe un pays, un lieu magique, un lieu de lumière.

Parfois, quand le soleil est au zénith, l’ombre disparaît pour toujours, tu en es persuadé.  Lui seul, en maître absolu, te caresse et la peau te brûle et c’est délicieux, tu deviens pain doré.

Un endroit dans lequel le temps s’arrête.

D’abord la montagne là, juste devant. La ligne d’horizon. Une couverture de végétation rase, rouge presque lorsqu’elle n’est pas encore brûlée et le soleil qui naît. Premier jour du monde.  

Et l’eau qui t’appelle. Tu la vois. Ton regard ne peut s’en détacher.

La mer, sa couleur à elle, émeraude incomparable. Resplendissant trésor. Elle t’attire tant : ton corps n’a de cesse que de s’y plonger, de s’envelopper de sa fraîcheur, caresse, éteindre le feu. Tout ton être n’aspire qu’à s’unir à elle.

La regarder te rafraîchit, la contempler te transforme. Tu deviens sirène, c’est certain, tant elle t’appelle, tu deviens marin, tu deviens poisson.

Mais il n’y a pas qu’elle.

Tu es ébloui par les couleurs, roses, rouges, bleus, violets des grappes fleuries de bougainvilliers qui tentent en vain de s’échapper des jardins clos. Et tu es conquis, hypnotisé par ces couleurs- là, si intenses que ton indifférence a fui ; elles explosent sans nuance et t’éclaboussent …le bleu, les fleurs de lauriers, les murs blancs qui aveuglent. Regarde le sol, rien que lui. Il est gris bleuté, ou blanc de chaux, quelques brins d’herbe, des fleurs encore, des fleurs et tes yeux ne savent plus sur quoi se poser.

 Ton regard danse jusqu’à l’évanouissement de plaisir.

 Ferme les paupières, elles sont là encore, les couleurs, qui illuminent tes rêves et tes souvenirs. Trop parfois, trop de beauté, tu aspires à la nuit et tu attends résolument l’instant où la palette à nouveau colorera la vie du jour suivant. Tu deviens peintre, tu deviens musicien.

Les ruelles fraîches, les figuiers et leur odeur à eux, addictive, les bateaux de pêche qui dansent, la plage noire et le soleil et l’ombre qui jouent sur les places publiques et le vent, parfois.

Tu te laisses porter, tout est caresse qui te calme, t’apaise. 
 Tu souris, c’est plus fort que toi.  

Tu deviens ici lumière et couleur toi de même. Tu te métamorphoses et changes de nature.

Juste tu es.

Peut-être un nourrisson qui découvre sans connaître, qui vit sans savoir, qui rêve sans mots.

Peut-être redeviens tu ce nouveau- né, retrouves-tu, au profond, des sensations oubliées, archaïques et nourricières.

Peut-être.

Dans ce pays tu croiseras des gens.  Leurs visages ouverts, leurs regards francs…Silencieux et souriants. Juste sans les mots. Juste là. Juste présents.

Tu t’y plairas, la question ne se pose même pas. Quoi que tu aimes, tu t’y plairas.   Qui que tu sois, tu t’y plairas.

Tu déambules, tu ne peux pas faire autrement, parce que tes pieds t’entraînent, parce que ton corps tout entier te mène devant , là, deux pas plus loin .

 Tu veux sentir encore, ressentir encore, voir, explorer, goûter encore ce qui s’offre ici, parce que c’est juste bon.               

Encore, encore.

Ce n’est plus toi qui es là, ce toi-là est resté quelque part entre deux mondes. Ton avion minuscule a atterri sur une autre planète d’où tous tes repères sont absents. Le temps s’est arrêté et chaque instant a un goût d’éternité.

Clara, le 1er juillet 2022

En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme ça !

En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme ça…

« L’histoire du petit Chaperon Rouge, vous vous rappelez ? La petite gamine qui apporte un pot de beurre à sa grand-mère…

Je m’appelle Mouloud, je suis un pote du Petit Chaperon et, sur la vie d’ma mère, ça s’est pas du tout passé comme ça ! En fait c’est une histoire trop chelou. Le Pt’it Chaperon il vivait sur Panam, dans le 9 – 3. Tous les jours c’était la misère dans son quartier : prostitution en bandes organisées, braquages, poursuites avec les flics, tout ça… En fait ses parents y bossaient pas, et ils voulaient trop se faire de l’oseille, tu vois ? Petit Chaperon il allait pas à l’école parce que ses parents ils pouvaient pas payer, la misère j’te dis !

Un jour ils ont discuté avec un grand du quartier, sur la vie d’ma mère c’était le plus gros dealer de Panam, tout l’monde y baissaient les yeux quand ils le croisaient. Après ça, les parents y zont demandé à Petit Chaperon d’aller livrer un bail dans le 9 – 4 pour un mec qu’ils connaissaient même pas. Du style Petit Chaperon il devait déposer 20 Kg de Marie Jeanne chez un gars trop chelou. En vrai, il a chouravé le scoot de son frère et il est parti livrer la came chez le gars. Il a tracé, sa mère, sur le périf pas de permis, pas de papiers et tout. Il a doublé les Kondés, c’était trop ouf ! 

Il est arrivé chez le gars, une baraque cradingue, portail défoncé et tout, un chien qui grognait, la grosse loose. 

Petit Chaperon il a sonné, et là j’te jure il y a un loup en peignoir qu’est sorti, et il a demandé à petit Chaperon : « t’as la came, gamin ? »

Vas-y Petit Chaperon il a balisé sa mère, il a ouvert le scoot, il a filé la came au gars, et il s’est barré en deux – deux, trop chelou le loup en peignoir ! »

Nicolas

L’eau

Ô

Plus de mille ans se sont écoulés depuis que nous avons envahi l’Andalousie. Séville, Cordoue et Grenade en sont les témoins.

A Cordoue nous avons construit La Mezquita, un écrin composé de mille pilastres, et devant un tel joyau ils se sont inclinés et la Reconquista a édifié en son sein une cathédrale. Le style mudejar est né et a marqué la fusion de nos vies, de nos échanges, de nos cultures. Un syncrétisme inouï et réussi de nos civilisations a émergé.

Nous avons bâti l’Alhambra et ses jardins en étages séparés d’escaliers et de pergolas fleuries. Les fontaines et les bassins y sont nombreux dans lesquels se reflètent la végétation et les façades ornées des palais. L’eau s’écoule en permanence, avec elle le temps mais les pierres ont figé cet instant.

Ferme les yeux et entends le ruissellement de l’eau des fontaines comme les espagnols ont entendu nos armées déferler. L’eau chante en l’honneur de l’Alhambra. Cette douce mélopée t’invite à la langueur, à la rêverie et la quiétude.

En France un prestigieux music-hall parisien porte son nom mais aucune voix n’aura égalé ce chant aquatique. Dans ces jardins paradisiaques tu es inondé de beauté et de béatitude. Ferme de nouveau les yeux et écoute comme mes paroles sont justes.

G.

Des nouvelles d’ici

Verteuil en Charente

En vacances pour quelques jours à Barateau, petit village de Charente, chez nos amis Jean-Michel et Marcel, nous sommes allés, mon frère et moi, visiter les alentours.

Nous avons vu le très beau château des La Rochefoucauld, puis accidentellement, le château de Verteuil qui  nous a brusquement rappelé nos origines.

En effet, notre arrière grand-mère s’appelait Clémence de Verteuil, s’était mariée à un Lange dans l’île de Trinidad aux West Indies.

Le chevalier de Verteuil était féal des La Rochefoucauld et son château assez remarquable.

Emus par cette rencontre, nous sommes allés boire un verre au moulin à eau sur la Charente, magnifique à cet endroit : elle coule à flots comme un torrent et nous y avons vu pêcher, d’un petit pont, une superbe truite.

En fait, c’était un château un peu en trompe l’oeil, fait pour l’apparence et les fêtes !

Un autre Verteuil, féal de Monsieur de Montespan celui-là, fut gouverneur de l’île d’Yeu.

C’était une crapule et un goujat, profitant largement de son droit de cuissage.

Mon Dieu ! Quelle famille !

Frédérique Lange, le 14 septembre 2019

Un petit évènement du quotidien et ses conséquences…

Quelqu’un s’est trompé de manteau

Ce matin là Albertine se réveillât dans la chambre baignée d’une clarté inhabituelle, enchantée. Elle courut à la fenêtre, tout était blanc, le jardin encore vierge de traces de pas. Elle adorait la neige porteuse de journées extraordinaires.

Elle allait pouvoir fouler ce tapis glacé qui l’attendait. Petit déjeuner copieux, remplir les gamelles des chats, la voilà libre.
Bon ben il faut me couvrir chaudement se dit elle en coiffant ses cheveux roux d’un gros bonnet et enfilant une moufle sur son unique main.
Machinalement elle pris son manteau dans l’entrée mais en enfilant la deuxième manche, elle s’aperçut qu’il était beaucoup trop grand pour elle.
Quelqu’un s’était trompé de manteau?
Ce ne pouvait être Pierre qui venait toujours exécuter son TIG en blouson.
Elle examinât le manteau, noir, d’une belle coupe, un tissu léger et chaud. Mettant la main dans une poche elle y trouva un gant d’homme en cuir, dans la deuxième poche pareil plus un mouchoir qu’elle dépliât. Son coeur se mit à battre, dans un coin un » R  » était finement brodé.
Albertine fouillât dans la poche de poitrine.
Un petit prospectus plié en quatre:
Rodolphe DUMONT
se produira en concert samedi 3 janvier à la salle des fêtes de Sainte Marie des Dunes à 20 heures
Récital piano:
Mozart – Chopin – Ravel
La petite institutrice se laissât choir sur une chaise. Après tant d’année! Ce signe incongru, presque surnaturel.
Comment avait-il fait pour entrer sans qu’elle n’entende rien. Bien sûr la porte n’était jamais fermée à clef à cause des chats, mais quand même.
Pourquoi ne lui avait-il pas signalé sa présence ? Avait il honte de sa stupide réaction avec cette  affaire de grille pain il y avait si longtemps?
Elle souriait et pleurait en même temps, lisant et relisant  l’invitation.
Bon ben bien sûr qu’elle irait, rien que pour voir à quoi ressemblait ce vieux fou qui pensait donc encore à elle.
Les chats vinrent se frotter contre ses jambes en ronronnant, la plus jeune sauta sur ses genoux.
Albertine souriait aux anges, toujours vêtue du grand manteau fantôme.
Perdue dans ses souvenirs, elle n’entendit pas  tout de suite que l’on frappait à la porte.
Nadine

Bien sûr…

Bien sûr et on écrit la suite bien sûr, car ne pas poursuivre c’est s’arrêter bien sûr sans savoir ce que ça signifie. Arlette se posait cette question qui trottinait dans sa tête. « Bien sûr, se dit-elle, mais c’est bien sûr. Si je décortique le mot, j’ai bien et j’ai sûr, ce qui veut dire qu’avec du bien, je ne prends pas de risque puisque c’est sûr.
Bon je vais bientôt me coucher, car je suis fatiguée de penser et de cogiter.
Tiens, il y a aussi bientôt ? Le bien et le presque immédiat. »
Arlette s’endormit bien vite, demain elle devait travailler tôt bien sûr.

  Lin