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Il y a dans ma poche…

Il y a dans ma poche un petit mot qui me perturbe

Un petit mot de vous

Vous l’homme au gilet jaune

Vous me l’avez glissé lors d’une soirée

Vous me l’avez glissé en écoutant Prévert

Je le lirai en partant pour Brest

Il pleut, il pleut sur Brest

Je ne vous tutoie pas encore

A Brest je vais lire votre petit billet

Le billet est doux

Vous êtes jaune

Jaune comme la révolte

Il pleut, il pleut sur Brest

La révolte est «  je vous aime Barbara »

Barbara n’est pas mon nom

Mais il pleut, il pleut

Je suis à Brest

A Brest vous m’aimez

Je  ne m’appelle pas Barbara

Amélie

 

Les mains

LES MAINS

Il y avait si longtemps que ses mains couvraient cela au fond d’elle.

« Comment allez-vous ? »

« Ça va, vraiment ? ».

« Oui ça va je me sens bien, je me sens bien…aujourd’hui.

Elle souriait timidement ; je savais qu’elle me mentait.

On finit par apprendre les mensonges qui sont les derniers voiles, toujours gardés, de la détresse.

Elle bougeait un peu, comme d’habitude, sur sa chaise.

Elle a posé ses mains sur ses genoux, elle a levé le menton, elle m’a regardé : « il faut que je vous dise, il faut que je le dise ». J’ai acquiescé des yeux, attendu, elle a dit.

Ses mains se sont mises à vivre, à s’affronter, à se serrer, à se mêler par les doigts.

Elles vivaient tant que je pouvais ne pas regarder ses yeux, son regard tourné vers l’intérieur sous les plis du front.

Ses mains disaient autant qu’elles pouvaient dire:  l’incompréhension, puis la douleur, puis l’horreur, puis l’impuissance, « je n’ai rien pu faire vous comprenez, rien pu faire, je n’avais pas de force, et puis maman, dire à maman, et, en écartant les mains :- Non ».

Il lui avait fallu tant de temps pour que ses mains deviennent des poings serrés, avec le peu de pitié d’elle qui lui restait. Elle avait à la main son sac de voyage, dans le couloir elle a heurté son père, elle l’a  regardé, il a baissé les yeux, il a dit «  tu me hais n’est-ce-pas ? » Elle a dit «  non, je hais tes mains ».

Loïc

L’eau

Je suis l’eau qui me baignait lorsque ma mère me portait et qui m’a laissé, hurlant, au traumatisme de la vie qui commence

Je suis l’eau qui coulait de sa main et de sa tendresse

Je suis l’eau salée des joies d’enfance,

Je suis l’eau salée qui perlait sur les seins des adolescentes et sur les flammes de mes désirs

Je suis l’eau qui réfléchissait le soleil du soir et baignait mes rêves

Je suis l’eau qui lavait mes mains d’adulte et j’avais comme tout le monde, quelquefois, des mains sales

Je suis l’eau qui court sur l’étrave et qui quelques fois gifle à en crier de bonheur

Je suis l’eau sur lequel est lancé le pneumatique surchargé, comme sont surchargés d’horreur et d’espoir les yeux de tous mes compagnons

Je suis l’eau que la première main qui m’accueille alors, m’offre avec un sourire

Je suis l’eau de la vie, du bonheur, de la souffrance, de la délivrance

Le cœur fait-il aussi, jaillir de l’eau ?

Loïc, Octobre 2018

Les mains

Rencontre à deux mains

Un jour, après quelques années de séparation, deux mains, constellées de taches brunâtres, se rencontrèrent par hasard. Elles hésitèrent, puis se serrèrent, toutes intimidées qu’elles étaient. Les temps les avaient marquées, elles tremblaient quelque peu, d’émotion certes, mais aussi du grand âge qui les avait atteintes. Surprises, mais aussi avides d’en apprendre l’une sur l’autre, elles décidèrent d’aller prendre un café à la terrasse du « Mano a Mano ». Que de souvenirs imprimés dans leurs lignes !

Main Gauche et main Droite, une fois la gêne passée, se mirent à s’animer gaiement.

– « Te rappelles-tu de notre première rencontre », main Droite se lança la première.

– « Et comment » lui répondit main Gauche, « Tu virevoltais au cours d’un discours exalté sur ton métier. Tu m’expliquais que tu devais te montrer à la fois douce et caressante, mais également précise et pointilleuse pour les amadouer et démonter, réparer, remonter leurs mécanismes, à ces horloges aussi vivantes pour toi que des êtres humains. ». « Et pendant ce temps, suspendue à tes lèvres, j’attendais. » ajouta-t-elle.

_ « Qu’attendais-tu ainsi ? », la taquina main Droite.

– « Mais tu sais », reprit-elle, « j’étais passionnée, c’était aussi pour tromper ma timidité. L’envie de me tendre vers toi, de te prendre et te serrer entre mes doigts me faisait trembler de peur. J’étais si moite que je n’osais franchir le pas. »

– « C’est donc moi qui ai fait ce premier pas, ou plutôt je t’ai attrapée manu militari, tu connais mon tempérament impétueux, et même si j’étais toute froide, mon cœur était en feu et cognait bien fort dans ma poitrine. »

– « Le début d’une belle histoire », renchérit main Droite, « je ne t’ai plus lâchée, nous avons marché toutes les deux dans la même direction, toujours en osmose, et jointes en une muette prière, puis mains sur le cœur, nous nous sommes jurées fidélité ».

– « Nous étions bien jeunes et le temps a fini par nous séparer. » regrettèrent-t-elles en se pressant l’une contre l’autre.

En ce jour, percluses de rhumatismes, main Gauche et main Droite se firent un signe et retournèrent à leur destin.

Agnès

Avant

Avant, les poules avaient des dents.

Elles avaient la réputation d’être très intelligentes et très solidaires entre elles.

Elles ne craignaient pas le renard car, lorsqu’elles se ruaient toutes sur lui en montrant les dents, il repartait la queue basse.

Les coqs, quant à eux, avaient intérêt à bien se tenir et à ne pas faire trop les fiers. Des cocoricos un peu trop exubérants et prolongés leur valaient des coups de dents qui leur ôtaient toute envie de faire du zèle et de plastronner.

Les mères poules défendaient leurs petits avec beaucoup d’efficacité. Par ailleurs, elles ne pondaient et ne laissaient emporter que le nombre d’œufs qu’elles avaient décidé de donner aux humains.

Claire

Souvenirs tactiles

Poisseux

Enfant, la seule vue d’une barbe à papa me faisait rêver. Je ressentais immédiatement l’envie de dérouler du bout des doigts ce coton rose léger et mousseux.

Mais sitôt que je l’avais en main, l’excitation faisait place à la déception : le coton n’était pas doux, et il collait fortement aux doigts. Et le goût dans la bouche était beaucoup trop sucré.

Repoussant

Je revois notre chien Youm, un teckel à poils longs, en train de creuser dans l’herbe à côté de la piscine. Il creusait, s’arrêtait pour renifler la terre, et recommençait à creuser furieusement. Il était tout excité et concentrait toute son attention et son énergie dans ce travail. Il creusa un trou assez profond, puis s’interrompit brusquement. Il recula, le poil dressé sur le dos. Dans le trou, on apercevait, dressée comme un I, la tête et les premiers anneaux orange et verts d’une très grosse chenille bicolore.

Youm resta quelques instants interdit, le poil toujours dressé sur le dos, puis il se précipita sur le trou et il le reboucha avec la même énergie qu’il avait déployée pour le creuser.

Collant

Je me souviens des Malabars roses que nous mangions ma sœur et moi. Une fois le chwimgum bien mâché, le jeu consistait à souffler une grosse bulle hors de la bouche, en évitant de la faire éclater. Il fallait ensuite récupérer délicatement la bulle pour l’enfermer à nouveau dans la bouche. Il était permis de s’aider de ses doigts pour récupérer la bulle, à condition de les avoir mouillés pour éviter qu’ils collent.

Pour ajouter du piquant à ce jeu, il nous arrivait de mâcher deux M alabars en même temps. Nous obtenions alors des bulles énormes, plus grandes que la surface de notre visage.

Il fallait souffler le plus longtemps possible dans la bulle, très doucement, en jouant avec l’élasticité du matériau, en veillant à s’arrêter à temps avant qu’elle explose. Il n’était pas facile de sentir ce délicat stade de rupture et nous l’avons raté à plusieurs reprises. Dans ces cas-là, la fin du jeu n’était pas drôle : maman essayait, comme elle pouvait, de retirer le chwimgum dans nos cheveux longs tout en nous sermonnant. Nous étions obligées d’y passer, chacune à son tour. Il fallait rester assise, sans bouger, en essayant tant bien que mal de fermer ses oreilles aux rouspétances.

Marianne

La première fois

Marie

La première fois que je l’ai vue …

J’étais au bas de l’escalier, la main dans celle de ma mère.

Elle, quelques marches plus haut, accompagnée d’une copine, était déjà habituée des lieux.

Elle était belle, avec une grande natte nouée sur le côté, Marie.

Ma mère s’est adressée à elle en lui demandant de bien vouloir m’aider dans cette 1ère journée de 6 ème au collège Sévigné.

Nous ne nous sommes plus jamais quittées….

J’ai maintenant L’âge d’être grand-mère et Marie est toujours dans mon cœur.

Je lui écris, nous nous téléphonons même si nos lieux de vie sont maintenant éloignés : elle, dans les Cévennes, moi à Vannes.

Nous sommes nées à quelques heures de différence, moi au soir du 1er janvier, elle au matin du 2 janvier de la même année.

Capricornes convaincus, nous avons toutes les deux pour planète protectrice Saturne.

ET comme l’a dit le poète : «  il a un joli nom Saturne et le temps tue le temps comme il peut. »

Frederique

Lettre à mon visage

J’ai remarqué ces jours derniers que je ne te regardais plus en me levant, comme si je te gommais, comme si tu n’avais plus d’existence, plus d’importance.

En fait, je ne t’aime plus.

Et si tu me faisais peur, plutôt ?

Et pourtant…. Pourtant, je ne regrette rien.

Alors, pour te retrouver, j’ai feuilleté l’album de photos réel et imaginaire.

Moi, dans les bras de ma mère, à 9 mois, elle à 33 ans : qu’elle était belle !

J’ai une bonne bouille et surtout ces grands yeux écarquillés sur le monde, en confiance dans ces bras là.

Puis, j’ai 11 ans, une magnifique natte sur le côté, un petit nez retroussé , l’air têtu et volontaire.

A mes 17 ans, mes yeux bleus en amande commencent à séduire, même si  mon professeur de Grec explique à la classe la couleur glauque de mes yeux ! L’adjectif glaukos =bleu/vert comme ceux de la déesse Athéna, mais je ne suis pas contente. Pour moi, glauque signifiait vaseux.

Puis, au fil du temps, cheveux courts, cheveux mi-longs, mèches bringées entourent ce visage espiègle.

A 40 ans je suis au mieux de ma forme malgré les aléas de lavie, les pertes, les deuils mais aussi les nouveaux espoirs.

Espoirs déçus, deuils mal vécus vont te marquer au coin desyeux et brouiller ton teint à la peau fine.

Les années passent et accentuent ton déclin.

Et pourtant…..

TU es le reflet de ma vie, de mes amours et de mes peines et tu vaux bien que je te regarde, même vaciller un peu plus à chaque miroir.

Mon beau visage, dis moi quel miroir tu préfères?

Tous peut-être ? De l’enfance à la mort, tu recèles mon âme.

Frederique

Métaphore filée

Sophie la chienne gambadait seule devant moi, un angle de rue apparut, Sophie tourna et …….je la suivis, puis la rue de l’angle droit était vide, la chienne avait disparu. Même au loin, dans les porches, les angles des immeubles, rien…plus de chien !

Que s’était il passé : rapt, cavale ou envol ?

 

Même le ciel était vierge de chien, la bouche d’égout aussi, la grille bien étanche.

Disparition, un coup à la Sherlock Holmes

 

Que lui était il passé dans sa petite caboche de toutou roux ?

 

«  Cela devient pénible d’être obligée de suivre quelqu’un, ne pas être indépendante, tu entends, toi ma maîtressse, pourquoi ?  Parce que tu me nourris assez mal : pas de viande, pas de légumes frais, pas de desserts sucrés, rien que des croquettes !

Et cette laisse que je suis obligée d’enfiler tout le temps, avec trois grelots afin de pouvoir me surveiller.

Il paraît que les chiens errants ne peuvent pas exister, ils vont direct à la fourrière.

Et bien, on va voir : je profite de ce coin de rue pour vivre ma vie !

Tiens une charmante dame, je lui fais du charme, et hop ! Elle m’emmène gentiment chez elle…. quel bonheur, une nouvelles vie, une nouvelle maison, mais ……horreur une nouvelle laisse, plus jolie, rouge avec des fleurs ? Un canapé doux où je peux m’étendre, en plume mazette quel pied !      Et puis des gâteaux, des chocolats, je suis une chienne heureuse … »

C’est comme une femme qui réalise qu’elle est dépendante de son époux ! Elle décide de partir à l’aventure afin de vivre enfin …….

Elle rencontre un homme, il lui semble amusant et drôle, lui offre des cadeaux, lui achète des bijoux, de jolies robes, la mène au théâtre, en voyage.

La dame, réfléchissant se dit que cette bête doit manquer à ses maitres…

Elle m’amène au commissariat afin de me rendre aux miens

Horreur,  je reste avec le commissaire, il a un chien mâle, de la même race que moi, il veut me faire faire des petits chiots avec  !

Vite la maison !  liberté chérie !    

 

Le bonheur n’est pas là où l’on croit : vaut il mieux être libre ou heureuse ?

 

Je m’enfuis encore …….

 

.Amélie B