Blog

Un objet : Ex-voto Mexicain

L’ex voto

  Sur la grande table, devant moi, parmi quelques objets hétéroclites, un objet insolite à mes yeux, dont on me dit qu’il est un ex voto venant du Mexique…

 C’est un pied. Oui, un pied en bois, un ébauchoir de cordonnier peut-être, celui d’un petit pied, pour un soulier d’enfant… Un ex voto de …cordonnier ?

Le talon est ferré et tout ce pied incongru est recouvert de petites figures symboliques, on dirait du laiton, pointées dessus, à l’aide de petites pointes semence…      Je vois le geste qui les martèle, précis…et j’entends le tap-tap tap réglier…

  Ce sont des mains et des bras, détachés, flottants, des jambes aussi, des corps démembrés, le cœur est représenté plusieurs fois, différemment, mais toujours reconnaissable, des têtes volantes, de profil et de face, des visages, des yeux , seuls , par paires, des regards glacés, des postures humaines , une femme en extase, un homme agenouillé, j’en compte même plusieurs…et… des animaux  : quelques vaches, au moins quatre, un cochon, des chiens, le coq est là aussi, et à plusieurs reprises, des croix religieuses, des clefs, des véhicules automobiles…

 L’objet est petit : il tient  dans ma main, avec une bonne prise qui l’enveloppe bien. C’est agréable de le tenir ainsi, ce petit pied d’enfant sans aspérité, mais il est lourd et froid : tout ce métal plaqué contre le bois !

 Il faut que je le pose.

 Ma paume garde en creux la mémoire de ces multiples messages venus d’ailleurs, ils me picotent, se signalent, s’insinuent, s’imposent à ma main. Ils me disent… je ne comprends pas, je les ressens, je les sais là. Oui, oui, je vous entends, mais quoi ?

 Cet objet n’est pas neutre, il me parle encore au creux de la main après qu’elle l’ait quitté, dans un langage que je ne peux entendre.

 Tout semble étrangeté, un puzzle symbolique et je n’ai pas la moindre clef…

 Il fait loin, il fait triste, il fait spleen de ces énigmes.

 Je sais, je sais… je sais qu’un ex voto est un objet fusionné aux croyances, Celles-ci m’intriguent, et…comme je ne trouve pas une once d’amorce d’explication, je ne peux cheminer vers cet Autre qui l’a un jour investi.

 Cet objet est chargé, d’ailleurs, il m’attaque, il m’assèche, il absorbe mes mots et me laisse sans eux.

 Pourtant il est charmeur, par son étrangeté même, par sa taille, par sa forme aussi, si adaptée à celle de ma main , par sa couleur un peu éteinte, si douce, par sa présence, il est en train de me séduire…Drôle de rencontre que celle qui me laisse ainsi, étrangère, sur une autre rive ! Ma main, elle, parle encore.

Clara

Le jeu de puces

Je me souviens  de notre chambre d’enfant que je partageais avec mon frère.

Les rideaux de la fenêtre, alors neufs et transparents, étaient striés de fils de couleur, bleu, rouge et vert.

Il y avait bizarrement aussi un lavabo qui nous a permis de bonnes batailles de pistolet à eau.

C’est sur le linoleum vert du sol que nous jouions au jeu de puces.

Nous avions reçu à un noël une grosse valise bourrée de jeux divers : petits chevaux, nain jaune, dames et même échecs, jeu de cartes….

C’est là, sans doute, que mon frère s’est découvert des talents d’illusionniste.

A l’adolescence, avec son copain Gérard, il allait chez les bonnes sœurs augustines, en bas de notre square, se faire la main et divertir les vieilles dames retraitées accueillies dans ce couvent.

C’est dans la chapelle de ce couvent qu’eut lieu la messe d’enterrement de mon père et, 20 ans plus tard, celle de ma mère.

Et voilà comme un jeu de puces vous ramène en arrière…. En un saut de puce, bien sûr !

Frédérique

 

 

Une souris verte

Elle trottine sur le tapis du salon, moustaches dressées, museau frémissant, ses petites oreilles pointues pareilles à des antennes captant le moindre mouvement autour d’elle.

Je reste immobile, fasciné par son pelage vert émeraude et ses ongles nacrés qui grattent doucement les fibres du tapis.

La première fois que je l’ai vue, elle courait dans l’herbe. Ton sur ton, je ne l’avais pas aperçue tout de suite, je n’avais pas compris ce qu’était cette chose qui se déplaçait sur la pelouse du jardin. Quand j’ai appelé Papa pour la lui montrer, elle avait disparu. Papa ne m’a pas cru.

Je l’ai revue plusieurs fois. On croirait qu’elle fait exprès de se sauver quand j’appelle Papa. Il ne me croit toujours pas. Maintenant je ne dis plus rien. Il a menacé de m’emmener chez le docteur, il dit qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi.

Pourtant je la vois, là, sur le tapis du salon. C’est bien elle, je ne suis pas fou. Pourquoi est-elle entrée dans le salon? C’est dangereux. L’autre jour Papa a dit : « Si je la vois, je l’attrape et je la trempe dans l’eau, on verra bien si elle déteint! Ha ha ha! Et si c’est une vraie, le chat la mangera et on n’en parlera plus. »

Va-t’en vite petite souris, retourne courir dans l’herbe. Je te promets que j’irai te retrouver. On sera amis et ça restera un secret entre nous.

Une souris verte qui courait dans l’herbe…

Claire

Une comptine pour les grands

Une comptine pour les grands

Il était une fois, dans la forêt de Brocéliande, un enfant loup qui hurlait.

Il était une fois, aux marches du Palais, une tant belle fille qui attendait

Il était une fois, dans la savane herbeuse, Rikitiki  la mangouste qui chassait

Il était une fois, dans son palais de praline, Dame Tartine qui chantait

Mais jamais il ne sera là, celui qui me prendra ma liberté… Poil au nez !

Frédérique

 

Échange de voeux

Lettre aux lombrics de mon jardin

Chers lombrics de mon jardin,

Meilleurs vœux 2019 ! Que cette année soit pour vous prospère, appétissante, joyeuse, sereine et qu’elle vous permette de vous reproduire sans stress ; qu’elle vous apporte l’épanouissement en développant votre curiosité et votre attirance pour les grands espaces ; qu’elle décuple votre courage et votre témérité pour visiter les profondeurs de mon sol qui méritent qu’on s’y intéresse.

Chers lombrics, c’est en toute amitié et en bon voisinage, puisque par la force des choses nous cohabitons, que je vous adresse aujourd’hui mes vœux. Et ils sont sincères, n’en doutez pas ! Je suis heureuse d’avoir franchi ce pas cette année, nous vivions depuis trop longtemps dans l’ignorance les uns des autres,  alors que, c’est évident, nous avons des intérêts communs !

Puisque je suis votre logeuse, je me sens évidemment investie d’une certaine responsabilité, je vous promet de mettre tout en œuvre cette année pour vous permettre de vivre, grandir et vous reproduire dans un habitat respectueux de vos besoins et de votre santé. En échange, je vous demande d’améliorer votre organisation et de multiplier vos efforts pour alléger correctement la terre de mon jardin, pardon notre jardin, et ainsi participer à un meilleur rendement de mes plantations.

L’Union fait la force, chers lombrics. Je nous souhaite donc, ensemble, le meilleur pour 2019 !

Bien à vous,

Votre logeuse,

Marianne

 

 

Réponse des lombrics

Chère logeuse,

Mes amis et moi avons bien reçu vos bons vœux et vous en remercions de tout notre être. Cela nous a fait grand plaisir, bien qu’étonné, car habituellement nous sommes rarement bien considérés, voire même déconsidérés ; à coup de produits phytosanitaires, vous humains, vous nous asphyxiez, vous nous détruisez, de vrais empêcheurs de tourner en rond. Tout ceci pour que quelques mauvaises herbes qui vous dérangent ne fassent pas leur apparition au milieu de votre pelouse et de vos plantations. Sans compter que vous oubliez souvent de nous arroser, enfin d’arroser la terre qui nous nourrit, aux heures les plus chaudes. Quelle paresse !

Nous avons bien entendu votre prière, qui participe du désir d’obtenir de belles plantations, de beaux légumes dans le carré que vous réservez au potager.

Le respect de l’environnement est devenu une préoccupations de certains d’entre vous. Nous vous en rendons grâce, effectivement les ondes qui nous parviennent de l’au-dessus nous ont informé de ce sujet qui, nous l’espérons, ne sera pas qu’une mode éphémère. Il en va de notre survie certes, mais bien sûr de la votre.

Mais avant tout, pour arriver à ce partenariat souhaité par vous, armez-vous de patience et de courage pour mettre en œuvre le vœux que vous avez formulé. La terre doit être bien traitée, sans produits s’entend, si vous voulez que nous y travaillons. Nous y sommes prêts, nous nous y engageons à notre tour.

Chère logeuse, excellente année 2019 et haut les cœurs !

Les lombrics de votre jardin

Agnès

Voeux sincères

Mélanie Poulard à Emile Lenôtre, cuisinier à l’EPAD où je réside

Cher monsieur,
En ce début d’année je tenais à vous présenter mes voeux pour 2019.
Vous ne me connaissez pas, je ne suis qu’une des 70 résidentes de cet EPAD où, depuis 3 mois que j’y réside, je suis obligée d’ingurgiter vos repas répétitifs et insipides.
Poisson le vendredi, soupe tous les soirs, Flamby un jour sur deux. Je n’en peux plus je suis écoeurée, je perds l’appétit et le moral.
Je pense avoir affaire à un homme compréhensif, alors je vous demande, par charité envers nos vieilles papilles en fin de parcours, de nous surprendre, nous faire saliver avec des plats simples, variés, des légumes colorés, de petites friandises inattendues.
Je suis toute prête à vous rencontrer  afin de vous conseiller, moi qui fut une bonne cuisinière dans mes jeunes années.
La nuit je rêve de poulet basquaise, de gratin dauphinois, de steak frites et de mousse au chocolat !!!! Ne me dites surtout pas que c’est une question de budget, je sais très bien que l’on peut faire du bon avec peu.
Ne souhaitez vous pas, monsieur Emile, être notre idole, nous redonner la joie de vivre, le sourire, même un peu édenté, en nous gâtant à chaque repas?
Je suis sûre que oui, un cuisinier ne peut être un méchant homme et rester indifférent à cette requête faite dans un certain désespoir mais avec amitié et l’envie d’un partage.
Aurez vous la bonté de prendre ma lettre en considération?
Cordialement
Mélanie Poulard
Chambre 103, premier étage, à gauche en sortant de l’ascenseur.
Nadine

Meilleurs voeux

Tous mes meilleurs vœux à Vous Tous,

à vous mes Chers Poilus,

oui, je sais, ils arrivent un peu trop tard, beaucoup trop tard, un SIÈCLE trop tard.
Mais il m’a fallu tant de temps pour écrire à chacun d’entre vous, tant de temps pour vous retrouver, pour retourner la terre, tant de temps passé dans les bibliothèques, dans les archives, dans la poussière.
Il m’ a fallu tant de temps pour me rendre au-delà du Rhin, je sens votre étonnement, vos yeux qui s’écarquillent, oui, mais c’était là mon voeux de l’année passée. Je voulais aussi envoyer tous mes voeux aux Allemands, à ceux d’en face, aux boches, aux casques à pointe, aux chleux, aux vert de gris.
Mes Chers Poilus, eux aussi étaient des hommes, des maris, des pères de famille ; eux aussi ont souffert de la peur, du froid, de la faim, des lettres qui n’arrivaient jamais, des fosses communes, de la morsure des rats qui ne faisaient aucune différence entre leur chair et la vôtre lorsqu’ils avaient faim.
Mes Chers Poilus, tous mes voeux, reposez vous bien, tranquilles, plus personne pour vous déloger de votre casemate ; là où vous êtes, dormez pour l’éternité, et si je vous adresse une fois encore mes voeux, c’est pour vous dire que moi je ne vous oublierai jamais, que chaque jour de cette nouvelle année, j’aurai une pensée pour chacun d’entre vous. Bravo mes chers Poilus. Merci encore pour cette nouvelle année de paix.
BONNE ANNÉE POSTHUME
Françoise

Les livres et textes cités au cours des ateliers d’octobre et de novembre 2018

Novocento, Alessandro Bariccco

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delherm

Vous habitez le temps, Valère Novarina

Villas sans soucis, Georges Kolebka

Retour aux villas sans soucis, Georges Kolebka

Je me souviens, Georges Perec

Enfance, Nathalie Sarraute

La maladie de Sachs, Martin Winckler

L’homme sœur, Patrick Lapeyre

Premières fois, le livre des instants qui ont changé nos vies, France Bleu, France Info, document Librio

Antigone, Henry Bauchau

Il y a dans ma poche…

Il y a dans ma poche un petit mot qui me perturbe

Un petit mot de vous

Vous l’homme au gilet jaune

Vous me l’avez glissé lors d’une soirée

Vous me l’avez glissé en écoutant Prévert

Je le lirai en partant pour Brest

Il pleut, il pleut sur Brest

Je ne vous tutoie pas encore

A Brest je vais lire votre petit billet

Le billet est doux

Vous êtes jaune

Jaune comme la révolte

Il pleut, il pleut sur Brest

La révolte est «  je vous aime Barbara »

Barbara n’est pas mon nom

Mais il pleut, il pleut

Je suis à Brest

A Brest vous m’aimez

Je  ne m’appelle pas Barbara

Amélie

 

Les mains

LES MAINS

Il y avait si longtemps que ses mains couvraient cela au fond d’elle.

« Comment allez-vous ? »

« Ça va, vraiment ? ».

« Oui ça va je me sens bien, je me sens bien…aujourd’hui.

Elle souriait timidement ; je savais qu’elle me mentait.

On finit par apprendre les mensonges qui sont les derniers voiles, toujours gardés, de la détresse.

Elle bougeait un peu, comme d’habitude, sur sa chaise.

Elle a posé ses mains sur ses genoux, elle a levé le menton, elle m’a regardé : « il faut que je vous dise, il faut que je le dise ». J’ai acquiescé des yeux, attendu, elle a dit.

Ses mains se sont mises à vivre, à s’affronter, à se serrer, à se mêler par les doigts.

Elles vivaient tant que je pouvais ne pas regarder ses yeux, son regard tourné vers l’intérieur sous les plis du front.

Ses mains disaient autant qu’elles pouvaient dire:  l’incompréhension, puis la douleur, puis l’horreur, puis l’impuissance, « je n’ai rien pu faire vous comprenez, rien pu faire, je n’avais pas de force, et puis maman, dire à maman, et, en écartant les mains :- Non ».

Il lui avait fallu tant de temps pour que ses mains deviennent des poings serrés, avec le peu de pitié d’elle qui lui restait. Elle avait à la main son sac de voyage, dans le couloir elle a heurté son père, elle l’a  regardé, il a baissé les yeux, il a dit «  tu me hais n’est-ce-pas ? » Elle a dit «  non, je hais tes mains ».

Loïc