C’est quand j’ai commencé à m’arrondir et rétrécir petit à petit, que je me suis mise à siffler quand j’avais mes vapeurs, que des questions m’ont traversées l’esprit.
Blog
Un évènement récurrent
L’abandon d’un animal aimé
Kulup
J’ai 10 ans, c’est l’indépendance au Maroc. On va quitter Marrakech.
Mon père l’a décidé.
Je vais abandonner Kulup, mon beau chat noir aux yeux verts.
J’ai beaucoup de chagrin. Aussi ma mère cherche une bonne personne pour l’accueillir.
C’est une vieille dame, Mimi Pérone, qui joue au tennis avec elle, qui va accueillir mon matou.
Mais, dès le premier jour, il s’échappe.
Je ne le reverrai plus.
Boulous
J’ai 18 ans. Mon père m’a offert, l’année précédente, une petite chatte siamoise, Boulous.
Cette petite bête n’aime que moi et je m’en suis mal occupé.
Elle était fragile et mourut d’une occlusion intestinale.
C’était l’année du bac….
Petit Louis
J’ai 25 ans, mariée depuis 2 ans.
Nous avons accueilli bébé, Petit Louis, devenu un gros matou rayé jaune.
Je n’ai pas voulu le faire castrer et la vie en appartement lui est devenu insupportable.
Nous l’avons emmené en Auvergne, chez mes beaux-parents, à la campagne.
Il y est mort, écrasé par une voiture.
La Puce
J’ai 32 ans, je viens de divorcer et laisser notre petite chatte rayée, La Puce, à mon mari, qu’elle « engueule » chaque soir à son retour, ne comprenant pas mon absence.
Elle mourra également en Auvergne.
Lili et Léo
J’ai attendu un âge plus que mûr pour m’autoriser à reprendre un animal.
En fait, ils sont deux, frère et sœur.
Ils s’appellent Lili et Léo, heureux comme des coqs en pâte, passant leur temps libre au jardin.
Mes deux beaux chartreux me consolent de mes abandons successifs de ma vie antérieure.
Frédérique
Un objet : Ex-voto Mexicain
L’ex voto
Sur la grande table, devant moi, parmi quelques objets hétéroclites, un objet insolite à mes yeux, dont on me dit qu’il est un ex voto venant du Mexique…
C’est un pied. Oui, un pied en bois, un ébauchoir de cordonnier peut-être, celui d’un petit pied, pour un soulier d’enfant… Un ex voto de …cordonnier ?
Le talon est ferré et tout ce pied incongru est recouvert de petites figures symboliques, on dirait du laiton, pointées dessus, à l’aide de petites pointes semence… Je vois le geste qui les martèle, précis…et j’entends le tap-tap tap réglier…
Ce sont des mains et des bras, détachés, flottants, des jambes aussi, des corps démembrés, le cœur est représenté plusieurs fois, différemment, mais toujours reconnaissable, des têtes volantes, de profil et de face, des visages, des yeux , seuls , par paires, des regards glacés, des postures humaines , une femme en extase, un homme agenouillé, j’en compte même plusieurs…et… des animaux : quelques vaches, au moins quatre, un cochon, des chiens, le coq est là aussi, et à plusieurs reprises, des croix religieuses, des clefs, des véhicules automobiles…
L’objet est petit : il tient dans ma main, avec une bonne prise qui l’enveloppe bien. C’est agréable de le tenir ainsi, ce petit pied d’enfant sans aspérité, mais il est lourd et froid : tout ce métal plaqué contre le bois !
Il faut que je le pose.
Ma paume garde en creux la mémoire de ces multiples messages venus d’ailleurs, ils me picotent, se signalent, s’insinuent, s’imposent à ma main. Ils me disent… je ne comprends pas, je les ressens, je les sais là. Oui, oui, je vous entends, mais quoi ?
Cet objet n’est pas neutre, il me parle encore au creux de la main après qu’elle l’ait quitté, dans un langage que je ne peux entendre.
Tout semble étrangeté, un puzzle symbolique et je n’ai pas la moindre clef…
Il fait loin, il fait triste, il fait spleen de ces énigmes.
Je sais, je sais… je sais qu’un ex voto est un objet fusionné aux croyances, Celles-ci m’intriguent, et…comme je ne trouve pas une once d’amorce d’explication, je ne peux cheminer vers cet Autre qui l’a un jour investi.
Cet objet est chargé, d’ailleurs, il m’attaque, il m’assèche, il absorbe mes mots et me laisse sans eux.
Pourtant il est charmeur, par son étrangeté même, par sa taille, par sa forme aussi, si adaptée à celle de ma main , par sa couleur un peu éteinte, si douce, par sa présence, il est en train de me séduire…Drôle de rencontre que celle qui me laisse ainsi, étrangère, sur une autre rive ! Ma main, elle, parle encore.
Clara
Le jeu de puces
Je me souviens de notre chambre d’enfant que je partageais avec mon frère.
Les rideaux de la fenêtre, alors neufs et transparents, étaient striés de fils de couleur, bleu, rouge et vert.
Il y avait bizarrement aussi un lavabo qui nous a permis de bonnes batailles de pistolet à eau.
C’est sur le linoleum vert du sol que nous jouions au jeu de puces.
Nous avions reçu à un noël une grosse valise bourrée de jeux divers : petits chevaux, nain jaune, dames et même échecs, jeu de cartes….
C’est là, sans doute, que mon frère s’est découvert des talents d’illusionniste.
A l’adolescence, avec son copain Gérard, il allait chez les bonnes sœurs augustines, en bas de notre square, se faire la main et divertir les vieilles dames retraitées accueillies dans ce couvent.
C’est dans la chapelle de ce couvent qu’eut lieu la messe d’enterrement de mon père et, 20 ans plus tard, celle de ma mère.
Et voilà comme un jeu de puces vous ramène en arrière…. En un saut de puce, bien sûr !
Frédérique
Une souris verte
Elle trottine sur le tapis du salon, moustaches dressées, museau frémissant, ses petites oreilles pointues pareilles à des antennes captant le moindre mouvement autour d’elle.
Je reste immobile, fasciné par son pelage vert émeraude et ses ongles nacrés qui grattent doucement les fibres du tapis.
La première fois que je l’ai vue, elle courait dans l’herbe. Ton sur ton, je ne l’avais pas aperçue tout de suite, je n’avais pas compris ce qu’était cette chose qui se déplaçait sur la pelouse du jardin. Quand j’ai appelé Papa pour la lui montrer, elle avait disparu. Papa ne m’a pas cru.
Je l’ai revue plusieurs fois. On croirait qu’elle fait exprès de se sauver quand j’appelle Papa. Il ne me croit toujours pas. Maintenant je ne dis plus rien. Il a menacé de m’emmener chez le docteur, il dit qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi.
Pourtant je la vois, là, sur le tapis du salon. C’est bien elle, je ne suis pas fou. Pourquoi est-elle entrée dans le salon? C’est dangereux. L’autre jour Papa a dit : « Si je la vois, je l’attrape et je la trempe dans l’eau, on verra bien si elle déteint! Ha ha ha! Et si c’est une vraie, le chat la mangera et on n’en parlera plus. »
Va-t’en vite petite souris, retourne courir dans l’herbe. Je te promets que j’irai te retrouver. On sera amis et ça restera un secret entre nous.
Une souris verte qui courait dans l’herbe…
Claire
Une comptine pour les grands
Une comptine pour les grands
Il était une fois, dans la forêt de Brocéliande, un enfant loup qui hurlait.
Il était une fois, aux marches du Palais, une tant belle fille qui attendait
Il était une fois, dans la savane herbeuse, Rikitiki la mangouste qui chassait
Il était une fois, dans son palais de praline, Dame Tartine qui chantait
Mais jamais il ne sera là, celui qui me prendra ma liberté… Poil au nez !
Frédérique
Échange de voeux
Lettre aux lombrics de mon jardin
Chers lombrics de mon jardin,
Meilleurs vœux 2019 ! Que cette année soit pour vous prospère, appétissante, joyeuse, sereine et qu’elle vous permette de vous reproduire sans stress ; qu’elle vous apporte l’épanouissement en développant votre curiosité et votre attirance pour les grands espaces ; qu’elle décuple votre courage et votre témérité pour visiter les profondeurs de mon sol qui méritent qu’on s’y intéresse.
Chers lombrics, c’est en toute amitié et en bon voisinage, puisque par la force des choses nous cohabitons, que je vous adresse aujourd’hui mes vœux. Et ils sont sincères, n’en doutez pas ! Je suis heureuse d’avoir franchi ce pas cette année, nous vivions depuis trop longtemps dans l’ignorance les uns des autres, alors que, c’est évident, nous avons des intérêts communs !
Puisque je suis votre logeuse, je me sens évidemment investie d’une certaine responsabilité, je vous promet de mettre tout en œuvre cette année pour vous permettre de vivre, grandir et vous reproduire dans un habitat respectueux de vos besoins et de votre santé. En échange, je vous demande d’améliorer votre organisation et de multiplier vos efforts pour alléger correctement la terre de mon jardin, pardon notre jardin, et ainsi participer à un meilleur rendement de mes plantations.
L’Union fait la force, chers lombrics. Je nous souhaite donc, ensemble, le meilleur pour 2019 !
Bien à vous,
Votre logeuse,
Marianne
Réponse des lombrics
Chère logeuse,
Mes amis et moi avons bien reçu vos bons vœux et vous en remercions de tout notre être. Cela nous a fait grand plaisir, bien qu’étonné, car habituellement nous sommes rarement bien considérés, voire même déconsidérés ; à coup de produits phytosanitaires, vous humains, vous nous asphyxiez, vous nous détruisez, de vrais empêcheurs de tourner en rond. Tout ceci pour que quelques mauvaises herbes qui vous dérangent ne fassent pas leur apparition au milieu de votre pelouse et de vos plantations. Sans compter que vous oubliez souvent de nous arroser, enfin d’arroser la terre qui nous nourrit, aux heures les plus chaudes. Quelle paresse !
Nous avons bien entendu votre prière, qui participe du désir d’obtenir de belles plantations, de beaux légumes dans le carré que vous réservez au potager.
Le respect de l’environnement est devenu une préoccupations de certains d’entre vous. Nous vous en rendons grâce, effectivement les ondes qui nous parviennent de l’au-dessus nous ont informé de ce sujet qui, nous l’espérons, ne sera pas qu’une mode éphémère. Il en va de notre survie certes, mais bien sûr de la votre.
Mais avant tout, pour arriver à ce partenariat souhaité par vous, armez-vous de patience et de courage pour mettre en œuvre le vœux que vous avez formulé. La terre doit être bien traitée, sans produits s’entend, si vous voulez que nous y travaillons. Nous y sommes prêts, nous nous y engageons à notre tour.
Chère logeuse, excellente année 2019 et haut les cœurs !
Les lombrics de votre jardin
Agnès
Voeux sincères
Mélanie Poulard à Emile Lenôtre, cuisinier à l’EPAD où je réside
Meilleurs voeux
Tous mes meilleurs vœux à Vous Tous,
à vous mes Chers Poilus,
Les livres et textes cités au cours des ateliers d’octobre et de novembre 2018
Novocento, Alessandro Bariccco
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delherm
Vous habitez le temps, Valère Novarina
Villas sans soucis, Georges Kolebka
Retour aux villas sans soucis, Georges Kolebka
Je me souviens, Georges Perec
Enfance, Nathalie Sarraute
La maladie de Sachs, Martin Winckler
L’homme sœur, Patrick Lapeyre
Premières fois, le livre des instants qui ont changé nos vies, France Bleu, France Info, document Librio
Antigone, Henry Bauchau