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Renga

Exercice pour trois personnes : la première écrit le contenu de sa valise, la seconde complète la liste, enfin la troisième imagine le ou la propriétaire de la valise.

Il y a dans ma valise…

1. Il y a dans ma valise trois livres dont les pages se détachent, je joue à les inverser pour varier mes lectures. J’ai un petit coussin pour soulager ma tête quand le lit est trop dur, ou quand je dors par terre. Une brosse à dents sans poils parce que c’est inusable, et donc plus économe.

Une pierre à savon qui ne mousse pas, c’est une sorte de pierre ponce qui me permet de laver mes mains à fond, comme ça je peux ensuite laver le reste avec des mains bien propres. J’ai un tout petit peigne avec peu de dents, idéal pour mes rares cheveux !

2. Dans ma valise, il y a aussi une paire de lunettes de vue qui change de couleur en fonction du temps que je passe à lire, c’est magique ! Au bout d’un certain temps, je ne vois plus rien, et il est temps, temps, grand temps, que je passe à une autre activité. J’ai aussi un sablier pour minuter les brossages de dents. A la fin, sinon, mes gencives saignent, c’est ballot ! Et une horloge dont les aiguillent se baladent en tous sens. Une horloge bien inutile, me direz-vous, mais j’adore son petit bruit lorsque je la secoue un peu. Pour moi, elle est précieuse. Avec elle, le temps ne passe pas.

3. Mon voisin s’appelle Gaspard Casper. Enfin, non,  mais c’est ainsi que tout le monde l’appelle, y compris lui-même. Gaspard Casper m’a invité chez lui pour le conseiller, car Gaspard en vadrouille. J’ai inspecté sa drôle de valise et lui ai demandé :

– Mais, Gaspard, où vas-tu ?

Et lui m’a répondu :

– Dans le sud, je déménage.

Il est vrai que Casper pas le Nord.

Après inspection, je dois dire que Gaspard-ticipe pas beaucoup à l’économie locale. Avec ses trois cheveux sur le caillou et son hygiène de vie … bien à lui, il ne lui faut pas grand-chose dans sa drôle de valise.

– Quelques vêtements, peut-être ?

– J’ai donné tous mes manteaux et tous mes pulls, et je compte m’acheter ce qu’il faut sur place. Comme ça, je ne risque pas le supplément valise.

Voilà le genre de remarque que seul Casper-tinent peut avoir. L’on aura beau penser que Gaspard dans tous les sens, avec son horloge cassée et son coussin de tête, il y a toujours une certaine méthode à ses actions. D’un certain côté, je l’admire. Voyager, et même déménager, accompagné de son peigne et de livres en pages détachées, c’est culotté. S’il n’est pas Gaspard-fait, il est au moins Casper-turbable quant à son épopée à venir.

– Tes meubles, tes papiers, tes souvenirs ?

– C’est un appartement déjà meublé, mes papiers sont dans mes poches, mes souvenirs dans mon téléphone. Au revoir, alors, cher voisin.

Et c’est ainsi que Gaspard Casper est devenu fantôme, sa drôle de présence hantant toujours un peu mes pensées.

Texte collectif : Marianne, X, Maëlys

« il y a dans ma valise… »

Il y a dans ma valise une liseuse, quelques bermudas, tee shirts et sandales, une destination vers les pays chauds s’impose… Mon portable, mes play lists et mes écouteurs, un jeu de go ou d’échecs, une trousse de toilette, un carnet de notes et des stylos, une carte routière et un guide pour la destination souhaitée, quelques carambars. C’est tout : je voyage léger.

Enfin, ma valise est légère. Le supplément est dans mes poches : quelques conserves au cas où la nourriture locale ne me conviendrait pas. J’ai un pantalon multi-poches très fonctionnel pour les voyages, c’est un vrai garde manger. J’ai aussi une veste, un gilet multi-poches assorti à ma veste, avec, entre les deux, une poche hamac spécialement conçue pour le transport d’un saxophone télescopique. Enfin, dans mon chapeau multi-poches, je garde des jeux de société pour un ou plusieurs joueurs en cas de jours de pluie. Je voyage léger mais…utile.

Lorsque Gaston a refait son apparition dans nos vies après tant d’années d’absence, nous ayant laissé sans nouvelle de lui – on le croyait même disparu et certains le pleuraient déjà ! – lorsqu’il est revenu au village, donc, il n’était guère pimpant, avouons-le : hirsute et épuisé, amaigri et méconnaissable. Il ne disait mot, avait l’air hagard et avait bien perdu de sa superbe. Après une semaine entière de repos total… Gaston, mutique… Après un passage chez le coiffeur, un toilettage-parfumage chez le barbier, un hammam et quelques repas gargantuesques… un ogre !…Nous l’avons retrouvé tel que dans notre souvenir ému…ou presque.

Ses années de voyage, de galères, de rencontres improbables, l’avaient…comment dire…assagi ? Non, ce n’est pas ça. Mûri ? Non pas vraiment, on ne pourrait l’affirmer, il paraissait changé, mais c’était bien lui tout de même, notre Gaston, on ne pouvait pas hésiter.

Et puis, à peine remis de son périple, le voilà qui décide de repartir découvrir le monde si vaste. Déjà. Mais dans l’autre sens cette fois, prônant qu’il avait décidé de partir léger pour accéder à l’âme du voyage, sa quintessence il disait. Une simple valise suffirait : il avait tellement bourlingué qu’il connaissait la musique et suivrait le tempo. Il ne se chargerait pas davantage. Bla bla bla, bla bla bla…C’est vrai que dans sa valise, qu’il avait ouvert devant nous pour preuve, il n’y avait pas grand chose, juste l’indispensable pour voyager léger, l’utile et un minimum d’agrément. Si peu de bagages pour un si long long long voyage, nous en étions troublés.

Mais, les dernières semaines avant la date fatidique du départ, Gaston, prenant un air mystérieux de comploteur, la tête dans les épaules et scrutant les alentours d’un air circonspect, s’enfermait des heures et même des journées entières dans l’atelier de couturière de feu sa mère. Que pouvait-il bien y fabriquer ? Nous le connaissions ingénieux, pas cachottier.

Au bout d’un certain temps, il en est ressorti, l’air satisfait de lui, revêtu d’un bizarre accoutrement. Une panoplie de vêtements à poches et à clapets, digne d’un transformiste, qu’il avait réalisé sur mesure. « Je connais mes besoins, j’ai tellement bourlingué vous savez…au cas où…on ne sait jamais ce qui peut arriver, il faut pouvoir parer au plus pressé, » disait-il… M’enfin !…

Des poches, des poches et encore des poches, partout, dessus, dessous, dedans, partout vous dis-je. Même sur le chapeau, des clapets, des tiroirs…Ce n’était pas de l’élégance. Il présentait même, alors qu’il s’était déclaré paré pour l’aventure, des difficultés à se mouvoir. La valise était légère, certes, mais l’homme ? Cette fois, le voyant ainsi accoutré, traverser péniblement la cour en plein soleil, nous l’avons ovationné. Enfin, oui, enfin, nous avions retrouvé Gaston, le nôtre, le vrai, l’original. Toujours aussi décalé. C’était bien lui, tel qu’en lui même, avant de repartir sur les chemins, il nous était revenu. M’enfin !

Texte collectif Gérard, Marianne et Clara

Un texte hors atelier

VOYAGE DANS LES COTES DU NORD

Sa 4CV s’appelait Trotte Menue. Comme la petite souris accrochée au clignotant du tableau de bord. C’était une 4CV « affaires », reconnaissable aux pare-chocs et aux poignées de porte de la couleur beige clair de la carrosserie. Son amie Ginette, qui était riche, avait une 4CV « luxe », bleu-marine avec les poignées de porte et les pare-chocs chromés.

Sitôt fermé pour le mois d’août le magasin de raquettes de tennis où elle travaillait à Paris, ma tante venait me chercher chez mes parents dans la Sarthe pour m’emmener avec elle chez mes grand-parents dans les Côtes du Nord. Elle ne s’arrêtait que pour déjeuner, ce qui réduisait le risque de disputes avec mon père sur des sujets sensibles comme la chasse, qui ne manquaient pas de ressurgir pendant les repas de Noël. La conversation portait alors sur le trajet. « Tu passes par Mayenne ou par Laval » ? Nous passions toujours par Laval.

La traversée de la Mayenne était plutôt rectiligne mais accidentée et la 4CV était parfois à la peine dans les montées, ce qui amenait ma tante à jouer de la boîte de vitesses. Heureusement, il y avait les descentes pour doubler les camions et les caravanes. A Rennes, nous longions les quais de la Vilaine, nous étions en Bretagne mais encore loin du but. Quand nous arrivions dans les Côtes du Nord à Saint-Jouan-de-l’Isle, je commençais à me réjouir mais ma tante me rappelait que nous n’étions pas arrivés. « C’est long les Côtes du Nord, et nous allons à l’autre bout». La côte d’Yffiniac et ses marchands d’oignons au bord de la route annonçaient Saint-Brieuc. C’est là que nous voyions la mer pour la première fois, nous la guettions du pont d’où nous pouvions l’apercevoir brièvement.

Après, nous la quittions pour ne la retrouver qu’à l’arrivée. J’aimais traverser Guingamp et sa jolie place arborée entourée de vieilles maisons à colombages ou aux façades recouvertes d’ardoise, avant d’enchaîner les virages en descendant vers Belle-Isle-en-Terre. Nous passions alors à côté du château de Lady Mond construit en 1938, légué à la commune après sa mort et devenu la plus belle école primaire de Bretagne, selon mon grand-père qui aimait raconter l’histoire de cette fille du pays. Marie-Louise Le Manac’h, paysanne pauvre et seule fille au milieu d’une fratrie de dix, était partie à 16 ans à Paris où elle avait pu assister aux funérailles de Victor Hugo. Sa beauté, son esprit et son fort caractère l’avaient introduite dans le milieu artistique et culturel de la capitale. Après quelques aventures dont une avec un prince Espagnol, elle avait épousé un richissime industriel Anglais anobli. Une fois veuve, elle était revenue s’installer dans sa commune natale et avait fait construire ce château sur l’emplacement de la ferme de ses parents. Sa fortune lui avait permis de financer de nombreuses associations culturelles et caritatives qui ont marqué le pays. Après le rappel rituel de cette histoire digne d’un conte de fées, nous apercevions enfin la chapelle de Keramanac’h au bord de la route : nous étions presque arrivés !

Ma grand-mère nous attendait sur le perron de la maison. Elle ne savait pas à quelle heure nous étions partis car mon grand-père ne voulait plus de téléphone depuis qu’il était retraité. « Pas trop de chauffards sur la route ? » demandait-elle.

« C’est qu’elles sont dangereuses maintenant, avec toute cette circulation ». Et d’enchaîner sur les drames locaux. « Tu sais que le médecin de Lanmeur est mort dans un accident de voiture ? Une chouette l’a percuté la nuit alors qu’il allait visiter un malade ». « Pauvre bête », avait répliqué ma tante, autant pour choquer ma grand-mère que pour amuser mon grand-père dont on devinait le sourire derrière sa moustache avec ses yeux qui plissaient. Moi, je me disais que c’était dangereux de vivre à Lanmeur, avec un nom pareil.

J’étais pressé d’aller à la plage, mais le programme était établi. Il fallait d’abord ramasser les patates, les haricots et les petits pois. Mais promis, après nous irions à la plage. Sauf que la marée serait basse et que nous ne pourrions pas nous baigner. Pas grave disait ma tante, en attendant qu’elle monte, nous ramasserons les coques. C’est facile, il suffit de chercher les petits trous dans le sable. Mais j’ai beau creuser, ça ne marche pas à tous les coups. Et puis j’en ai assez de regarder tout le temps par terre. Je préfère regarder la mer, mais elle est toujours aussi loin, derrière le rocher rouge. Quand j’ai le courage de marcher jusque là, j’ai de l’eau aux chevilles, et je dois continuer à marcher longtemps pour en avoir jusqu’aux genoux. Tout ça à cause des patates, des haricots et des petits pois. De quoi me dégoûter des potagers et de la pêche à pied.

Heureusement, il y avait aussi les tournois de tennis que ma tante disputait pour conserver son classement. J’aimais bien l’accompagner, même si ça ne plaisait qu’à moitié à ma grand-mère. Elle s’inquiétait que je puisse rester sans surveillance pendant que ma tante jouait, elle avait peur que je me fasse enlever comme le fils Peugeot. Je ne voyais pas trop le rapport, même si nous avions le même prénom. On était quand même moins riches que les Peugeot. Peut-être aussi que ma grand-mère se disait qu’à 35 ans, il était temps que sa fille passe un peu moins de temps à jouer au tennis et un peu plus à chercher un mari. Mais moi, ça me convenait bien.

Il y avait trois chambres dans la maison de mes grand-parents, qui dormaient chacun dans la leur. Celle de mon grand-père m’impressionnait avec les portraits et les photos de famille. Ils n’avaient pas l’air commode, ses ancêtres, qui étaient aussi les miens. Après, j’ai compris qu’ils devaient prendre la pose, alors forcément, ils n’étaient pas très naturels. La chambre de ma grand-mère était beaucoup plus lumineuse, dans les tons rose pâle, avec une penderie claire et une petite bibliothèque de romans d’amour du début du siècle – c’était encore le vingtième – que je me suis bien amusé à lire plus tard. Leurs deux chambres communiquaient par un balcon au sud, sur lequel je ne les ai jamais vus ensemble. Il faut dire qu’il était petit ce balcon, plus esthétique que pratique.

Ma tante et moi partagions la troisième chambre, qui avait deux lits opposés. Quand nous étions couchés, elle n’avait pas besoin de me lire une histoire. Nous bavardions et refaisions la journée, commentions les événements marquants et les personnes rencontrées, évoquions les bons souvenirs et les perspectives des journées à venir. J’aimais ces moments où nous discutions sur un pied d’égalité, je me sentais grand, comme si je n’étais plus un enfant.

Eric.

Inventer une définition : Qu’est-ce qu’un flambé (n.m.) ?

Flambé : Gâteau cuit au feu de bois, à base de beurre,  de sucre, et de farine de châtaigne,  copieusement arrosé de rhum.

Isabelle P.

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Un flambé est un indicateur travaillant pour la police qui s’est fait trahir par un fonctionnaire corrompu.

Exergue : « on avait retrouvé Momo le flambé un couteau planté dans le tarbouif »

San Antonio dans « barres toi l’haricot » 

Didier S.

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Flambé : n.m. familier qui désigne le flambeur pris à son propre jeu. C’est un m’as-tu vu qui, après avoir dépensé son argent avec insolence, finit par se retrouver sur la paille. Contrairement au ruiné qui peut attirer de la compassion, le flambé n’attire que du mépris.

Marianne

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Véritable définition du mot « flambé » n.m. :

Nom vulgaire d’un beau papillon diurne, d’une coloration qui rappelle celle du machaon ou grand porte-queue.

Dictionnaire des mots rares et précieux, édition 10/18, année 1996

A partir d’une carte DIXIT

Elle venait du Nord,  et pour elle, c’était presque des vacances. Partir.

Elle avait entrepris ce voyage sans en envisager en vrai tous les enjeux ni toutes les conséquences. Elle était partie, voilà! Elle était jeune. Elle était conquérante. Aller y voir. Juste ça et faire en chemin ce qu’il faut, c’est tout. C’est simple.

Dans son sac à dos, avec le bocal de sauce hollandaise, quelques T shirts et ses illusions.

Elle avait emporté avec elle dans la besace son enthousiasme, ses convictions et beaucoup d’énergie. Déterminée elle était, comme jamais auparavant. Le monde n’attendait plus qu’elle ou peut-être était-ce elle qui attendait le monde? Toujours est-il que la paire de bottines fut rapidement usée sur les routes poussiéreuses. C’est alors qu’ils se sont rencontrés, au moment précis où elle perdait pied sous le soleil de plomb. Elle et lui, épuisés tout autant.

Lui venait du Sud. Dans son pays, le désert gagne, saison après saison, comme s’il le poursuivait. Alors, il fuit devant, il part avant d’être dévoré.

Ce soir-là, c’est peut-être le vent du désert qui soufflait sans cesse, jusqu’à rendre fou mais, lorsqu’elle a aperçu sa silhouette, telle un mirage, là-bas au loin… et juste le sable, les dunes à perte de vue, elle s’est mise à sangloter. La fatigue sans doute.

Quand il s’est approché, lui,  et qu’il l’a vue, elle, drapée de toutes ses larmes, étrange apparition, il s’est assis près d’elle sans rien dire. Elle a rompu le silence entre deux sanglots, a articulé en hoquetant qu’elle avait perdu son tube de dentifrice et que la nuit tombait et qu’il faisait trop froid , si froid désormais que jamais, jamais plus…qu’il n’y avait plus d’espoir, que tout était fini, que c’était la fin du monde, que c’était la fin de tout…

Il a sorti d’on ne peut savoir où une bouteille au fond de laquelle il restait un peu d’eau.

Et elle a bu. Dans ce flacon, il y avait l’espoir d’un autre soleil, celui d’un autre jour, qui se lèverait sur un autre monde, un monde avec dans le ciel quelques nuages et la promesse de l’eau.

Dans la vie, tout n’est pas blanc ou noir. Ensemble, ils y ont rêvé, ensemble ils y ont cru, se réchauffant mutuellement à la chaleur d’une amitié naissante… Dans le ciel encore sombre de nuit, quelques nuages et l’amorce d’un sourire sur leurs visages.

Clara

le 26 janvier 2024

Une nouvelle policière

                                          MAMAN

– Bonjour Madame, alors pour moi, ce sera un croissant, et pour Maman, un pain aux raisins.

– Ah, bonjour Jean, et comment elle va, votre mère ?

– Ben, elle est toujours alitée depuis qu’elle a attrapé la COVID.

– Heureusement que vous êtes toujours là pour vous en occuper. Allez, bonne journée et bien le bonjour à votre mère.

De retour à la maison, je vais chercher du bois et je rallume la cuisinière. Il me reste encore 15 kg de ragoût à réchauffer, ça va me prendre du temps pour le finir, mais ça tombe bien, du temps j’en ai. Et puis il est meilleur chaque fois que je le réchauffe. Il faut dire qu’au début, il était quand même un peu coriace, le nouveau copain de Maman. Même avec le couteau électrique, j’ai eu du mal à le découper. 

Quand il est arrivé, celui-là, ma mère elle était toute émoustillée, il parlait de l’épouser et de l’emmener dans le sud. Du coup, ma mère elle voulait vendre la maison pour leur payer un bel appartement au bord de la mer, parce qu’il avait rien d’autre que sa belle gueule, le salaud. Il lui avait mis le grappin dessus, je voyais bien qu’il profitait d’elle. Et moi, qu’est-ce que j’allais devenir ? Vivre dans un 3 pièces avec les deux tourtereaux dans une station balnéaire pleine de vieux ou me retrouver dans un foyer ? Pas question.

L’avantage de la mort aux rats, c’est que ça fait mourir d’hémorragie, du coup le corps il est tout sec et il se conserve bien.  Comme ça, Maman elle est bien dans son lit, elle sent même moins mauvais que quand elle était vivante. Quant à l’autre, ce que je peux pas bouffer, je l’ai enterré dans le jardin, là où il y a plein de broussailles. Et je raconte à tout le monde que Maman elle est malade, comme ça je continue à toucher sa retraite. A la Poste, ils me connaissent bien, alors je leur dis pour le COVID, le COVID long et tout ça, et ils me donnent les sous du mois.

Le problème, c’est que la grille à l’entrée elle est rouillée, elle ferme mal, alors le chien du voisin il arrête pas de venir rôder. L’autre jour, il a ramené un os chez lui, et le voisin s’est demandé ce que c’était. Il l’a montré au boucher qui voyait pas ce que ça pouvait être, puis aux gendarmes qui ont vite compris de quoi il s’agissait.

Tiens, ça y est, les voilà qui arrivent. Bon, je leur propose du ragoût qu’est chaud à point, mais ils en veulent pas. C’est à ma mère qu’ils veulent parler. Je leur dis de pas la déranger parce qu’elle dort, mais ils m’écoutent pas. Et c’est là que les emmerdes commencent. Ensuite, ils trouvent les restes du salaud dans le taillis à côté du chemin et les papiers de Maman dans le tiroir du guéridon de l’entrée, où qu’ils voient qu’elle touche toujours sa retraite alors qu’elle est refroidie depuis un moment. 

Maintenant qu’ils savent tout, les gendarmes, me voilà en garde à vue, alors je leur raconte, de toute façon ils ont déjà compris. Quand j’ai vu l’autre salaud arriver, je l’ai attendu derrière la porte et je l’ai planté avec le couteau à découper, après je l’ai saigné pour qu’il soit meilleur au goût. Alors évidemment, ça a mis du sang plein le perron, et j’ai eu beau le nettoyer à la Javel, il en est resté. Si bien que forcément, les gendarmes ils ont eu des soupçons. Et du coup, ils ont aussi retrouvé du sang sur le couteau à découper et le couteau électrique, malgré que je les avais bien nettoyés. Maintenant, ja sais pas ce qu’ils vont faire du ragoût qu’était quand même drôlement bon.

Eric

Une fable

La brebis qui voulait qu’on lui donne l’heure

Une brebis se promenait
Sur le trottoir d’une ville sûre Allant où ses pas la menaient
Sans hâte, au rythme de l’âge mûr.

Elle vit une poule attendant
Que le flot bruyant des carrosses Cessât pour laisser les passants Traverser et rouler leur bosse.

Elle vint vers celle qui patientait S’enquérir de l’heure qu’il était. La gallinacée étonnée
Ne savait pas la lui donner.

La brebis sans lui en vouloir
A petits pas sur le trottoir
Reprit sa quête de savoir l’heure Et s’adressa pour son malheur
A un grand chien dont la fureur Se déferla et lui fit peur.

Vite remise elle repartit
Allant chercher un peu plus loin
Un donneur d’heure, quelqu’un de bien, Le mage du temps, à pas petits.

La brebis égarée devrait nous faire envie, Le sage dans la quête trouve goût à la vie.

Sophie Buffet

Les livres cités

Les livres qui ont inspiré les ateliers d’écriture partagés cette année

  • Hygiène de l’assassin, Amélie Notomb
  • En vivant en écrivant, Annie Dillard
  • Rhinocéros, Ionesco
  • Truisme, Marie Darrieusec
  • Le libraire de Wigtown, Shaun Bythell
  • La séquestrée, Charlotte perkins Gilman
  • Vivian Maier, Réunion des musées nationaux – Grand palais / diChroma photography
  • Paris – Briançon, Philippe Besson
  • L’oiseau des morts, André Marcel Adamek
  • Fourmis sans ombre, le livre du haïku, Maurice Coyaud
  • La mémoire des embruns, Karen Viggers
  • La vengeance de la pelouse, Richard Brautigan
  • Nous sommes tous des Playmobiles, Nicolas Ancion
  • A la ligne, feuillets d’usine, Joseph Ponthus
  • Le musée de l’Innocence, Orhan Pamuk
  • Le jour du chien, Caroline Lamarche
  • Villas sans soucis, Georges Kolebka
  • Le Prophète, Khalil Gibran
  • Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes
  • Paroles, Jacques Prévert
  • Lundi, Pierre Bergounioux
  • Le dictionnaire des sentiments, éditions Syros
  • Chronopes et fameux, Julio Cortazar
  • Lettres, Bernard-Marie Koltès
  • Alger, journal intense, Mustapha Benfodil
  • Exercices de style, Raymond Queneau

Texte à trois mains

INCIPIT A TROIS MAINS

Isabelle Anne Amelie

Isabelle

Pour marcher de Porto à t Jacques de Compostelle, il y a deux chemins, celui à l’intérieur des terres et le chemin côtier.

Anne

Lequel cet imbécile de Robert a-t-il pris ? Je m’asseyais sur le sol rocailleux. Prendre mon temps. Humer l’air. Me mettre dans la tête de Robert. Les grillons ou cigales (qu’est-ce que j’en savais ?) ne m’inspiraient pas. J’avais chaud avec mon pull de laine mis à la va-vite pour réussir à prendre l’avion. Bon sang ! Je suis ici, à Porto ! Et cette lumière aveuglante ! Prendre quel chemin ? D’après nos calculs Robert ne devait pas être trop éloigné, pas encore. Je montais dans le quatre-quatre et fis rugir le moteur. Une solution se profilait. Arriver à la prochaine étape, qu’il passe par la terre ou la côte, le point d’arrivée devrait être le même. Je n’en savais rien. Et puis Robert ne faisait jamais rien comme tout le monde. Mais je devais le retrouver, le ramener chez lui avant qu’Interpol n’intervienne. Qu’est-ce qui lui avait pris de tuer ce bougre d’Edgard pour ensuite filer sur le chemin de Compostelle ? Son dernier message m’avait heureusement éclairé sur sa destination, parce que Robert c’est mon frère et qu’il est parfaitement idiot. Je le connaissais bien ! Robert a toujours su faire l’andouille, Robert n’a jamais eu de limites. Cette fois c’était trop ! En tant que détective et avant que l’enquête aille plus avant, je me devais de le ramener au plus tôt. Je mettais les gaz et décidai de rouler jusqu’à la prochaine étape notée sur le guide.

Amélie

Soudain, je vis un homme dans la mer roulé par une énorme vague, Robert, mais pas seul il se noie et subitement se mettent sur lui 3 sauveteurs en mer munis de flotteurs et mon frère s’échappe loin, loin, avec les flotteurs, loin…Jusqu’aux Amériques où il sera récupéré par des cubains qui ne lui poseront pas trop de questions. Il sera devenu apparatchik. Sauvé Robert se fera appeler Robotic.

Mode d’emploi

Comment se montrer intéressé, lors d’une conversation ennuyeuse

Il était ennuyeux, mais ennuyeux, mais personne n’osait le lui dire, y compris moi-même, et pourtant dans ses discours incompréhensibles et longs comme un fleuve, il me sollicitait toujours du regard « qu’en penses-tu ? es-tu d’accord ?» Je n’étais d’accord de rien du tout, ses paroles avaient le don de m’endormir, j’en étais même arrivée à me demander si l’enregistrement de ses propos ne pourrait pas servir de somnifère ?

En attendant il fallait tenir, alors je faisais semblant, la posture en premier, jamais affalée dans le fauteuil, le corps bien avancé sur la chaise, le buste légèrement tendu vers l’avant, la tête suffisamment penchée pour montrer mon attention, les yeux grands ouverts… Bien évidemment même si cela s’avère difficile le bâillement est proscrit, ne pas oublier de garder la bouche légèrement entrouverte pour montrer que cette conversation oh combien passionnante invite à la participation.

Je récapitule, s’asseoir au bord du siège, le dos droit, le buste avancé, les bras ouverts, attitude décontractée mais concentrée sur l’orateur, le regard vif, le sourire de satisfaction, si malgré tout ce faux semblant vous parait inaccessible, rêver à quelque chose d’agréable.

Christiane