MAMAN
– Bonjour Madame, alors pour moi, ce sera un croissant, et pour Maman, un pain aux raisins.
– Ah, bonjour Jean, et comment elle va, votre mère ?
– Ben, elle est toujours alitée depuis qu’elle a attrapé la COVID.
– Heureusement que vous êtes toujours là pour vous en occuper. Allez, bonne journée et bien le bonjour à votre mère.
De retour à la maison, je vais chercher du bois et je rallume la cuisinière. Il me reste encore 15 kg de ragoût à réchauffer, ça va me prendre du temps pour le finir, mais ça tombe bien, du temps j’en ai. Et puis il est meilleur chaque fois que je le réchauffe. Il faut dire qu’au début, il était quand même un peu coriace, le nouveau copain de Maman. Même avec le couteau électrique, j’ai eu du mal à le découper.
Quand il est arrivé, celui-là, ma mère elle était toute émoustillée, il parlait de l’épouser et de l’emmener dans le sud. Du coup, ma mère elle voulait vendre la maison pour leur payer un bel appartement au bord de la mer, parce qu’il avait rien d’autre que sa belle gueule, le salaud. Il lui avait mis le grappin dessus, je voyais bien qu’il profitait d’elle. Et moi, qu’est-ce que j’allais devenir ? Vivre dans un 3 pièces avec les deux tourtereaux dans une station balnéaire pleine de vieux ou me retrouver dans un foyer ? Pas question.
L’avantage de la mort aux rats, c’est que ça fait mourir d’hémorragie, du coup le corps il est tout sec et il se conserve bien. Comme ça, Maman elle est bien dans son lit, elle sent même moins mauvais que quand elle était vivante. Quant à l’autre, ce que je peux pas bouffer, je l’ai enterré dans le jardin, là où il y a plein de broussailles. Et je raconte à tout le monde que Maman elle est malade, comme ça je continue à toucher sa retraite. A la Poste, ils me connaissent bien, alors je leur dis pour le COVID, le COVID long et tout ça, et ils me donnent les sous du mois.
Le problème, c’est que la grille à l’entrée elle est rouillée, elle ferme mal, alors le chien du voisin il arrête pas de venir rôder. L’autre jour, il a ramené un os chez lui, et le voisin s’est demandé ce que c’était. Il l’a montré au boucher qui voyait pas ce que ça pouvait être, puis aux gendarmes qui ont vite compris de quoi il s’agissait.
Tiens, ça y est, les voilà qui arrivent. Bon, je leur propose du ragoût qu’est chaud à point, mais ils en veulent pas. C’est à ma mère qu’ils veulent parler. Je leur dis de pas la déranger parce qu’elle dort, mais ils m’écoutent pas. Et c’est là que les emmerdes commencent. Ensuite, ils trouvent les restes du salaud dans le taillis à côté du chemin et les papiers de Maman dans le tiroir du guéridon de l’entrée, où qu’ils voient qu’elle touche toujours sa retraite alors qu’elle est refroidie depuis un moment.
Maintenant qu’ils savent tout, les gendarmes, me voilà en garde à vue, alors je leur raconte, de toute façon ils ont déjà compris. Quand j’ai vu l’autre salaud arriver, je l’ai attendu derrière la porte et je l’ai planté avec le couteau à découper, après je l’ai saigné pour qu’il soit meilleur au goût. Alors évidemment, ça a mis du sang plein le perron, et j’ai eu beau le nettoyer à la Javel, il en est resté. Si bien que forcément, les gendarmes ils ont eu des soupçons. Et du coup, ils ont aussi retrouvé du sang sur le couteau à découper et le couteau électrique, malgré que je les avais bien nettoyés. Maintenant, ja sais pas ce qu’ils vont faire du ragoût qu’était quand même drôlement bon.
Eric