Un Robinson des temps modernes
Mardi 24 il pleut, le temps se prête à la situation, c’est l’enterrement de Robin. Ce monsieur âgé, après des années est revenu au village et comme dans toutes ces occasions, chacun a quelque chose à raconter, et patati et patata …
Ma voisine me sollicite : mais toi le fils de l’ancien garde barrière, tu l’as connu, il parait qu’il habitait près du passage à niveau.
C’est exact. Et me voilà reparti des années en arrière, je me souviens de lui, nous avions presque le même âge, moi le fils du garde barrière et lui le fils de la boulangère, nous étions assez copains. Et canailles aussi, à vouloir courser les poules de la mère Mathilde, à se planter sur les rails juste avant que le train arrive, quitte à courir alors que la barrière était descendue. Quelques chapardages aussi, on rigolait bien ensemble.
Le soir à lueur des lucioles, sans l’autorisation de nos parents respectifs, nous partions dans notre planque qui n’était autre que la maison abandonnée de la grand-mère de Robin et là nous refaisions le monde et pensions à nos lendemains ; moi un peu casanier, j’envisageais de rester dans le bled comme il l’appelait et je me projetais dans le métier de garde barrière, j’adorais regarder passer les trains, cela me faisait rêver.
Lui, Robin, disait vouloir monter dans le train, voyager, découvrir d’autres horizons, il avait des projets plein la tête.
Ah je l’aimais ce copain, j’admirais son audace et ses envies d’ailleurs.
Le temps passa, nos écoles furent différentes, la maison de sa grand-mère fut vendue, plus de refuge, l’acné nous avait donné d’autres rêves. Je n’ai jamais revu mon copain jusqu’à ce funeste moment aujourd’hui.
Christiane B.