Histoires d’amour…

L’ours Raoul et la souris Sophie

Tranquille, sur ma banquise, mes grosses pâtes posées afin de ne pas glisser, je te vis…

Mon gros cœur d’ours ne fit qu’un tour, dans mes yeux s’alluma une flamme verte insistante qui se posa sur ton pelage couleur crème café au lait.

Je ne trouvais pas tes yeux, ils étaient trop petits, comme des boutons de chemise d’enfant.

Une folle envie de te serrer contre moi me saisit, Sophie petite souris j’eus peur de t’écraser, je n’osais pas te toucher, juste te regarder, te sentir.

Tu filas sur la glace comme avec des patins, tu m’étourdis… et moi, je glissais, je glissais… Je n’avais pas de skis, les griffes de mes énormes pattes me retenaient à peine, puis…Je fis un plouf, car la banquise céda !!

Et toi, tu nageais le poil collé, tu n’avais plus de forme, l’on décelait tes petits os, n’avais tu pas froid ?

J’aurais aimé te réchauffer, t’aimer avec tendresse, mais je ne le ferais pas car je t’ecraserais et notre amour ne serait plus alors…

J’entrepris de te séduire, toi si différente, si féminine, si fine, si intelligente.

Moi, le gros Raoul, je suis amoureux d’une petite nana qui fait Maman quand on la touche, qui dit Maman quand on la couche…

M’aimerais tu mignonne enfant ? Moi, la grosse bête maladroite et tendre !!!

Monsieur Cocteau, pouvez vous poétiser notre histoire en changeant de nom « l’ours Russe et la petite Parisienne »?

Je t’aime petite Sophie, Je t’aimais déjà avant… J’aurais aimé rétrécir afin de t’aimer vraiment. Mais comment donner des baisers à une petite bête toute fragile et inquiète ?

Ma truffe noire et humide, Je la poserais entre tes minuscules oreilles et soufflerais de l’air chaud sur ton pelage, tu réagirais avec des frissons, tes petites patounettes grifferaient mes gros poils drus, je tremblerais, je te pousserais sur la glace, nous serions dans un jeu vidéo.

Tu reculerais, Sosso, jusqu’au aller te protéger dans les pattes d’un pingouin accueillant.

Mais… Car entre mes pattes je te tiendrais serrée, je n’oserais pas t’aimer, cela pourrait être désastreux !

M’aimais tu, petite souris, aurais tu pu te donner à moi au risque de ta vie ?

Nous étions dans une passion impossible et magnifique, un grand opéra digne de Wagner.

Mais dans ta vie, il y avait aussi… Un raminagrobis qui te poursuivait, t’obligeait à te cacher dans un trou, tu m’échappais, je n’avais plus accès à ta spontanéité, tu étais terrorisée, apeurée.

Ce « minou » finalement, tu l’aimais, c’était ton alter ego, plus agile que moi, une petite truffe mobile charmante, des petites griffes, tout cela te séduisait et… tu jouais, jouais… au chat et à la souris.

Moi, Raoul, je haïssais ce matou, je n’avais pas accès, je ne pouvais courir aussi vite, je préférais chasser les poissons dans les ouvertures de la banquise, disputer avec les phoques tout glissants ma proie. Mes gros poils drus ne sont pas caressants, mes pattes peu délicates, mon grognement pas séduisant. Je compris vite, nous n’avions pas de possibilité en commun. Je m’éloignait tout doucement, au loin, au loin… sur la banquise pour ne pas t’empêcher d’exister.

Bien mal me prit, car en mon absence le vilain matou te saisit, te fit souffrir en jouant avec toi trop violemment, tu mourrus, car je ne sus pas te protéger.

Je hurlais sur la banquise, seul dans l’immensité du blanc qui me noya, je ne fus plus qu’un point marron au milieu de nulle part…

Ainsi se termina un opéra galactique, fantastique, improbable… !

Amélie

 

 

 

 Une autre histoire d’amour..

Une vie de doudou

La première fois que je t’ai vu tu m’as attrapé et serré contre toi et j’ai compris que ça allait être fort entre nous. J’aimais tes petites mains potelées qui me tenaient bien serré. J’aimais dormir contre toi, sentir l’odeur du lait de toilette mélangée à celle de ta peau toute douce. Quand tu avais du chagrin, le timbre rauque de ta voix me faisait vibrer et tu me collais sans hésiter contre ton nez mouillé, j’aimais cette grande intimité que tu avais installée entre nous.

Après j’ai tout aimé. J’aimais que tu m’emmènes partout avec toi, je me sentais quelqu’un d’important. Avec toi, je voyageais. J’aimais les longs trajets en voiture pour aller chez ta grand-mère, je passais toute la journée bien serré contre toi. Pour t’endormir tu suçotais un coin de mon tissu et je me sentais en confiance, je ne risquais pas de finir gisant sur le plancher.

J’aimais traîner sur la plage avec toi, prendre le soleil dans la benne de ton tricycle quand tu pédalais comme un fou dans les allées des jardins publics. J’aimais essuyer tes moustaches de chocolat, de glace ou de confiture, notre vie avait un goût de sucré, c’était très doux.

Et ce que je préférais c’était ce moment juste avant de te coucher où tu écoutais une histoire en me serrant contre toi. Je ne comprenais pas tout, mais je sentais que tu étais bien, un peu dans tes rêves, détendu et serein, et je me régalais à l’avance à l’idée de cette longue nuit dans tes bras qui m’attendait.

Je n’ai pas aimé quand tu as commencé à aller à l’école. Nous ne nous quittions jamais depuis plus de deux ans et là, tout à coup, tu t’es mis à passer les matinées sans moi. Tous les jours, en arrivant dans ce lieu grouillant d’enfants inconnus, tu m’as jeté dans une caisse au milieu de chiffons et débris de nounours malodorants. J’essayais de me faire tout petit dans mon coin pour ne pas être contaminé par les mauvaises odeurs, mais il n’y avait pas beaucoup de place et ça manquait d’air là-dedans ! Une fois, à ma grande épouvante, j’ai même failli repartir dans une maison inconnue parce qu’un autre enfant m’avait embarqué sans faire attention. Heureusement que tu m’as rattrapé au vol !

À partir de ta deuxième année d’école, ma situation à encore empiré : je restais dans la vilaine caisse toute la journée, sauf à l’heure de la sieste. Après le dejeuner, tu me reprenais contre toi avant de t’allonger sur le tapis et je retrouvais alors un peu de sérénité. Mais c’était de courte durée… Dès que la sieste était terminée, je devais retourner coller mes congénères dans la caisse à doudous. Je commençais à m’habituer, j’étais bien obligé, mais il y avait une chose que je n’arrivais pas du tout à supporter, c’était d’être dans le fond de la caisse. Là, c’était l’asphyxie assurée avant la fin de la journée. Alors je faisais tout pour éviter ça. Je t’échappais en fin de sieste et me cachais dans un pli de couverture. Tu mettais longtemps à me retrouver et tu me rangeais après tout le monde, sur le dessus de la caisse. D’autres fois tu me retrouvais tout de suite alors, pour gagner du temps, j’essayais de freiner ta marche vers le couloir en m’enroulant autour de tes pieds. Une fois je t’ai même fait tomber, je ne l’ai pas fait exprès. Tu t’es mis à pleurer et, pour te consoler, la maîtresse m’a laissé avec toi beaucoup plus longtemps que d’habitude.

L’année suivante a marqué la fin de notre complicité de tous les instants. Tu t’es senti grand et tu as décidé de ne plus m’emmener à l’école. Alors j’ai commencé à me morfondre dans ton lit pendant de longues, interminables journées, au milieu de bestioles inertes en peluche dont la compagnie était ennuyeuse à mourir. Et puis un jour, après une de ces séances de lavage en machine que je détestais par dessus tout, tu as oublié de me reprendre… Ou peut-être que tu m’as tout simplement remplacé…

Aujourd’hui je sens la lessive et je suis bien plié dans une boite en plastique, coincé entre une brassière tricotée par ta grand-mère et un pyjama qui ne sent plus du tout la bonne odeur de lait de bébé sur ta peau douce. Je ne sais plus rien de toi, tu n’es jamais venu fouiller dans cette boite. Parfois, quand je repense à notre histoire, je me dis que c’était un rêve…

Marianne

On donne un début de phrase, écrire la suite…

« Je désirais toujours  profondément écrire. Mettre les maux en mots, m’échapper à travers les lignes. Croire encore que tout fut possible, que les choses allaient perdre du poids du fait d’être dites. Je désirais toujours lire, m’extraire de ma vie, le temps d’un chapitre, comme le temps d’une sonate. Ne plus être un instant qu’à travers les mots, écrits, lus, entendus. Je désirais toujours cet échappatoire, ce refuge, cette fuite, cette liberté de m’oublier, en quelque sorte d’être mangée engloutie par un texte, une lecture, disparaître dans les pages, les titres, les mots, l’histoire, me fondre au narrateur et oublier qui je suis. »

Syl

 

Comme il l’avait promis, il ne souhaitait pas que ça se sache. Il avait tout fait pour le cacher, il savait que ce n’était pas bien et que le mieux était de le dévoiler à tous. Mais son côté pudique avait pris le dessus. Il était à deux doigts de le dévoiler, mais ne savait pas ce qui le retenait de ne pas le dire. Vaut mieux tout avouer se dit-il, le mieux est de jouer carte sur table. Allez, je vais quand-même le dire haut et fort. Juste à ce moment là le cœur se mit à palpiter… l’émotion ? Bien plus, une crise cardiaque foudroyante. Malheureusement on n’en saura pas plus.

 

Ce que Tom regrette le plus, c’est de ne pas avoir été choisi pour être le père Noël lors de la sélection du supermarché du coin. C’est vraiment une idée magique que de donner aux enfants un jour par an des jouets. Cette action vis-à-vis des bambins, Tom en rêvait. Pour une fois ce n’aurait pas été un travail, mais un vrai plaisir pour lui. L’entretien qu’il avait eu avec le chef du personnel lui avait paru bizarre. Il avait eu beau se présenter sous son meilleur jour, mais rien n’avait fait ! Tant pis se dit-il, j’irai passer Noël dans ma famille à Dakar.

 

Jean pourrait travailler mieux, Disait son père, le matin en se rasant. Il avait pris le relais de sa femme qui n’en pouvait plus de cet être qu’elle avait mis au monde et qui lui procurait beaucoup de soucis. Un rebelle, disait elle, comment j’ai pu faire un enfant pareil ? Un psychologue qu’elle avait vu en douce lui parla de l’âge où l’être humain veut s’émanciper, sortir du cocon familial pour affronter la vie. Mais bon, elle n’arrivait pas à accepter Jean dans son nouveau look. Il y a des limites à tout et son conformisme lui faisait écran, à voir la transformation de ce petit chérubin. Elle le regardait se promener dans la maison avec des pressings aux oreilles, sur les lèvres et même dans les joues, et cette coiffure en forme de crête de coq toute rouge, rasée tout autour, non, non et non. En plus avec l’alerte de la grippe aviaire, il est inconscient ce petit.

Lin

 

Je désirais toujours approcher sans le franchir le seuil des mystères qui se refusaient encore à ma connaissance.

Je désirais toujours m’éloigner de ceux qui étaient coutumiers de petites trahisons.

Je désirais toujours exister pour me sentir pleinement présent au moment opportun.

 

Il se sent toujours encouragé quand on lui témoigne un tantinet d’estime, qu’on lui reconnaît ses mérites passés, présents et à venir, quand elle lui envoie de subtiles signaux qui semblent traduire une envié lui dire « je t’attends. Montre moi donc toute l’étendue de tes pouvoirs, toi le magicien noir ». Enfin quand on écoute et conçoit la véracité de ses perceptions spirituelles et sensibles, aussi déroutantes fussent-elles pour un esprit rationnel.

Charles

 

J’aime…

 

« J’aime déambuler au gré de mes humeurs le long du golfe.

J’aime lire le matin en buvant mon café et traîner.

J’aime m’assoupir dans mon canapé au son d’une sonate.

J’aime ma première longueur de piscine, sous l’eau tiède.

J’aime prendre le bateau pour découvrir les îles.

J’aime rencontrer des gens, échanger.

J’aime m’asseoir dans un fauteuil et écouter le feu crépiter.

J’aime écrire sans savoir ce que je vais écrire.

J’aime le silence après une journée d’agitation.

J’aime aller voir un film et ressortir du cinéma heureuse. »

Syl

 

Instantanés

Proposition d’écriture : Rapporter quelques instantanés de ces dernières journées

 

 » Une toute petite giroflée, tache jaune d’or dans la grande étendue verte. »

 » La dame au petit chien ; l’une et l’autre ont leur manteau de pluie. »

 » Une herbe rebelle s’est invitée dans une fissure du trottoir. »

 » Un oiseau a chanté avant la sonnerie du réveil : ça sent le printemps ! »

 » Sur le trottoir, un vieux toutou bien lourd à la gorge tombante. »

 » Une porte très haute surmontée d’un œil-de-bœuf, comme un corps très long avec une toute petite tête. »

 » Des lunettes à monture noire qui font le regard en ailes de papillon. »

 » Un homme habillé chic, pantalon blanc et blouson marine, tenant un tout petit chien très large et très poilu, comme une serpillère qui se trémousse au bout de la laisse. »

 » Pour vider sa tête, noyer son regard dans la profondeur d’un mandala. »

 » Les fleurs tombées du camélia, nénuphars rouges échoués sur la pelouse. »

 » La sensation qu’il est encore très tôt quand le réveil sonne à nouveau après une semaine de vacances. »

 » Trois petites feuilles de chou farci sur un lit de salade verte. »

 » Dodus, plats ou pointus, toute une collection de cailloux cœurs. »

 » Un petit mot trouvé sur la table au retour du marché, rendez-vous manqué… »

Marianne

 

 

 » Elles ont vingt ans, le cœur en bandoulière, le regard audacieux, la silhouette insolente. Mais que savent-elles vraiment ? »

« Dans la rue, des maisons figées dans le temps. Derrière des rideaux gris, des gens qui vieillissent. »

 »  La voiture rouge dans la rue. Caché dessous, un chat noir me regarde. »

 » C’est un jour tout gris. Mais le mimosa s’en fiche. »

« Mars est arrivé. Le vieux mur aux pierres disjointes est heureux. Bientôt, ses amis les lézards reviendront. »

 » Deux enfants marchent, le cœur et le cartable léger, le long du mur du cimetière. »

 » Le long des chemins de la mer intérieure, il y a de vieux manoirs peints en rose et des enfants rieurs qui jouent sur des balançoires. »

 » L’homme à la Harley Davidson avait roulé longtemps. Quand le moteur se tut enfin, il posa pied à terre et contempla la mer. »

Philippe

 

« Encore endormis par le froid de la nuit, les oiseaux tout doucement se mettent à piailler, comme des clochettes.

La jeune mariée sur le parvis de l’église se noie dans son voile qui lui couvre le visage.

Le ronronnement de la cafetière, comme une locomotive qui se lance, emplit la cuisine et l’odeur qu’elle distille attise l’appétit.

Les pas pressés des collégiens qui se ruent à l’entrée principale dés que la sonnerie retentit tels des papillons attirés par la lumière.

Derrière les hauts murs en pierre, les croix debout.

D’une rue à la cour intérieure, ce passage fleuri comme un couloir.

Au centre, sorti de nulle part, le clocher et sa flèche, net et droit.

La lumière écarte les nuages gris et s’infiltre comme une coulée d’eau.

Un brouhaha de moteur et de Klaxons surgit au bout de la rue sur le boulevard. »

Syl