Lettre à mon visage

J’ai remarqué ces jours derniers que je ne te regardais plus en me levant, comme si je te gommais, comme si tu n’avais plus d’existence, plus d’importance.

En fait, je ne t’aime plus.

Et si tu me faisais peur, plutôt ?

Et pourtant…. Pourtant, je ne regrette rien.

Alors, pour te retrouver, j’ai feuilleté l’album de photos réel et imaginaire.

Moi, dans les bras de ma mère, à 9 mois, elle à 33 ans : qu’elle était belle !

J’ai une bonne bouille et surtout ces grands yeux écarquillés sur le monde, en confiance dans ces bras là.

Puis, j’ai 11 ans, une magnifique natte sur le côté, un petit nez retroussé , l’air têtu et volontaire.

A mes 17 ans, mes yeux bleus en amande commencent à séduire, même si  mon professeur de Grec explique à la classe la couleur glauque de mes yeux ! L’adjectif glaukos =bleu/vert comme ceux de la déesse Athéna, mais je ne suis pas contente. Pour moi, glauque signifiait vaseux.

Puis, au fil du temps, cheveux courts, cheveux mi-longs, mèches bringées entourent ce visage espiègle.

A 40 ans je suis au mieux de ma forme malgré les aléas de lavie, les pertes, les deuils mais aussi les nouveaux espoirs.

Espoirs déçus, deuils mal vécus vont te marquer au coin desyeux et brouiller ton teint à la peau fine.

Les années passent et accentuent ton déclin.

Et pourtant…..

TU es le reflet de ma vie, de mes amours et de mes peines et tu vaux bien que je te regarde, même vaciller un peu plus à chaque miroir.

Mon beau visage, dis moi quel miroir tu préfères?

Tous peut-être ? De l’enfance à la mort, tu recèles mon âme.

Frederique

Métaphore filée

Sophie la chienne gambadait seule devant moi, un angle de rue apparut, Sophie tourna et …….je la suivis, puis la rue de l’angle droit était vide, la chienne avait disparu. Même au loin, dans les porches, les angles des immeubles, rien…plus de chien !

Que s’était il passé : rapt, cavale ou envol ?

 

Même le ciel était vierge de chien, la bouche d’égout aussi, la grille bien étanche.

Disparition, un coup à la Sherlock Holmes

 

Que lui était il passé dans sa petite caboche de toutou roux ?

 

«  Cela devient pénible d’être obligée de suivre quelqu’un, ne pas être indépendante, tu entends, toi ma maîtressse, pourquoi ?  Parce que tu me nourris assez mal : pas de viande, pas de légumes frais, pas de desserts sucrés, rien que des croquettes !

Et cette laisse que je suis obligée d’enfiler tout le temps, avec trois grelots afin de pouvoir me surveiller.

Il paraît que les chiens errants ne peuvent pas exister, ils vont direct à la fourrière.

Et bien, on va voir : je profite de ce coin de rue pour vivre ma vie !

Tiens une charmante dame, je lui fais du charme, et hop ! Elle m’emmène gentiment chez elle…. quel bonheur, une nouvelles vie, une nouvelle maison, mais ……horreur une nouvelle laisse, plus jolie, rouge avec des fleurs ? Un canapé doux où je peux m’étendre, en plume mazette quel pied !      Et puis des gâteaux, des chocolats, je suis une chienne heureuse … »

C’est comme une femme qui réalise qu’elle est dépendante de son époux ! Elle décide de partir à l’aventure afin de vivre enfin …….

Elle rencontre un homme, il lui semble amusant et drôle, lui offre des cadeaux, lui achète des bijoux, de jolies robes, la mène au théâtre, en voyage.

La dame, réfléchissant se dit que cette bête doit manquer à ses maitres…

Elle m’amène au commissariat afin de me rendre aux miens

Horreur,  je reste avec le commissaire, il a un chien mâle, de la même race que moi, il veut me faire faire des petits chiots avec  !

Vite la maison !  liberté chérie !    

 

Le bonheur n’est pas là où l’on croit : vaut il mieux être libre ou heureuse ?

 

Je m’enfuis encore …….

 

.Amélie B

 

 

 

Son expérience passée

 

« Son expérience passée lui a appris, entre une quantité d’autres choses, des anecdotes à caractère plus ou moins truculent, des faits anodins mais qui restent collés à la mémoire comme des sparadraps, des raccourcis et des astuces, des réflexes, des maximes, des calembours des contrepèteries et des leçons de vie comme de mémoire, faire le trajet de la rue Tristan Corbière à la place St Antoine les yeux fermés, quelques enseignements parfois amers sur les êtres en général  et sur son entourage en particulier, mais aussi et peut être surtout se murmurait il ce soir là à plus de 80 ans, enfoncé dans son rocking chair dans la bibliothèque de sa résidence d’automne, un verre d’un whisky japonais à la main dont la morsure lui permettait de mieux affronter ce souvenir, il aurait dû répondre autre chose à Marion Douillard lors de cette fameuse boum de la 4e verte. »
Jean-Philippe

 

En fait, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça

 

Carmencita avait été embauchée en 2012 dans une fabrique de vaporettes, anciennement l’usine fabricant des cigares où avait travaillé son arrière grand mère, bien des années auparavant, et qui avait fermé à cause d’un gros scandale.

Carmen, son aïeule belle et volage, avait assassiné l’un de ses amants, un militaire fou d’elle… Après avoir passé plusieurs années derrière les barreaux elle épousa le directeur de la prison qui avait, lui aussi, succombé à son charme.

Ils eurent des enfants dont Carmencita était la descendante.

Une société américaine racheta les locaux et, sentant le vent de puritanisme anti-tabac souffler sur Cuba, fit un très bon investissement en y fabricant des cigarettes électroniques qui se vendaient fort bien.

 

 

Le corbeau se faisait vieux, il était sourd à présent et n’entendit donc pas les flatteries du goupil. Il finit de déguster tranquillement son Coulommier.

 

 

Robinson Crusoé avait sauvé son portable du naufrage, il put appeler les gardes côtes qui arrivèrent rapidement et ce, dès le jeudi.

 

 

Heidi  a hérité de son grand père, divulgué son histoire sur les réseaux sociaux et fait la une des journaux à sensation.

 

 

Adam, allergique aux pommes n’y a pas goûté, il en a fait de la compote qu’il a donnée au serpent, ce qui  a valu à ce dernier de gros soucis intestinaux.

 

Nadine

 

J’aime, j’aime pas…

J’aime enrouler mes mains autour d’un bol de thé chaud.

 

J’aime être réveillée par les oiseaux juste avant la sonnerie du réveil.

 

J’aime le mot délicieux.

 

J’aime entendre l’éclat de rire d’un bébé.

 

J’aime organiser des repas de dernière minute avec des amis, du genre : « restez dîner, on va bricoler avec ce qu’il y a dans le frigo ».

 

J’aime discuter avec mes garçons.

 

J’aime marcher pieds nus sur du gazon fraîchement tondu.

 

Je n’aime pas voir des sandales portées avec des chaussettes.

 

Je n’aime pas la sensation d’avoir manqué de temps.

 

Je n’aime pas le dimanche soir parce qu’il porte le poids de la semaine à venir.

 

Je n’aime pas me sentir indisponible pour ceux que j’aime.

 

Je n’aime pas quand tout va trop vite et que je me retrouve obligée d’agir sans avoir pris le temps d’apprécier le contexte.

 

Je n’aime pas les retours de vacances dans une maison vide.

 

Je n’aime pas les paroles inutiles destinées à meubler les blancs, je préfère les blancs.

 

Marianne

Un autre point de vue de l’histoire

Un autre Point de vue de l’histoire
Je viens d’être recrutée par le quotidien « les dernières nouvelles de Bethlehem » pour couvrir un événement qui passionnent les habitants ces derniers jours: la naissance d’un bébé de migrants dans une grotte d’ordinaire occupée par un taureau qui y trouve refuge lorsque le temps est à l’orage ou qu’il en a assez d’être dérangé par les beuglements de cette vache en mal d’amour qui le poursuit de ses assiduités.
L’affaire faisait grand bruit. Ces étrangers dont personne ne voulait avaient dû convaincre le taureau de les laisser s’installer pour permettre à la maman de donner naissance à une belle petite  fille déjà nantie d’une chevelure toute bouclée, noire de geai.
J’ai eu du mal à arriver jusqu’à l’entrée de la grotte et j’ai croisé une vache qui peinait autant que moi mais semblait attirée, comme aimantée, par ce lieu à l’extérieur duquel séchaient quelques oripeaux fraîchement lavés.
Il faisait très chaud et m’aventurant à l’intérieur prudemment, j’aperçus un très vieil homme et une toute jeune femme penchés sur cette litière de paille sur laquelle reposait tranquillement le bébé.
Je m’attendais à une tirade en règle sur le manque d’empathie des autorités locales assortie de quelques plaintes bien senties pour énumérer leurs besoins matériels.
Mais ce n’était en rien leur propos….
Ils s’esbaudissaient devant leur poupon et c’est ma pauvre vache qui jeta un trouble en pénétrant dans l’antre toute essoufflée sous l’œil catastrophé du taureau.
La jeune femme par contre avait vu les jolies mamelles gonflées de la polissonne et vite compris les bienfaits à tirer de ce garde manger enamouré.
J’interrogeais mes protagonistes. Avant d’en arriver là, j’avais déjà bien en tête la description du lieu. Quelques photos sur mon portable allaient me permettre de camper le décor pour nos lecteurs.
Il s’agissait effectivement d’un couple improbable. Elle était si jeune..et lui si vieux!. Ils avaient cheminé longtemps. Elle à dos d’ânesse..il faudrait du lait pour laver leur peau..et du lait aussi peut être pour le bébé. Lui marchand à côté, la badine à la main pour stimuler « Fissa »
C’était le nom de l’ânesse.
Elle était où au fait leur monture? Elle a peur du taureau ! Mail elle va venir, c’est sûr. Elle nous est très attachés !
La vache ne tarda pas à être prénommée
« coush-coush » tant son appétit pour le taureau était évident ! Je les fis sourire en leur proposant de dénommer ce beau mâle
« Brochette »
Je proposais de me rapprocher de notre petite demoiselle. Je voulais la photographier et saisir aussi le regard des parents. Il fallait que mon article passionne sans tomber dans le pathos..
Consigne appuyée de mon employeur.
Je pense avoir fait un travail conforme à cette première mission…humanitaire
Alors que je prenais congé, je vis arriver l’ânesse encore bâtée du voyage et risquant un regard furtif vers l’intérieur…
Je revenais brusquement sur mes pas..j’avais oublié de demander quel nom ils allaient donner à leur beau bébé ?
« Harissa »
Voilà bien une histoire piquante à coucher très vite sur le papier du journal en espérant un « bon à tirer » sans coupures!

Catherine Damois

En fait, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça

Ce n’est pas parce qu’il s’était arrêté partout que le lièvre de la fable est arrivé le dernier, ou en tout cas ce n’est pas uniquement pour cette raison. L’histoire ne le dit pas, mais la tortue, passant devant une petite coupelle posée au bord du chemin, réalisa qu’elle avait soif et elle s’arrêta pour boire. Il se trouva que cette eau contenait du gingembre et notre tortue, qui n’avait pas du tout l’habitude de prendre des stimulants, se sentit pousser des ailes.

 

 L’ornithorynque, drôle de mammifère pourvu de nageoires, doit son aspect singulier à son étourderie : il était perdu dans ses pensées lorsque Noé donna le signal d’embarquement sur l’Arche.  Du coup il manqua le départ. Le pauvre animal doit sa survie à sa capacité d’adaptation dans les inondations.

 

 La grand-mère du petit chaperon rouge n’était pas toute seule dans son lit, elle était avec le grand-père. Quand le loup a frappé à la porte, le grand-père est sorti pour voir qui était là, et il s’est retrouvé enfermé dehors.

 

Le Petit Poucet et ses frères avaient une sœur, mais comme elle avait très peur du noir elle s’est cachée au moment de partir dans la forêt. Ensuite elle a vite compris qu’il ne faisait pas bon rester dans cette maison, alors elle est partie vivre chez une voisine.

 

Le vilain petit canard n’était pas si vilain que ça, il était seulement beaucoup plus malin, et donc beaucoup moins docile que ses frères. C’est pour cette raison qu’il ne trouvait pas sa place dans la fratrie.

 

Pinocchio n’avait pas que le nez qui s’allongeait, ses oreilles aussi pouvaient atteindre des proportions très encombrantes. Elles grandissaient lorsqu’elles entendaient des mensonges, ce qui n’était pas très confortable pour ce pauvre Pinocchio. Ça n’arrangeait pas trop non plus la morale de l’histoire, on a donc préféré occulter ce phénomène d’oreilles variables.

 

Cendrillon s’était abîmé le pied en courant sans sa chaussure, et en plus elle s’était tordu la cheville de l’autre côté. Elle aurait dû retirer sa deuxième chaussure, ce n’est pas bon de courir avec une unique chaussure à talon aiguille. Du coup quand le prince est venu lui faire essayer la pantoufle de vair, ses pieds étaient tout gonflés et violacés, la pantoufle ne lui allait pas du tout. Et c’est une chance parce qu’entretemps Cendrillon était tombée amoureuse de Basile, le gentil berger du village voisin. La hâte de rejoindre son amoureux accéléra la cicatrisation de ses pieds meurtris. Elle déménagea deux semaines plus tard pour une vie heureuse et bien remplie.

 Marianne

Un autre point de vue de l’histoire

Blanche-Neige fait nainporte quoi

Quand nous l’avons trouvée, couchée dans l’un de nos lits, j’ai tout de suite su que cette fille allait nous apporter des ennuis.
Déjà, elle avait pénétré chez nous avec effraction, bousculé les chaises, salit de la vaisselle. Et la voilà, dormant dans le lit de Prof, sa chevelure noire étalée sur l’oreiller. Si jolie!
Les autres en étaient béats, des sourires niais aux lèvres, ils admiraient le tableau. J’en aurais bien fait autant mais ne l’aurais laissé paraître pour rien au monde.
Elle s’est réveillée quand un rayon de soleil s’est posé sur sa joue  blanche comme le lait. Elle a ouvert les yeux et alors là ! Des yeux bleus magnifiques mais durs,  qui nous dévisageaient avec suspicion.
 » Que faites vous, qui êtes vous pour me regarder de cette façon ?
– Mais c’est à nous de vous le demander, dis je, nous sommes les occupants de cette maison, les sept nains
– Oui, les occupants de cette maison, répéta Simplet en la dévorant toujours des yeux
– Ah! Moi c’est Blanche Neige, je suis arrivée ici parce que….
Et là elle nous débita une histoire à dormir debout de belle mère jalouse, de père incapable, de sa fuite sur le périph, pour échapper à la méchanceté d’un type qui devait lui prendre son coeur.
Un feuilleton abracadabrant qu’ils semblèrent gober.
Moi pas.
Elle se leva en s’étirant.
 » Bon c’est pas le tout, mes petits gars, car on ne peut pas dire que vous soyez bien grands vous sept,ricana-t-elle ironiquement, j’ai faim moi. »
Le repas fut préparé, elle en dévora presque la moitié à elle seule, nous laissant sur notre faim à nous, rota puis alla fumer une cigarette odorante dans le jardin sans nous remercier.
Tous parlaient d’elle avec moult éloges, enchantés de cette aventure. Dans mon coin je faisais la tête comme d’habitude, mais cette fois pour de bonnes raisons.
Nous lui arrangeâmes une petite chambre dans une pièce vide, elle se plaignit du matelas, qu’il n’y avait pas de télé et le lendemain matin, que des ronflements avaient perturbés son sommeil.
Je l’aurai volontiers giflée.
.Elle m’évitait soigneusement, semblant avoir deviné que je ne gobais pas son histoire de belle mère et la suite.
Nous partîmes au boulot en chantant comme d’habitude, non sans lui avoir fait quelques recommandations qu’elle n’écoutât pas, pressée de nous voir partir pour aller se recoucher je suppose.
Le soir, de retour chez nous, ne la voyant pas nous l’appellâmes. Pas de réponse.
Chic me dis-je, elle est partie squatter ailleurs.
Hé bien non. On entendit Rêveur pousser un cri, il venait de la découvrir, inanimée, derrière la maison.
 Nous la portâmes sur son lit sans aucune réaction de sa part, elle semblait être dans le coma.
Que faire? Certains voulaient appeller la police, un médecin.
 » Non dit Prof, on risque d’avoir des ennuis avec sa famille. Attendons un peu. »
On lui tapota les joues, les mains. Rien.
Nous dînâmes en silence. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir des inquiétudes sur cette situation, d’autant qu’il me semblait avoir entraperçu une silhouette se faufiler dans le jardin à la tombée de la nuit.
Le lendemain, rien n’avait changé. Nous décidâmes de rester à veiller Blanche Neige afin de réfléchir à une solution.
Vers onze heures l’on frappa à la porte. Pas rassurés, nous ouvrîmes. Une femme peu avenante se tenait sur le seuil :
 » C’est pourquoi?
– Il paraîtrait que ma belle fille serait chez vous, affirma-t-elle tout de go
 C’est pour qu’elle revienne à la maison, son père et moi, il se trouve qu’on a besoin d’elle
– Elle nous a dit que vous la maltraitiez
– Pas du tout, elle nous a envoyé un message pour dire que vous la séquestriez. C’est une menteuse vous savez. Laissez moi passer, je dois lui parler
– Mais….
Elle nous bouscula, ouvrit toutes les portes, trouva celle qu’elle cherchait.
La chambre était vide.
Nadine

Portrait chinois

Si j’étais le vent, je serais le vent fripon de la chanson, celui qui soulève les jupons !

 

Si j’étais une période historique, je serais le néolithique, là où tout était encore autorisé….

Les hommes pouvaient taguer les murs des grottes sans que l’on s’en offusque, ils pouvaient faire brûler n’importe quoi n’importe quand sans demander une autorisation préfectorale, manger n’importe quelle nourriture sans se demander si elle était bio, garantie sans OGM, sans pesticides  antibiotiques ou conservateurs. Les hommes ignoraient si ils étaient végétariens, vegans ,locovores GBLT, europhobes,europhiles, mondialistes, antisémites, islamophobes….ils dormaient bien, la preuve ils ne consommaient ni somnifères ni anxiolytiques

Isabelle

Une métaphore consolante

L’échelle du temps

Puisque tu ne peux pas t’enlever de la tête que cet anniversaire particulier, cette année, te déprime, laisse-moi te dire comment je vois les choses.
Ce qui me vient spontanément à l’esprit, et qui pourrait t’aider à dépasser cette situation, c’est l’échelle du Temps.

Oui, l’échelle du Temps.

Imagine-la, cette échelle.

Tu as commencé tout en bas, tu balbutiais, tu t’accrochais péniblement aux premiers barreaux pour essayer de te mettre debout. Tu retombais, tu réessayais. Après bien des efforts, tu as réussi.

Tu as grandi, tu as monté fièrement quelques barreaux supplémentaires. Dans ta hâte, parfois, tu chutais. Pas grave, tu remontais, chaque fois un peu plus haut.

De réussite en échec, d’échec en réussite, tu as continué à grimper le long de cette échelle.

Arrivée au milieu, à peu près, tu as été prise de vertige. Tu t’es retournée. Waouh ! Tu avais pris sacrément de la hauteur. Oui, mais, si jamais tu retombais, alors la chute serait plus dure…

Après quelques hésitations, quelques doutes, quelques décisions difficiles, tu as repris ton escalade. Curieusement, cela t’a paru plus facile, tu te souviens ? Comme si le chemin parcouru t’avait apporté une certaine légèreté, comme si tu t’étais débarrassée de la pesanteur qui ralentissait ta marche.

Et oui, du coup, le temps a passé plus vite, de plus en plus vite. Tu la grimpais allégrement, cette échelle, avec une énergie renouvelée.

Et te voilà maintenant parvenue à ce que tu imagines être les derniers barreaux. Mais comment peux-tu le savoir ? Les derniers barreaux, pour certaines personnes que tu as connues, ils étaient placés beaucoup plus bas, tu ne le sais que trop bien. Tandis que d’autres en ont gravi une très grande quantité avant de s’envoler définitivement.

Regarde-la, ton échelle, retourne-toi sans peur, contemple le paysage, en bas, autour de toi, et lève la tête vers le ciel.

Les derniers barreaux, ils sont enveloppés de nuages, de brume, de soleil, d’étoiles.

N’essaie pas de percer trop tôt le mystère.

Claire