Mélanie Poulard à Emile Lenôtre, cuisinier à l’EPAD où je réside
Catégorie : Textes d’ateliers
A chaque atelier, une nouvelle proposition d’écriture est donnée. Voici quelques exemples de textes d’atelier.
Si vous voulez participer à un atelier ou que vous y avez déjà participé et souhaitez nous envoyer vos textes, contactez-nous par mail : kergrandpierre@gmail.com
Meilleurs voeux
Tous mes meilleurs vœux à Vous Tous,
à vous mes Chers Poilus,
Il y a dans ma poche…
Il y a dans ma poche un petit mot qui me perturbe
Un petit mot de vous
Vous l’homme au gilet jaune
Vous me l’avez glissé lors d’une soirée
Vous me l’avez glissé en écoutant Prévert
Je le lirai en partant pour Brest
Il pleut, il pleut sur Brest
Je ne vous tutoie pas encore
A Brest je vais lire votre petit billet
Le billet est doux
Vous êtes jaune
Jaune comme la révolte
Il pleut, il pleut sur Brest
La révolte est « je vous aime Barbara »
Barbara n’est pas mon nom
Mais il pleut, il pleut
Je suis à Brest
A Brest vous m’aimez
Je ne m’appelle pas Barbara
Amélie
Les mains
LES MAINS
Il y avait si longtemps que ses mains couvraient cela au fond d’elle.
« Comment allez-vous ? »
« Ça va, vraiment ? ».
« Oui ça va je me sens bien, je me sens bien…aujourd’hui.
Elle souriait timidement ; je savais qu’elle me mentait.
On finit par apprendre les mensonges qui sont les derniers voiles, toujours gardés, de la détresse.
Elle bougeait un peu, comme d’habitude, sur sa chaise.
Elle a posé ses mains sur ses genoux, elle a levé le menton, elle m’a regardé : « il faut que je vous dise, il faut que je le dise ». J’ai acquiescé des yeux, attendu, elle a dit.
Ses mains se sont mises à vivre, à s’affronter, à se serrer, à se mêler par les doigts.
Elles vivaient tant que je pouvais ne pas regarder ses yeux, son regard tourné vers l’intérieur sous les plis du front.
Ses mains disaient autant qu’elles pouvaient dire: l’incompréhension, puis la douleur, puis l’horreur, puis l’impuissance, « je n’ai rien pu faire vous comprenez, rien pu faire, je n’avais pas de force, et puis maman, dire à maman, et, en écartant les mains :- Non ».
Il lui avait fallu tant de temps pour que ses mains deviennent des poings serrés, avec le peu de pitié d’elle qui lui restait. Elle avait à la main son sac de voyage, dans le couloir elle a heurté son père, elle l’a regardé, il a baissé les yeux, il a dit « tu me hais n’est-ce-pas ? » Elle a dit « non, je hais tes mains ».
Loïc
L’eau
Je suis l’eau qui me baignait lorsque ma mère me portait et qui m’a laissé, hurlant, au traumatisme de la vie qui commence
Je suis l’eau qui coulait de sa main et de sa tendresse
Je suis l’eau salée des joies d’enfance,
Je suis l’eau salée qui perlait sur les seins des adolescentes et sur les flammes de mes désirs
Je suis l’eau qui réfléchissait le soleil du soir et baignait mes rêves
Je suis l’eau qui lavait mes mains d’adulte et j’avais comme tout le monde, quelquefois, des mains sales
Je suis l’eau qui court sur l’étrave et qui quelques fois gifle à en crier de bonheur
Je suis l’eau sur lequel est lancé le pneumatique surchargé, comme sont surchargés d’horreur et d’espoir les yeux de tous mes compagnons
Je suis l’eau que la première main qui m’accueille alors, m’offre avec un sourire
Je suis l’eau de la vie, du bonheur, de la souffrance, de la délivrance
Le cœur fait-il aussi, jaillir de l’eau ?
Loïc, Octobre 2018
Les mains
Rencontre à deux mains
Un jour, après quelques années de séparation, deux mains, constellées de taches brunâtres, se rencontrèrent par hasard. Elles hésitèrent, puis se serrèrent, toutes intimidées qu’elles étaient. Les temps les avaient marquées, elles tremblaient quelque peu, d’émotion certes, mais aussi du grand âge qui les avait atteintes. Surprises, mais aussi avides d’en apprendre l’une sur l’autre, elles décidèrent d’aller prendre un café à la terrasse du « Mano a Mano ». Que de souvenirs imprimés dans leurs lignes !
Main Gauche et main Droite, une fois la gêne passée, se mirent à s’animer gaiement.
– « Te rappelles-tu de notre première rencontre », main Droite se lança la première.
– « Et comment » lui répondit main Gauche, « Tu virevoltais au cours d’un discours exalté sur ton métier. Tu m’expliquais que tu devais te montrer à la fois douce et caressante, mais également précise et pointilleuse pour les amadouer et démonter, réparer, remonter leurs mécanismes, à ces horloges aussi vivantes pour toi que des êtres humains. ». « Et pendant ce temps, suspendue à tes lèvres, j’attendais. » ajouta-t-elle.
_ « Qu’attendais-tu ainsi ? », la taquina main Droite.
– « Mais tu sais », reprit-elle, « j’étais passionnée, c’était aussi pour tromper ma timidité. L’envie de me tendre vers toi, de te prendre et te serrer entre mes doigts me faisait trembler de peur. J’étais si moite que je n’osais franchir le pas. »
– « C’est donc moi qui ai fait ce premier pas, ou plutôt je t’ai attrapée manu militari, tu connais mon tempérament impétueux, et même si j’étais toute froide, mon cœur était en feu et cognait bien fort dans ma poitrine. »
– « Le début d’une belle histoire », renchérit main Droite, « je ne t’ai plus lâchée, nous avons marché toutes les deux dans la même direction, toujours en osmose, et jointes en une muette prière, puis mains sur le cœur, nous nous sommes jurées fidélité ».
– « Nous étions bien jeunes et le temps a fini par nous séparer. » regrettèrent-t-elles en se pressant l’une contre l’autre.
En ce jour, percluses de rhumatismes, main Gauche et main Droite se firent un signe et retournèrent à leur destin.
Agnès
Avant
Avant, les poules avaient des dents.
Elles avaient la réputation d’être très intelligentes et très solidaires entre elles.
Elles ne craignaient pas le renard car, lorsqu’elles se ruaient toutes sur lui en montrant les dents, il repartait la queue basse.
Les coqs, quant à eux, avaient intérêt à bien se tenir et à ne pas faire trop les fiers. Des cocoricos un peu trop exubérants et prolongés leur valaient des coups de dents qui leur ôtaient toute envie de faire du zèle et de plastronner.
Les mères poules défendaient leurs petits avec beaucoup d’efficacité. Par ailleurs, elles ne pondaient et ne laissaient emporter que le nombre d’œufs qu’elles avaient décidé de donner aux humains.
Claire
Souvenirs tactiles
Poisseux
Enfant, la seule vue d’une barbe à papa me faisait rêver. Je ressentais immédiatement l’envie de dérouler du bout des doigts ce coton rose léger et mousseux.
Mais sitôt que je l’avais en main, l’excitation faisait place à la déception : le coton n’était pas doux, et il collait fortement aux doigts. Et le goût dans la bouche était beaucoup trop sucré.
Repoussant
Je revois notre chien Youm, un teckel à poils longs, en train de creuser dans l’herbe à côté de la piscine. Il creusait, s’arrêtait pour renifler la terre, et recommençait à creuser furieusement. Il était tout excité et concentrait toute son attention et son énergie dans ce travail. Il creusa un trou assez profond, puis s’interrompit brusquement. Il recula, le poil dressé sur le dos. Dans le trou, on apercevait, dressée comme un I, la tête et les premiers anneaux orange et verts d’une très grosse chenille bicolore.
Youm resta quelques instants interdit, le poil toujours dressé sur le dos, puis il se précipita sur le trou et il le reboucha avec la même énergie qu’il avait déployée pour le creuser.
Collant
Je me souviens des Malabars roses que nous mangions ma sœur et moi. Une fois le chwimgum bien mâché, le jeu consistait à souffler une grosse bulle hors de la bouche, en évitant de la faire éclater. Il fallait ensuite récupérer délicatement la bulle pour l’enfermer à nouveau dans la bouche. Il était permis de s’aider de ses doigts pour récupérer la bulle, à condition de les avoir mouillés pour éviter qu’ils collent.
Pour ajouter du piquant à ce jeu, il nous arrivait de mâcher deux M alabars en même temps. Nous obtenions alors des bulles énormes, plus grandes que la surface de notre visage.
Il fallait souffler le plus longtemps possible dans la bulle, très doucement, en jouant avec l’élasticité du matériau, en veillant à s’arrêter à temps avant qu’elle explose. Il n’était pas facile de sentir ce délicat stade de rupture et nous l’avons raté à plusieurs reprises. Dans ces cas-là, la fin du jeu n’était pas drôle : maman essayait, comme elle pouvait, de retirer le chwimgum dans nos cheveux longs tout en nous sermonnant. Nous étions obligées d’y passer, chacune à son tour. Il fallait rester assise, sans bouger, en essayant tant bien que mal de fermer ses oreilles aux rouspétances.
Marianne
Avant
Avant, il n’était pas nécessaire d’avoir bac+4 pour sortir un ticket du parcmètre
Avant, je n’avais pas besoin de lunettes !
Avant, les humoristes se fichaient du politiquement correct
Avant on pouvait rouler à 90km/h
Avant j’avais un chien….
Avant, le temps passait moins vite
Isabelle
La première fois
Marie
La première fois que je l’ai vue …
J’étais au bas de l’escalier, la main dans celle de ma mère.
Elle, quelques marches plus haut, accompagnée d’une copine, était déjà habituée des lieux.
Elle était belle, avec une grande natte nouée sur le côté, Marie.
Ma mère s’est adressée à elle en lui demandant de bien vouloir m’aider dans cette 1ère journée de 6 ème au collège Sévigné.
Nous ne nous sommes plus jamais quittées….
J’ai maintenant L’âge d’être grand-mère et Marie est toujours dans mon cœur.
Je lui écris, nous nous téléphonons même si nos lieux de vie sont maintenant éloignés : elle, dans les Cévennes, moi à Vannes.
Nous sommes nées à quelques heures de différence, moi au soir du 1er janvier, elle au matin du 2 janvier de la même année.
Capricornes convaincus, nous avons toutes les deux pour planète protectrice Saturne.
ET comme l’a dit le poète : « il a un joli nom Saturne et le temps tue le temps comme il peut. »
Frederique