L’eau

Ô

Plus de mille ans se sont écoulés depuis que nous avons envahi l’Andalousie. Séville, Cordoue et Grenade en sont les témoins.

A Cordoue nous avons construit La Mezquita, un écrin composé de mille pilastres, et devant un tel joyau ils se sont inclinés et la Reconquista a édifié en son sein une cathédrale. Le style mudejar est né et a marqué la fusion de nos vies, de nos échanges, de nos cultures. Un syncrétisme inouï et réussi de nos civilisations a émergé.

Nous avons bâti l’Alhambra et ses jardins en étages séparés d’escaliers et de pergolas fleuries. Les fontaines et les bassins y sont nombreux dans lesquels se reflètent la végétation et les façades ornées des palais. L’eau s’écoule en permanence, avec elle le temps mais les pierres ont figé cet instant.

Ferme les yeux et entends le ruissellement de l’eau des fontaines comme les espagnols ont entendu nos armées déferler. L’eau chante en l’honneur de l’Alhambra. Cette douce mélopée t’invite à la langueur, à la rêverie et la quiétude.

En France un prestigieux music-hall parisien porte son nom mais aucune voix n’aura égalé ce chant aquatique. Dans ces jardins paradisiaques tu es inondé de beauté et de béatitude. Ferme de nouveau les yeux et écoute comme mes paroles sont justes.

G.

Des nouvelles d’ici

Verteuil en Charente

En vacances pour quelques jours à Barateau, petit village de Charente, chez nos amis Jean-Michel et Marcel, nous sommes allés, mon frère et moi, visiter les alentours.

Nous avons vu le très beau château des La Rochefoucauld, puis accidentellement, le château de Verteuil qui  nous a brusquement rappelé nos origines.

En effet, notre arrière grand-mère s’appelait Clémence de Verteuil, s’était mariée à un Lange dans l’île de Trinidad aux West Indies.

Le chevalier de Verteuil était féal des La Rochefoucauld et son château assez remarquable.

Emus par cette rencontre, nous sommes allés boire un verre au moulin à eau sur la Charente, magnifique à cet endroit : elle coule à flots comme un torrent et nous y avons vu pêcher, d’un petit pont, une superbe truite.

En fait, c’était un château un peu en trompe l’oeil, fait pour l’apparence et les fêtes !

Un autre Verteuil, féal de Monsieur de Montespan celui-là, fut gouverneur de l’île d’Yeu.

C’était une crapule et un goujat, profitant largement de son droit de cuissage.

Mon Dieu ! Quelle famille !

Frédérique Lange, le 14 septembre 2019

Un petit évènement du quotidien et ses conséquences…

Quelqu’un s’est trompé de manteau

Ce matin là Albertine se réveillât dans la chambre baignée d’une clarté inhabituelle, enchantée. Elle courut à la fenêtre, tout était blanc, le jardin encore vierge de traces de pas. Elle adorait la neige porteuse de journées extraordinaires.

Elle allait pouvoir fouler ce tapis glacé qui l’attendait. Petit déjeuner copieux, remplir les gamelles des chats, la voilà libre.
Bon ben il faut me couvrir chaudement se dit elle en coiffant ses cheveux roux d’un gros bonnet et enfilant une moufle sur son unique main.
Machinalement elle pris son manteau dans l’entrée mais en enfilant la deuxième manche, elle s’aperçut qu’il était beaucoup trop grand pour elle.
Quelqu’un s’était trompé de manteau?
Ce ne pouvait être Pierre qui venait toujours exécuter son TIG en blouson.
Elle examinât le manteau, noir, d’une belle coupe, un tissu léger et chaud. Mettant la main dans une poche elle y trouva un gant d’homme en cuir, dans la deuxième poche pareil plus un mouchoir qu’elle dépliât. Son coeur se mit à battre, dans un coin un » R  » était finement brodé.
Albertine fouillât dans la poche de poitrine.
Un petit prospectus plié en quatre:
Rodolphe DUMONT
se produira en concert samedi 3 janvier à la salle des fêtes de Sainte Marie des Dunes à 20 heures
Récital piano:
Mozart – Chopin – Ravel
La petite institutrice se laissât choir sur une chaise. Après tant d’année! Ce signe incongru, presque surnaturel.
Comment avait-il fait pour entrer sans qu’elle n’entende rien. Bien sûr la porte n’était jamais fermée à clef à cause des chats, mais quand même.
Pourquoi ne lui avait-il pas signalé sa présence ? Avait il honte de sa stupide réaction avec cette  affaire de grille pain il y avait si longtemps?
Elle souriait et pleurait en même temps, lisant et relisant  l’invitation.
Bon ben bien sûr qu’elle irait, rien que pour voir à quoi ressemblait ce vieux fou qui pensait donc encore à elle.
Les chats vinrent se frotter contre ses jambes en ronronnant, la plus jeune sauta sur ses genoux.
Albertine souriait aux anges, toujours vêtue du grand manteau fantôme.
Perdue dans ses souvenirs, elle n’entendit pas  tout de suite que l’on frappait à la porte.
Nadine

Bien sûr…

Bien sûr et on écrit la suite bien sûr, car ne pas poursuivre c’est s’arrêter bien sûr sans savoir ce que ça signifie. Arlette se posait cette question qui trottinait dans sa tête. « Bien sûr, se dit-elle, mais c’est bien sûr. Si je décortique le mot, j’ai bien et j’ai sûr, ce qui veut dire qu’avec du bien, je ne prends pas de risque puisque c’est sûr.
Bon je vais bientôt me coucher, car je suis fatiguée de penser et de cogiter.
Tiens, il y a aussi bientôt ? Le bien et le presque immédiat. »
Arlette s’endormit bien vite, demain elle devait travailler tôt bien sûr.

  Lin

Jeter le bébé avec l’eau de bain

L’avocat se leva, c’était le moment pour lui de faire sa plaidoirie. Le président du tribunal avait décrit la situation, la prévenue sur son banc n’en menait pas large. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, c’est vrai qu’elle était un brin innocente dans sa tête. Le psychiatre qui l’avait questionnée durant des heures dans sa cellule en convenait, elle était niaise et naïve. C’était pour le psy la semaine du « n » (niaise et naïve), il se lançait des défis chaque semaine, une lettre de l’alphabet différente, et ça correspondait bien à la situation.

L’avocat de la défense avait été mandaté par la Justice car les moyens de l’accusée ne permettaient pas de se payer ces ténors qui attirent tous les médias et les chaînes d’information continue. Cela aurait peut-être servi à convaincre les jurés de l’innocence de cette pauvre fille. Innocence dans les deux sens du terme, dommage pour le psy, car il avait passé la semaine du « i » depuis plusieurs semaines.

«  Madame Marie-Thérèse Gadou, commença Maître Jean Vion du barreau de Limoges, est une femme prévenante n’ayant jamais eu maille à partir avec la Justice, elle paye ses impôts comme chacun, bon, elle fait partie des non-imposables, mais si elle l’était, elle paierait sa côte part. Elle a une vie des plus paisibles, jamais un mot de travers vis-à-vis de ses voisins. Une vrai française moyenne bien intégrée dans la Creuse.
Il arrive à chacun d’avoir un moment d’inattention et là malheureusement c’est ce qui est arrivé à Marie-Thérèse Gadou. Ce jour-là, comme bien des fois, elle se trouvait au bord de la rivière avec sa bassine, le soleil était fort, presque à la verticale. Marie-Thérèse avait oublié ses lunettes de soleil et après avoir fait la toilette de son bébé dans la bassine, elle a par mégarde jeté le bébé avec l’eau du bain.
Mesdames, messieurs les jurés, qui n’a pas un jour été aveuglé par le soleil et commis un acte de ce type ? Que ceux qui ne sont pas dans ce cas me jettent la pierre. Je demande votre indulgence, n’ajoutons pas un drame à un autre. Après la lumière vive du soleil, l’ombre pour Marie-Thérèse ne se justifie pas.

Lin

La tête dans les nuages

 

Quand j’étais enfant, nous prenions parfois l’avion pour regagner la France.

Nous quittions un ciel toujours bleu, « un ciel imbécile où jamais il ne pleut », comme le dit la chanson.

Et à mon grand étonnement et ma joyeuse surprise dans les nuages que nous survolions, je découvris le Père Noël et sa luge et plein d’autres choses que mon imaginaire très développé d’enfant solitaire a bien voulu m’offrir.

Et c’est depuis ce temps, je pense, que j’ai gardé un peu la tête dans les nuages.

Et je m’évade loin de la terre de Marrakech la Rouge et la Brûlante, avec chagrin mais aussi l’espoir d’un autre monde, plus frais, plus vert …

 Frédérique Lange

29 juin 2019

Il faut que je te dise…

Il faut que je te dise ce qui m’est arrivé hier, figure-toi que allant chercher le pain, je tombe nez-à-nez avec Patrick, un pote de l’armée que je n’avais pas vu depuis très longtemps, au moins trente ans. Ce n’est pas moi qui l’ai reconnu, mais lui. Il s’est arrêté et m’a dit : « Vous n’êtes pas Étienne, Étienne Lombard ? », « Oui, je lui ai répondu, mais à qui ai-je affaire ? Je ne vous remets pas ! », « Ah Mon coco, tu es toujours pareil, un peu réservé. Tu te rappelles dans la chambrée de la caserne, tu te défoulais en faisant le pitre? » Et nous nous sommes rappelé plein d’anecdotes, puis on a été boire un coup. Puis le temps a passé. Excuse-moi, il est trois heures du matin, c’est la police qui m’a informé que tu t’inquiétais. En tout cas une chose importante, je n’ai pas changé, toujours jeune ! C’est Patrick qui me l’a dit.

Lin