Un premier participant écrit la fin d’une histoire. Puis il passe sa feuille à son voisin qui doit écrire toute l’histoire et y ajouter une autre fin, car il y a un rebondissement après la fin de l’histoire.
1. Étrange librairie que celle coincée entre deux grands immeubles rue de la fontaine. La spécialité de la bien-nommée librairie « Au bon temps » est de vous présenter toutes sortes de calendriers, avec des enluminures qui pourraient presque rivaliser avec celles des moines scribes au Moyen-Âge. Des calendriers de saints, ceux des saints, des automobiles, des plats cuisinés. La liste est longue et non exhaustive, n’ayant jamais osé tout fouiller. Un calendrier m’a surpris plus que les autres : le calendrier de la fin. Pas de la fin d’année, l’avent est passé par là, mais de la fin dans toute sa nudité et sa cruauté. La fin de quoi, me direz-vous. La fin de rien car il n’y a pas de début. Et sans début, peut-il exister une fin ? C’est là que réside toute l’énigme.
2. La première fois que je suis rentré dans cette librairie, c’était pour y acheter un livre. Histoire classique. Quelle ne fut donc pas ma surprise en m’apercevant qu’il y avait quelques rayonnages de livres se battant en duel – littéralement, le libraire ayant arrangé des livres du Moyen-Âge face à face, en joute, avec pour armes des marque-pages originaux – quand le rayon des calendriers occupait plus de la moitié de la boutique. C’est pour ça que j’y reviens chaque année, pour chercher mon calendrier de l’année suivante, ou pour observer la nouvelle disposition des trois-quatre livres qui tirent la gueule. L’année dernière, quelques exemplaires divers sur les secrets des mondes marins avaient été mis en scène dans un terrarium aménagé.
J’ai donc ouvert ce calendrier de la fin, pour examiner son contenu, déchiffrer l’intrigue. Comme les autres, on peut lire le nom des mois, un sur chaque page, reliées par des spirales. Comme les autres, on peut y voir les chiffres, de 1 à 31, de 1 à 29, de 1 à 30.
Il n’y a pas d’années, sur ce calendrier, ni de jours – si le lundi tombe le premier ou le deux, ce n’est pas indiqué.
L’élément le plus dérangeant est sans doute le fait que les chiffres sont notés à l’envers. Le calendrier de la fin est un compte-à-rebours tous les mois. Et comme le mois de janvier suit décembre, alors il est sans fin. Sans date. Sans commencement.
Je le repose, alors. Car le calendrier de la fin pourrait être mon dernier calendrier – mais cela me priverait du plaisir d’en choisir un chaque année.
Gérard et Maëlys