Toutes les dates de janvier à juillet 2026

Lundi soir de 19h à 21h.

  • 5 et 19 janvier
  • 2 et 9 février
  • 2, 16 et 30 mars
  • 4 et 18 mai
  • 1er, 15 et 29 juin

Vendredi matin de 10h à 12h

  • 9 et 23 janvier
  • 6 et 13 février
  • 6 et 20 mars
  • 10 avril
  • 15 et 29 mai
  • 12 et 26 juin
  • 3 juillet

Samedi matin de 10h30 à 12h30

  • 10 et 24 janvier
  • 7 et 14 février
  • 7 et 21 mars
  • 11 avril
  • 16 et 30 mai
  • 13 et 27 juin
  • 4 juillet

Invitation à visiter un lieu intime

Le jardin de mon enfance

Souvenez -vous de votre taille d’enfant, à l’âge où la prise de la poignée de porte nécessite de vous mettre sur la pointe des pieds.    Laissez votre esprit vagabonder dans ce qui était appelé autrefois « le jardin du curé », l’allée centrale, les graviers collent sous vos espadrilles, vous les sentez   rouler sous vos pieds,  respirez, l’odeur va vous guider, la rose exhale, le fenouil, la lavande. Puis faufilez-vous entre les plantations, touchez doucement, vous trouverez sous vos doigts la rondeur, la douceur de la tomate.    Continuez d’avancer, vos mains seront arrêtées par les longs haricots verts.   Sortez de l’allée, attention faites-vous légers, n’allez pas trop vite, oui un mur vous stoppe, le bassin celui des anguilles, tournez autour.

 Non, n’ouvrez pas les yeux, même si vous semblez buter sur des monticules de terre, c’est celui des pommes de terre.   Vous frôlerez les dahlias ; ils sont hauts, presque plus grands que vous, ensuite sautez comme aiment tant le faire les enfants, pour ne pas écraser les fraises ;   plus loin les tamaris vous chatouilleront doucement les joues.

Écoutez, vous entendez les poules à côte du seringat qui sent si bon ?

Cette balade bucolique vous aura donné faim, vous aurez le droit de ramasser les œufs et même d’en débarrasser un de ses plumes et de le gober.

Vous venez de traverser un petit coin de bonheur d’enfant, là où les poireaux se mêlent aux fraises et les fraises aux fleurs et plus encore …

Christiane

Comment participer, combien ça coûte ?

Pour participer à un atelier d’écriture il suffit de vous inscrire à l’horaire qui vous convient en téléphonant au 06 79 71 64 58.

Après la première séance découverte, si vous décidez de continuer, il vous en coûtera 81 euros par trimestre. Le règlement du trimestre se fait en début de période. Bien entendu si vous démarrez en cours de trimestre, vous règlerez le trimestre au prorata du nombre de séances restantes.

Si vous devez manquer une séance du trimestre vous pourrez la remplacer par une autre séance de votre choix. Il vous suffira juste de prévenir pour vous inscrire dans la séance de remplacement.

Voeux, d’après le recueil 108 voeux de Mélanie Leblanc

Les vœux 

En début d’année, reprenant le travail, je trouvais sur mon bureau cette carte sur laquelle il était écrit : que tout t’apparaisse avec des yeux neufs.

J’ai reçu ces mots comme une injonction, j’avoue peu agréable même si la double intervention pour cataracte subie dernièrement laissait supposer que ma vision serait meilleure. Mais je connaissais le goût de mes collègues pour les métaphores, il ne s’agissait pas d’un suivi opératoire d’ophtalmologie.

Ces vœux peu communs, ont fini par m’interpeller et réflexion faite il m’a semblé qu’ils avaient leurs utilités, il est vrai que j’avais sur le monde un regard peu enclin à la joie, l’avenir était pour moi négatif, les lendemains qui chantent ne seraient pas, il n’y avait pas de place pour le rêve, la réalité seule la réalité.

Ces funestes pensées souvent me pesaient, et une rencontre fortuite avec un jeune enfant, m’aida à mieux comprendre cette phrase de vœux :  pour lui tout était simple, après la pluie le soleil, après la faim le repas, après l’école les copains, le rire, la joie… sa vision du monde était simpliste mais belle, pleine de rêves pour un futur heureux.

C’est ainsi que jour après jour, j’avoue non sans difficultés, je posais sur la vie un autre regard, je faisais une nouvelle lecture de mon environnement, je regardais mes congénères différemment, je réapprenais à observer avec des yeux d’enfants.

J’ai appris à voir clair même lorsque qu’il faisait sombre.

Christiane

Une fin après la fin

Un premier participant écrit la fin d’une histoire. Puis il passe sa feuille à son voisin qui doit écrire toute l’histoire et y ajouter une autre fin, car il y a un rebondissement après la fin de l’histoire.

1. Étrange librairie que celle coincée entre deux grands immeubles rue de la fontaine. La spécialité de la bien-nommée librairie « Au bon temps » est de vous présenter toutes sortes de calendriers, avec des enluminures qui pourraient presque rivaliser avec celles des moines scribes au Moyen-Âge. Des calendriers de saints, ceux des saints, des automobiles, des plats cuisinés. La liste est longue et non exhaustive, n’ayant jamais osé tout fouiller. Un calendrier m’a surpris plus que les autres : le calendrier de la fin. Pas de la fin d’année, l’avent est passé par là, mais de la fin dans toute sa nudité et sa cruauté. La fin de quoi, me direz-vous. La fin de rien car il n’y a pas de début. Et sans début, peut-il exister une fin ? C’est là que réside toute l’énigme.

2. La première fois que je suis rentré dans cette librairie, c’était pour y acheter un livre. Histoire classique. Quelle ne fut donc pas ma surprise en m’apercevant qu’il y avait quelques rayonnages de livres se battant en duel – littéralement, le libraire ayant arrangé des livres du Moyen-Âge face à face, en joute, avec pour armes des marque-pages originaux – quand le rayon des calendriers occupait plus de la moitié de la boutique. C’est pour ça que j’y reviens chaque année, pour chercher mon calendrier de l’année suivante, ou pour observer la nouvelle disposition des trois-quatre livres qui tirent la gueule. L’année dernière, quelques exemplaires divers sur les secrets des mondes marins avaient été mis en scène dans un terrarium aménagé.

J’ai donc ouvert ce calendrier de la fin, pour examiner son contenu, déchiffrer l’intrigue. Comme les autres, on peut lire le nom des mois, un sur chaque page, reliées par des spirales. Comme les autres, on peut y voir les chiffres, de 1 à 31, de 1 à 29, de 1 à 30.

Il n’y a pas d’années, sur ce calendrier, ni de jours – si le lundi tombe le premier ou le deux, ce n’est pas indiqué.

L’élément le plus dérangeant est sans doute le fait que les chiffres sont notés à l’envers. Le calendrier de la fin est un compte-à-rebours tous les mois. Et comme le mois de janvier suit décembre, alors il est sans fin. Sans date. Sans commencement.

Je le repose, alors. Car le calendrier de la fin pourrait être mon dernier calendrier – mais cela me priverait du plaisir d’en choisir un chaque année.

Gérard et Maëlys

Un moment D’écriture

Aujourd’hui était un jour tant redouté par Arthur l’écrivain. Son stock d’encre était au plus bas, et il n’avait d’autre choix que de partir à la recherche de ses ingrédients les plus précieux. Certes, il pourrait se rendre au village voisin et acheter de l’encre de Chine pour une somme exorbitante, mais il n’aimait pas la manière dont celle-ci s’écoulait sur ses pages en papier. Non, il préférait faire son encre lui-même, elle était parfaite, et elle avait cette odeur si spécifique qui l’inspirait toujours. De plus, mariée aux plumes d’oie, elle s’écoulait très bien sur son papier et séchait rapidement. Avec, Arthur faisait peu de bavures. Et le processus même de récolte de son encre lui avait inspiré une précédente histoire.

Son encre était composée de deux ingrédients uniquement. Le premier était de l’encre de poulpe, aussi avait-il, depuis quelques années, quelques spécimens dans son jardin. Il y gardait un grand bassin couvert pour éviter qu’ils ne s’enfuient. Alors le voilà, épuisette à la main et appâts dans l’autre, un bocal coincé entre les cuisses, parti à la chasse, ou à la pêche aux poulpes. En attraper un n’était pas bien difficile, il fallait juste avoir le bocal prêt à recevoir l’encre quand l’animal décidait de se défendre. Le plus difficile était de ne pas tâcher ses vêtements. En dix minutes d’efforts, il réussit à sortir victorieux de ce combat. Et de un !

Désormais, il lui fallait l’élément le plus important de cette mixture : du pipi de dragon. Et oui, c’était par hasard qu’Arthur avait découvert les propriétés de ce mélange. Trouver le dragon n’était pas difficile : il y avait une tanière à l’entrée du village, et il ne lui fallu que trente minutes à pied pour s’y rendre. Non, le plus difficile, c’était le timing. Car le dragon ne faisait ses besoins qu’une fois par semaine.

Cette fois-ci, il n’eut pas de chance. Ce n’était pas le bon jour, et le dragon n’avait pas envie. Alors, comme souvent, Arthur devait faire preuve d’ingéniosité. Parfois, il réussissait à provoquer l’envie en transvasant de l’eau dans différents récipients, ou en lui demandant de boire beaucoup d’eau. Parfois, en racontant ses terribles mésaventures, d’être si terrible et si drôle que cela déclenchait des réactions physiologiques au dragon – et parfois, il y arrivait avec ses meilleures blagues. Mais l’écrivain n’était pas humoriste, et il n’était pas toujours inspiré. Face au dragon bien embêté pour lui, Arthur hésita. Aujourd’hui, il n’était pas inspiré. Ni pour le dragon, ni pour ses écrits. Tant pis. Peut-être qu’il attendrait demain.

Au fond, cet ingrédient spécial servait surtout de bonne excuse pour ne pas travailler.

Maëlys

Renga

Exercice pour trois personnes : la première écrit le contenu de sa valise, la seconde complète la liste, enfin la troisième imagine le ou la propriétaire de la valise.

Il y a dans ma valise…

1. Il y a dans ma valise trois livres dont les pages se détachent, je joue à les inverser pour varier mes lectures. J’ai un petit coussin pour soulager ma tête quand le lit est trop dur, ou quand je dors par terre. Une brosse à dents sans poils parce que c’est inusable, et donc plus économe.

Une pierre à savon qui ne mousse pas, c’est une sorte de pierre ponce qui me permet de laver mes mains à fond, comme ça je peux ensuite laver le reste avec des mains bien propres. J’ai un tout petit peigne avec peu de dents, idéal pour mes rares cheveux !

2. Dans ma valise, il y a aussi une paire de lunettes de vue qui change de couleur en fonction du temps que je passe à lire, c’est magique ! Au bout d’un certain temps, je ne vois plus rien, et il est temps, temps, grand temps, que je passe à une autre activité. J’ai aussi un sablier pour minuter les brossages de dents. A la fin, sinon, mes gencives saignent, c’est ballot ! Et une horloge dont les aiguillent se baladent en tous sens. Une horloge bien inutile, me direz-vous, mais j’adore son petit bruit lorsque je la secoue un peu. Pour moi, elle est précieuse. Avec elle, le temps ne passe pas.

3. Mon voisin s’appelle Gaspard Casper. Enfin, non,  mais c’est ainsi que tout le monde l’appelle, y compris lui-même. Gaspard Casper m’a invité chez lui pour le conseiller, car Gaspard en vadrouille. J’ai inspecté sa drôle de valise et lui ai demandé :

– Mais, Gaspard, où vas-tu ?

Et lui m’a répondu :

– Dans le sud, je déménage.

Il est vrai que Casper pas le Nord.

Après inspection, je dois dire que Gaspard-ticipe pas beaucoup à l’économie locale. Avec ses trois cheveux sur le caillou et son hygiène de vie … bien à lui, il ne lui faut pas grand-chose dans sa drôle de valise.

– Quelques vêtements, peut-être ?

– J’ai donné tous mes manteaux et tous mes pulls, et je compte m’acheter ce qu’il faut sur place. Comme ça, je ne risque pas le supplément valise.

Voilà le genre de remarque que seul Casper-tinent peut avoir. L’on aura beau penser que Gaspard dans tous les sens, avec son horloge cassée et son coussin de tête, il y a toujours une certaine méthode à ses actions. D’un certain côté, je l’admire. Voyager, et même déménager, accompagné de son peigne et de livres en pages détachées, c’est culotté. S’il n’est pas Gaspard-fait, il est au moins Casper-turbable quant à son épopée à venir.

– Tes meubles, tes papiers, tes souvenirs ?

– C’est un appartement déjà meublé, mes papiers sont dans mes poches, mes souvenirs dans mon téléphone. Au revoir, alors, cher voisin.

Et c’est ainsi que Gaspard Casper est devenu fantôme, sa drôle de présence hantant toujours un peu mes pensées.

Texte collectif : Marianne, X, Maëlys

« il y a dans ma valise… »

Il y a dans ma valise une liseuse, quelques bermudas, tee shirts et sandales, une destination vers les pays chauds s’impose… Mon portable, mes play lists et mes écouteurs, un jeu de go ou d’échecs, une trousse de toilette, un carnet de notes et des stylos, une carte routière et un guide pour la destination souhaitée, quelques carambars. C’est tout : je voyage léger.

Enfin, ma valise est légère. Le supplément est dans mes poches : quelques conserves au cas où la nourriture locale ne me conviendrait pas. J’ai un pantalon multi-poches très fonctionnel pour les voyages, c’est un vrai garde manger. J’ai aussi une veste, un gilet multi-poches assorti à ma veste, avec, entre les deux, une poche hamac spécialement conçue pour le transport d’un saxophone télescopique. Enfin, dans mon chapeau multi-poches, je garde des jeux de société pour un ou plusieurs joueurs en cas de jours de pluie. Je voyage léger mais…utile.

Lorsque Gaston a refait son apparition dans nos vies après tant d’années d’absence, nous ayant laissé sans nouvelle de lui – on le croyait même disparu et certains le pleuraient déjà ! – lorsqu’il est revenu au village, donc, il n’était guère pimpant, avouons-le : hirsute et épuisé, amaigri et méconnaissable. Il ne disait mot, avait l’air hagard et avait bien perdu de sa superbe. Après une semaine entière de repos total… Gaston, mutique… Après un passage chez le coiffeur, un toilettage-parfumage chez le barbier, un hammam et quelques repas gargantuesques… un ogre !…Nous l’avons retrouvé tel que dans notre souvenir ému…ou presque.

Ses années de voyage, de galères, de rencontres improbables, l’avaient…comment dire…assagi ? Non, ce n’est pas ça. Mûri ? Non pas vraiment, on ne pourrait l’affirmer, il paraissait changé, mais c’était bien lui tout de même, notre Gaston, on ne pouvait pas hésiter.

Et puis, à peine remis de son périple, le voilà qui décide de repartir découvrir le monde si vaste. Déjà. Mais dans l’autre sens cette fois, prônant qu’il avait décidé de partir léger pour accéder à l’âme du voyage, sa quintessence il disait. Une simple valise suffirait : il avait tellement bourlingué qu’il connaissait la musique et suivrait le tempo. Il ne se chargerait pas davantage. Bla bla bla, bla bla bla…C’est vrai que dans sa valise, qu’il avait ouvert devant nous pour preuve, il n’y avait pas grand chose, juste l’indispensable pour voyager léger, l’utile et un minimum d’agrément. Si peu de bagages pour un si long long long voyage, nous en étions troublés.

Mais, les dernières semaines avant la date fatidique du départ, Gaston, prenant un air mystérieux de comploteur, la tête dans les épaules et scrutant les alentours d’un air circonspect, s’enfermait des heures et même des journées entières dans l’atelier de couturière de feu sa mère. Que pouvait-il bien y fabriquer ? Nous le connaissions ingénieux, pas cachottier.

Au bout d’un certain temps, il en est ressorti, l’air satisfait de lui, revêtu d’un bizarre accoutrement. Une panoplie de vêtements à poches et à clapets, digne d’un transformiste, qu’il avait réalisé sur mesure. « Je connais mes besoins, j’ai tellement bourlingué vous savez…au cas où…on ne sait jamais ce qui peut arriver, il faut pouvoir parer au plus pressé, » disait-il… M’enfin !…

Des poches, des poches et encore des poches, partout, dessus, dessous, dedans, partout vous dis-je. Même sur le chapeau, des clapets, des tiroirs…Ce n’était pas de l’élégance. Il présentait même, alors qu’il s’était déclaré paré pour l’aventure, des difficultés à se mouvoir. La valise était légère, certes, mais l’homme ? Cette fois, le voyant ainsi accoutré, traverser péniblement la cour en plein soleil, nous l’avons ovationné. Enfin, oui, enfin, nous avions retrouvé Gaston, le nôtre, le vrai, l’original. Toujours aussi décalé. C’était bien lui, tel qu’en lui même, avant de repartir sur les chemins, il nous était revenu. M’enfin !

Texte collectif Gérard, Marianne et Clara

Un texte hors atelier

VOYAGE DANS LES COTES DU NORD

Sa 4CV s’appelait Trotte Menue. Comme la petite souris accrochée au clignotant du tableau de bord. C’était une 4CV « affaires », reconnaissable aux pare-chocs et aux poignées de porte de la couleur beige clair de la carrosserie. Son amie Ginette, qui était riche, avait une 4CV « luxe », bleu-marine avec les poignées de porte et les pare-chocs chromés.

Sitôt fermé pour le mois d’août le magasin de raquettes de tennis où elle travaillait à Paris, ma tante venait me chercher chez mes parents dans la Sarthe pour m’emmener avec elle chez mes grand-parents dans les Côtes du Nord. Elle ne s’arrêtait que pour déjeuner, ce qui réduisait le risque de disputes avec mon père sur des sujets sensibles comme la chasse, qui ne manquaient pas de ressurgir pendant les repas de Noël. La conversation portait alors sur le trajet. « Tu passes par Mayenne ou par Laval » ? Nous passions toujours par Laval.

La traversée de la Mayenne était plutôt rectiligne mais accidentée et la 4CV était parfois à la peine dans les montées, ce qui amenait ma tante à jouer de la boîte de vitesses. Heureusement, il y avait les descentes pour doubler les camions et les caravanes. A Rennes, nous longions les quais de la Vilaine, nous étions en Bretagne mais encore loin du but. Quand nous arrivions dans les Côtes du Nord à Saint-Jouan-de-l’Isle, je commençais à me réjouir mais ma tante me rappelait que nous n’étions pas arrivés. « C’est long les Côtes du Nord, et nous allons à l’autre bout». La côte d’Yffiniac et ses marchands d’oignons au bord de la route annonçaient Saint-Brieuc. C’est là que nous voyions la mer pour la première fois, nous la guettions du pont d’où nous pouvions l’apercevoir brièvement.

Après, nous la quittions pour ne la retrouver qu’à l’arrivée. J’aimais traverser Guingamp et sa jolie place arborée entourée de vieilles maisons à colombages ou aux façades recouvertes d’ardoise, avant d’enchaîner les virages en descendant vers Belle-Isle-en-Terre. Nous passions alors à côté du château de Lady Mond construit en 1938, légué à la commune après sa mort et devenu la plus belle école primaire de Bretagne, selon mon grand-père qui aimait raconter l’histoire de cette fille du pays. Marie-Louise Le Manac’h, paysanne pauvre et seule fille au milieu d’une fratrie de dix, était partie à 16 ans à Paris où elle avait pu assister aux funérailles de Victor Hugo. Sa beauté, son esprit et son fort caractère l’avaient introduite dans le milieu artistique et culturel de la capitale. Après quelques aventures dont une avec un prince Espagnol, elle avait épousé un richissime industriel Anglais anobli. Une fois veuve, elle était revenue s’installer dans sa commune natale et avait fait construire ce château sur l’emplacement de la ferme de ses parents. Sa fortune lui avait permis de financer de nombreuses associations culturelles et caritatives qui ont marqué le pays. Après le rappel rituel de cette histoire digne d’un conte de fées, nous apercevions enfin la chapelle de Keramanac’h au bord de la route : nous étions presque arrivés !

Ma grand-mère nous attendait sur le perron de la maison. Elle ne savait pas à quelle heure nous étions partis car mon grand-père ne voulait plus de téléphone depuis qu’il était retraité. « Pas trop de chauffards sur la route ? » demandait-elle.

« C’est qu’elles sont dangereuses maintenant, avec toute cette circulation ». Et d’enchaîner sur les drames locaux. « Tu sais que le médecin de Lanmeur est mort dans un accident de voiture ? Une chouette l’a percuté la nuit alors qu’il allait visiter un malade ». « Pauvre bête », avait répliqué ma tante, autant pour choquer ma grand-mère que pour amuser mon grand-père dont on devinait le sourire derrière sa moustache avec ses yeux qui plissaient. Moi, je me disais que c’était dangereux de vivre à Lanmeur, avec un nom pareil.

J’étais pressé d’aller à la plage, mais le programme était établi. Il fallait d’abord ramasser les patates, les haricots et les petits pois. Mais promis, après nous irions à la plage. Sauf que la marée serait basse et que nous ne pourrions pas nous baigner. Pas grave disait ma tante, en attendant qu’elle monte, nous ramasserons les coques. C’est facile, il suffit de chercher les petits trous dans le sable. Mais j’ai beau creuser, ça ne marche pas à tous les coups. Et puis j’en ai assez de regarder tout le temps par terre. Je préfère regarder la mer, mais elle est toujours aussi loin, derrière le rocher rouge. Quand j’ai le courage de marcher jusque là, j’ai de l’eau aux chevilles, et je dois continuer à marcher longtemps pour en avoir jusqu’aux genoux. Tout ça à cause des patates, des haricots et des petits pois. De quoi me dégoûter des potagers et de la pêche à pied.

Heureusement, il y avait aussi les tournois de tennis que ma tante disputait pour conserver son classement. J’aimais bien l’accompagner, même si ça ne plaisait qu’à moitié à ma grand-mère. Elle s’inquiétait que je puisse rester sans surveillance pendant que ma tante jouait, elle avait peur que je me fasse enlever comme le fils Peugeot. Je ne voyais pas trop le rapport, même si nous avions le même prénom. On était quand même moins riches que les Peugeot. Peut-être aussi que ma grand-mère se disait qu’à 35 ans, il était temps que sa fille passe un peu moins de temps à jouer au tennis et un peu plus à chercher un mari. Mais moi, ça me convenait bien.

Il y avait trois chambres dans la maison de mes grand-parents, qui dormaient chacun dans la leur. Celle de mon grand-père m’impressionnait avec les portraits et les photos de famille. Ils n’avaient pas l’air commode, ses ancêtres, qui étaient aussi les miens. Après, j’ai compris qu’ils devaient prendre la pose, alors forcément, ils n’étaient pas très naturels. La chambre de ma grand-mère était beaucoup plus lumineuse, dans les tons rose pâle, avec une penderie claire et une petite bibliothèque de romans d’amour du début du siècle – c’était encore le vingtième – que je me suis bien amusé à lire plus tard. Leurs deux chambres communiquaient par un balcon au sud, sur lequel je ne les ai jamais vus ensemble. Il faut dire qu’il était petit ce balcon, plus esthétique que pratique.

Ma tante et moi partagions la troisième chambre, qui avait deux lits opposés. Quand nous étions couchés, elle n’avait pas besoin de me lire une histoire. Nous bavardions et refaisions la journée, commentions les événements marquants et les personnes rencontrées, évoquions les bons souvenirs et les perspectives des journées à venir. J’aimais ces moments où nous discutions sur un pied d’égalité, je me sentais grand, comme si je n’étais plus un enfant.

Eric.

Inventer une définition : Qu’est-ce qu’un flambé (n.m.) ?

Flambé : Gâteau cuit au feu de bois, à base de beurre,  de sucre, et de farine de châtaigne,  copieusement arrosé de rhum.

Isabelle P.

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Un flambé est un indicateur travaillant pour la police qui s’est fait trahir par un fonctionnaire corrompu.

Exergue : « on avait retrouvé Momo le flambé un couteau planté dans le tarbouif »

San Antonio dans « barres toi l’haricot » 

Didier S.

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Flambé : n.m. familier qui désigne le flambeur pris à son propre jeu. C’est un m’as-tu vu qui, après avoir dépensé son argent avec insolence, finit par se retrouver sur la paille. Contrairement au ruiné qui peut attirer de la compassion, le flambé n’attire que du mépris.

Marianne

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Véritable définition du mot « flambé » n.m. :

Nom vulgaire d’un beau papillon diurne, d’une coloration qui rappelle celle du machaon ou grand porte-queue.

Dictionnaire des mots rares et précieux, édition 10/18, année 1996

A partir d’une carte DIXIT

Elle venait du Nord,  et pour elle, c’était presque des vacances. Partir.

Elle avait entrepris ce voyage sans en envisager en vrai tous les enjeux ni toutes les conséquences. Elle était partie, voilà! Elle était jeune. Elle était conquérante. Aller y voir. Juste ça et faire en chemin ce qu’il faut, c’est tout. C’est simple.

Dans son sac à dos, avec le bocal de sauce hollandaise, quelques T shirts et ses illusions.

Elle avait emporté avec elle dans la besace son enthousiasme, ses convictions et beaucoup d’énergie. Déterminée elle était, comme jamais auparavant. Le monde n’attendait plus qu’elle ou peut-être était-ce elle qui attendait le monde? Toujours est-il que la paire de bottines fut rapidement usée sur les routes poussiéreuses. C’est alors qu’ils se sont rencontrés, au moment précis où elle perdait pied sous le soleil de plomb. Elle et lui, épuisés tout autant.

Lui venait du Sud. Dans son pays, le désert gagne, saison après saison, comme s’il le poursuivait. Alors, il fuit devant, il part avant d’être dévoré.

Ce soir-là, c’est peut-être le vent du désert qui soufflait sans cesse, jusqu’à rendre fou mais, lorsqu’elle a aperçu sa silhouette, telle un mirage, là-bas au loin… et juste le sable, les dunes à perte de vue, elle s’est mise à sangloter. La fatigue sans doute.

Quand il s’est approché, lui,  et qu’il l’a vue, elle, drapée de toutes ses larmes, étrange apparition, il s’est assis près d’elle sans rien dire. Elle a rompu le silence entre deux sanglots, a articulé en hoquetant qu’elle avait perdu son tube de dentifrice et que la nuit tombait et qu’il faisait trop froid , si froid désormais que jamais, jamais plus…qu’il n’y avait plus d’espoir, que tout était fini, que c’était la fin du monde, que c’était la fin de tout…

Il a sorti d’on ne peut savoir où une bouteille au fond de laquelle il restait un peu d’eau.

Et elle a bu. Dans ce flacon, il y avait l’espoir d’un autre soleil, celui d’un autre jour, qui se lèverait sur un autre monde, un monde avec dans le ciel quelques nuages et la promesse de l’eau.

Dans la vie, tout n’est pas blanc ou noir. Ensemble, ils y ont rêvé, ensemble ils y ont cru, se réchauffant mutuellement à la chaleur d’une amitié naissante… Dans le ciel encore sombre de nuit, quelques nuages et l’amorce d’un sourire sur leurs visages.

Clara

le 26 janvier 2024