Un moment D’écriture

Aujourd’hui était un jour tant redouté par Arthur l’écrivain. Son stock d’encre était au plus bas, et il n’avait d’autre choix que de partir à la recherche de ses ingrédients les plus précieux. Certes, il pourrait se rendre au village voisin et acheter de l’encre de Chine pour une somme exorbitante, mais il n’aimait pas la manière dont celle-ci s’écoulait sur ses pages en papier. Non, il préférait faire son encre lui-même, elle était parfaite, et elle avait cette odeur si spécifique qui l’inspirait toujours. De plus, mariée aux plumes d’oie, elle s’écoulait très bien sur son papier et séchait rapidement. Avec, Arthur faisait peu de bavures. Et le processus même de récolte de son encre lui avait inspiré une précédente histoire.

Son encre était composée de deux ingrédients uniquement. Le premier était de l’encre de poulpe, aussi avait-il, depuis quelques années, quelques spécimens dans son jardin. Il y gardait un grand bassin couvert pour éviter qu’ils ne s’enfuient. Alors le voilà, épuisette à la main et appâts dans l’autre, un bocal coincé entre les cuisses, parti à la chasse, ou à la pêche aux poulpes. En attraper un n’était pas bien difficile, il fallait juste avoir le bocal prêt à recevoir l’encre quand l’animal décidait de se défendre. Le plus difficile était de ne pas tâcher ses vêtements. En dix minutes d’efforts, il réussit à sortir victorieux de ce combat. Et de un !

Désormais, il lui fallait l’élément le plus important de cette mixture : du pipi de dragon. Et oui, c’était par hasard qu’Arthur avait découvert les propriétés de ce mélange. Trouver le dragon n’était pas difficile : il y avait une tanière à l’entrée du village, et il ne lui fallu que trente minutes à pied pour s’y rendre. Non, le plus difficile, c’était le timing. Car le dragon ne faisait ses besoins qu’une fois par semaine.

Cette fois-ci, il n’eut pas de chance. Ce n’était pas le bon jour, et le dragon n’avait pas envie. Alors, comme souvent, Arthur devait faire preuve d’ingéniosité. Parfois, il réussissait à provoquer l’envie en transvasant de l’eau dans différents récipients, ou en lui demandant de boire beaucoup d’eau. Parfois, en racontant ses terribles mésaventures, d’être si terrible et si drôle que cela déclenchait des réactions physiologiques au dragon – et parfois, il y arrivait avec ses meilleures blagues. Mais l’écrivain n’était pas humoriste, et il n’était pas toujours inspiré. Face au dragon bien embêté pour lui, Arthur hésita. Aujourd’hui, il n’était pas inspiré. Ni pour le dragon, ni pour ses écrits. Tant pis. Peut-être qu’il attendrait demain.

Au fond, cet ingrédient spécial servait surtout de bonne excuse pour ne pas travailler.

Maëlys

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