Renga

Exercice pour trois personnes : la première écrit le contenu de sa valise, la seconde complète la liste, enfin la troisième imagine le ou la propriétaire de la valise.

Il y a dans ma valise…

1. Il y a dans ma valise trois livres dont les pages se détachent, je joue à les inverser pour varier mes lectures. J’ai un petit coussin pour soulager ma tête quand le lit est trop dur, ou quand je dors par terre. Une brosse à dents sans poils parce que c’est inusable, et donc plus économe.

Une pierre à savon qui ne mousse pas, c’est une sorte de pierre ponce qui me permet de laver mes mains à fond, comme ça je peux ensuite laver le reste avec des mains bien propres. J’ai un tout petit peigne avec peu de dents, idéal pour mes rares cheveux !

2. Dans ma valise, il y a aussi une paire de lunettes de vue qui change de couleur en fonction du temps que je passe à lire, c’est magique ! Au bout d’un certain temps, je ne vois plus rien, et il est temps, temps, grand temps, que je passe à une autre activité. J’ai aussi un sablier pour minuter les brossages de dents. A la fin, sinon, mes gencives saignent, c’est ballot ! Et une horloge dont les aiguillent se baladent en tous sens. Une horloge bien inutile, me direz-vous, mais j’adore son petit bruit lorsque je la secoue un peu. Pour moi, elle est précieuse. Avec elle, le temps ne passe pas.

3. Mon voisin s’appelle Gaspard Casper. Enfin, non,  mais c’est ainsi que tout le monde l’appelle, y compris lui-même. Gaspard Casper m’a invité chez lui pour le conseiller, car Gaspard en vadrouille. J’ai inspecté sa drôle de valise et lui ai demandé :

– Mais, Gaspard, où vas-tu ?

Et lui m’a répondu :

– Dans le sud, je déménage.

Il est vrai que Casper pas le Nord.

Après inspection, je dois dire que Gaspard-ticipe pas beaucoup à l’économie locale. Avec ses trois cheveux sur le caillou et son hygiène de vie … bien à lui, il ne lui faut pas grand-chose dans sa drôle de valise.

– Quelques vêtements, peut-être ?

– J’ai donné tous mes manteaux et tous mes pulls, et je compte m’acheter ce qu’il faut sur place. Comme ça, je ne risque pas le supplément valise.

Voilà le genre de remarque que seul Casper-tinent peut avoir. L’on aura beau penser que Gaspard dans tous les sens, avec son horloge cassée et son coussin de tête, il y a toujours une certaine méthode à ses actions. D’un certain côté, je l’admire. Voyager, et même déménager, accompagné de son peigne et de livres en pages détachées, c’est culotté. S’il n’est pas Gaspard-fait, il est au moins Casper-turbable quant à son épopée à venir.

– Tes meubles, tes papiers, tes souvenirs ?

– C’est un appartement déjà meublé, mes papiers sont dans mes poches, mes souvenirs dans mon téléphone. Au revoir, alors, cher voisin.

Et c’est ainsi que Gaspard Casper est devenu fantôme, sa drôle de présence hantant toujours un peu mes pensées.

Texte collectif : Marianne, X, Maëlys

« il y a dans ma valise… »

Il y a dans ma valise une liseuse, quelques bermudas, tee shirts et sandales, une destination vers les pays chauds s’impose… Mon portable, mes play lists et mes écouteurs, un jeu de go ou d’échecs, une trousse de toilette, un carnet de notes et des stylos, une carte routière et un guide pour la destination souhaitée, quelques carambars. C’est tout : je voyage léger.

Enfin, ma valise est légère. Le supplément est dans mes poches : quelques conserves au cas où la nourriture locale ne me conviendrait pas. J’ai un pantalon multi-poches très fonctionnel pour les voyages, c’est un vrai garde manger. J’ai aussi une veste, un gilet multi-poches assorti à ma veste, avec, entre les deux, une poche hamac spécialement conçue pour le transport d’un saxophone télescopique. Enfin, dans mon chapeau multi-poches, je garde des jeux de société pour un ou plusieurs joueurs en cas de jours de pluie. Je voyage léger mais…utile.

Lorsque Gaston a refait son apparition dans nos vies après tant d’années d’absence, nous ayant laissé sans nouvelle de lui – on le croyait même disparu et certains le pleuraient déjà ! – lorsqu’il est revenu au village, donc, il n’était guère pimpant, avouons-le : hirsute et épuisé, amaigri et méconnaissable. Il ne disait mot, avait l’air hagard et avait bien perdu de sa superbe. Après une semaine entière de repos total… Gaston, mutique… Après un passage chez le coiffeur, un toilettage-parfumage chez le barbier, un hammam et quelques repas gargantuesques… un ogre !…Nous l’avons retrouvé tel que dans notre souvenir ému…ou presque.

Ses années de voyage, de galères, de rencontres improbables, l’avaient…comment dire…assagi ? Non, ce n’est pas ça. Mûri ? Non pas vraiment, on ne pourrait l’affirmer, il paraissait changé, mais c’était bien lui tout de même, notre Gaston, on ne pouvait pas hésiter.

Et puis, à peine remis de son périple, le voilà qui décide de repartir découvrir le monde si vaste. Déjà. Mais dans l’autre sens cette fois, prônant qu’il avait décidé de partir léger pour accéder à l’âme du voyage, sa quintessence il disait. Une simple valise suffirait : il avait tellement bourlingué qu’il connaissait la musique et suivrait le tempo. Il ne se chargerait pas davantage. Bla bla bla, bla bla bla…C’est vrai que dans sa valise, qu’il avait ouvert devant nous pour preuve, il n’y avait pas grand chose, juste l’indispensable pour voyager léger, l’utile et un minimum d’agrément. Si peu de bagages pour un si long long long voyage, nous en étions troublés.

Mais, les dernières semaines avant la date fatidique du départ, Gaston, prenant un air mystérieux de comploteur, la tête dans les épaules et scrutant les alentours d’un air circonspect, s’enfermait des heures et même des journées entières dans l’atelier de couturière de feu sa mère. Que pouvait-il bien y fabriquer ? Nous le connaissions ingénieux, pas cachottier.

Au bout d’un certain temps, il en est ressorti, l’air satisfait de lui, revêtu d’un bizarre accoutrement. Une panoplie de vêtements à poches et à clapets, digne d’un transformiste, qu’il avait réalisé sur mesure. « Je connais mes besoins, j’ai tellement bourlingué vous savez…au cas où…on ne sait jamais ce qui peut arriver, il faut pouvoir parer au plus pressé, » disait-il… M’enfin !…

Des poches, des poches et encore des poches, partout, dessus, dessous, dedans, partout vous dis-je. Même sur le chapeau, des clapets, des tiroirs…Ce n’était pas de l’élégance. Il présentait même, alors qu’il s’était déclaré paré pour l’aventure, des difficultés à se mouvoir. La valise était légère, certes, mais l’homme ? Cette fois, le voyant ainsi accoutré, traverser péniblement la cour en plein soleil, nous l’avons ovationné. Enfin, oui, enfin, nous avions retrouvé Gaston, le nôtre, le vrai, l’original. Toujours aussi décalé. C’était bien lui, tel qu’en lui même, avant de repartir sur les chemins, il nous était revenu. M’enfin !

Texte collectif Gérard, Marianne et Clara

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