Métamorphose

 C’était en 1938. J’étais parti d’une oasis pour en rejoindre une autre, avec boussole, sextant, évidemment mais j’étais jeune ; j’étais fou. Mes parents m’avaient dit : « Comment vois-tu l’avenir ? » J’avais répondu : « J’ai besoin de liberté. » Ma mère, moqueuse : « C’est ridicule. » 

     Maniant le sextant depuis plusieurs heures, j’eus l’impression de mal tenir cet objet dans mes mains, comme si le sextant avait changé de matière. Avait-il gardé la chaleur de la journée ? Avais-je les mains froides ? Curieusement, la boussole semblait avoir changé, elle aussi. A tel point que je craque une allumette pour voir la boussole. Quelle horreur ! mes doigts étaient minces et ma peau était celle de… de quoi ? Comme un poisson ! Je craquai nerveusement une autre allumette. Je ne compris pas. Je pensais être debout, mais le sol était juste sous mes yeux. L’allumette éteinte, je décidais de respirer, complètement ahuri. Je ne sentais plus mes jambes. Pensant me relever, je ne pouvais pas le faire. Ne comprenant rien à ce qu’il m’arrivait, j’avais compris qu’à l’est le jour ne tardait pas. Je pris aussi conscience qu’étant en plein désert, des odeurs fortes de sable, d’animaux, et même de plantes me parvenaient, et, en même temps, l’odeur de mon sac et de ce qu’il contenait devenait excessivement forte et désagréable. Mon miroir était tombé sur le sol et ma tête était proche. Et je commençais à comprendre … à la place de mon visage, c’était… enfin j’avais… une tête de batracien aux yeux jaunes lumineux ! Et là, je me retournai et je vis mon corps. J’étais un serpent. Mes doigts s’enfonçaient dans le sable. Dans ma stupéfaction, alors que j’entendais le vent plus intensément qu’à l’ordinaire, des bruits, qui ne pouvaient être qu’humains, me parvenaient.

     Il faisait assez jour. Revenant à mon corps, me regardant, supposant que je fatiguais par manque de sommeil, je voulu pouvoir dire stop. Impossible.

     Levant la tête, je vis en face de moi, un enfant blond, un homme vêtu comme un motard, à côté d’un avion.

     Le destin avait fait de moi celui qui allait terminer, ou prolonger, puisque cela restera un mystère, une belle histoire d’amour entre une rose et un petit prince.

     Pour me donner du courage je goûtai un bon carré de chocolat tombé de mon sac, et je m’approchai de ces deux personnages… en rampant !

Bernard

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