Fleury-Mérogis, le 10 septembre
Monsieur le Juge,
Nous nous rencontrâmes dans de funestes circonstances mardi dernier puisque j’étais dans le box des accusés et que vous me gratifiâtes d’un vigoureux coup de marteau qui me fit une bosse que je porte toujours aujourd’hui.
Je suis le cochon Carsin, je suis innocent et j’entends bien vous le prouver.
Premièrement, je me suis trouvé au mauvais endroit au mauvais moment : si j’étais mardi dernier dans la salle polyvalente de la forêt, c’est parce que je cherchais le concours de beauté. Voyez-vous, ma mère m’a toujours dit que j’étais particulièrement mignon pour un cochon, un teint bien rose, une jolie queue en tire-bouchon… Enfin bref, revenons à nos cochons, euh ! à nos moutons !
Je cherchais donc le jugement des animaux quand un lapin blanc me colle une pancarte dans les pattes et me pousse dans la salle du tribunal en me disant : « Pose pas de questions, dis oui à tout ! » Voilà pourquoi je fus embarqué contre ma volonté dans cette séance tout sauf chouette – sauf votre respect, Monsieur le Juge.
Deuxièmement, l’erreur aurait pu facilement être rectifiée si mon avocat avait pu être présent. Or, pas plus tard que la semaine dernière, Monsieur Lanio fut dévoré par le loup, alors qu’il prenait sa pause à la buvette, le même loup inculpé également et que vous relaxâtes sous prétexte qu’il était plus fort que vous aux échecs. « Les animaux, mes amis… Les aimer, les respecter », mon œil, oui !
Troisièmement, et là vous ne pourrez trouver à y redire, j’en appelle à votre bon sens. Vous m’auriez condamné pour un vol de bonbons à la menthe ou de pâtes de fruits, je ne dis pas… Mais pour un trafic de saucisson !? Vous m’avez bien regardé ?
J’en appelle donc à votre clémence, Monsieur le Juge, et vous demande instamment de faire le nécessaire pour me sortir de ce pétrin.
Le cochon Carsin
Astrid