Quelqu’un s’est trompé de manteau
Ce matin là Albertine se réveillât dans la chambre baignée d’une clarté inhabituelle, enchantée. Elle courut à la fenêtre, tout était blanc, le jardin encore vierge de traces de pas. Elle adorait la neige porteuse de journées extraordinaires.
Elle allait pouvoir fouler ce tapis glacé qui l’attendait. Petit déjeuner copieux, remplir les gamelles des chats, la voilà libre.
Bon ben il faut me couvrir chaudement se dit elle en coiffant ses cheveux roux d’un gros bonnet et enfilant une moufle sur son unique main.
Machinalement elle pris son manteau dans l’entrée mais en enfilant la deuxième manche, elle s’aperçut qu’il était beaucoup trop grand pour elle.
Quelqu’un s’était trompé de manteau?
Ce ne pouvait être Pierre qui venait toujours exécuter son TIG en blouson.
Elle examinât le manteau, noir, d’une belle coupe, un tissu léger et chaud. Mettant la main dans une poche elle y trouva un gant d’homme en cuir, dans la deuxième poche pareil plus un mouchoir qu’elle dépliât. Son coeur se mit à battre, dans un coin un » R » était finement brodé.
Albertine fouillât dans la poche de poitrine.
Un petit prospectus plié en quatre:
Rodolphe DUMONT
se produira en concert samedi 3 janvier à la salle des fêtes de Sainte Marie des Dunes à 20 heures
Récital piano:
Mozart – Chopin – Ravel
La petite institutrice se laissât choir sur une chaise. Après tant d’année! Ce signe incongru, presque surnaturel.
Comment avait-il fait pour entrer sans qu’elle n’entende rien. Bien sûr la porte n’était jamais fermée à clef à cause des chats, mais quand même.
Pourquoi ne lui avait-il pas signalé sa présence ? Avait il honte de sa stupide réaction avec cette affaire de grille pain il y avait si longtemps?
Elle souriait et pleurait en même temps, lisant et relisant l’invitation.
Bon ben bien sûr qu’elle irait, rien que pour voir à quoi ressemblait ce vieux fou qui pensait donc encore à elle.
Les chats vinrent se frotter contre ses jambes en ronronnant, la plus jeune sauta sur ses genoux.
Albertine souriait aux anges, toujours vêtue du grand manteau fantôme.
Perdue dans ses souvenirs, elle n’entendit pas tout de suite que l’on frappait à la porte.
Nadine