Les mains

LES MAINS

Il y avait si longtemps que ses mains couvraient cela au fond d’elle.

« Comment allez-vous ? »

« Ça va, vraiment ? ».

« Oui ça va je me sens bien, je me sens bien…aujourd’hui.

Elle souriait timidement ; je savais qu’elle me mentait.

On finit par apprendre les mensonges qui sont les derniers voiles, toujours gardés, de la détresse.

Elle bougeait un peu, comme d’habitude, sur sa chaise.

Elle a posé ses mains sur ses genoux, elle a levé le menton, elle m’a regardé : « il faut que je vous dise, il faut que je le dise ». J’ai acquiescé des yeux, attendu, elle a dit.

Ses mains se sont mises à vivre, à s’affronter, à se serrer, à se mêler par les doigts.

Elles vivaient tant que je pouvais ne pas regarder ses yeux, son regard tourné vers l’intérieur sous les plis du front.

Ses mains disaient autant qu’elles pouvaient dire:  l’incompréhension, puis la douleur, puis l’horreur, puis l’impuissance, « je n’ai rien pu faire vous comprenez, rien pu faire, je n’avais pas de force, et puis maman, dire à maman, et, en écartant les mains :- Non ».

Il lui avait fallu tant de temps pour que ses mains deviennent des poings serrés, avec le peu de pitié d’elle qui lui restait. Elle avait à la main son sac de voyage, dans le couloir elle a heurté son père, elle l’a  regardé, il a baissé les yeux, il a dit «  tu me hais n’est-ce-pas ? » Elle a dit «  non, je hais tes mains ».

Loïc

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