Poisseux
Enfant, la seule vue d’une barbe à papa me faisait rêver. Je ressentais immédiatement l’envie de dérouler du bout des doigts ce coton rose léger et mousseux.
Mais sitôt que je l’avais en main, l’excitation faisait place à la déception : le coton n’était pas doux, et il collait fortement aux doigts. Et le goût dans la bouche était beaucoup trop sucré.
Repoussant
Je revois notre chien Youm, un teckel à poils longs, en train de creuser dans l’herbe à côté de la piscine. Il creusait, s’arrêtait pour renifler la terre, et recommençait à creuser furieusement. Il était tout excité et concentrait toute son attention et son énergie dans ce travail. Il creusa un trou assez profond, puis s’interrompit brusquement. Il recula, le poil dressé sur le dos. Dans le trou, on apercevait, dressée comme un I, la tête et les premiers anneaux orange et verts d’une très grosse chenille bicolore.
Youm resta quelques instants interdit, le poil toujours dressé sur le dos, puis il se précipita sur le trou et il le reboucha avec la même énergie qu’il avait déployée pour le creuser.
Collant
Je me souviens des Malabars roses que nous mangions ma sœur et moi. Une fois le chwimgum bien mâché, le jeu consistait à souffler une grosse bulle hors de la bouche, en évitant de la faire éclater. Il fallait ensuite récupérer délicatement la bulle pour l’enfermer à nouveau dans la bouche. Il était permis de s’aider de ses doigts pour récupérer la bulle, à condition de les avoir mouillés pour éviter qu’ils collent.
Pour ajouter du piquant à ce jeu, il nous arrivait de mâcher deux M alabars en même temps. Nous obtenions alors des bulles énormes, plus grandes que la surface de notre visage.
Il fallait souffler le plus longtemps possible dans la bulle, très doucement, en jouant avec l’élasticité du matériau, en veillant à s’arrêter à temps avant qu’elle explose. Il n’était pas facile de sentir ce délicat stade de rupture et nous l’avons raté à plusieurs reprises. Dans ces cas-là, la fin du jeu n’était pas drôle : maman essayait, comme elle pouvait, de retirer le chwimgum dans nos cheveux longs tout en nous sermonnant. Nous étions obligées d’y passer, chacune à son tour. Il fallait rester assise, sans bouger, en essayant tant bien que mal de fermer ses oreilles aux rouspétances.
Marianne