Un autre point de vue de l’histoire

Un autre Point de vue de l’histoire
Je viens d’être recrutée par le quotidien « les dernières nouvelles de Bethlehem » pour couvrir un événement qui passionnent les habitants ces derniers jours: la naissance d’un bébé de migrants dans une grotte d’ordinaire occupée par un taureau qui y trouve refuge lorsque le temps est à l’orage ou qu’il en a assez d’être dérangé par les beuglements de cette vache en mal d’amour qui le poursuit de ses assiduités.
L’affaire faisait grand bruit. Ces étrangers dont personne ne voulait avaient dû convaincre le taureau de les laisser s’installer pour permettre à la maman de donner naissance à une belle petite  fille déjà nantie d’une chevelure toute bouclée, noire de geai.
J’ai eu du mal à arriver jusqu’à l’entrée de la grotte et j’ai croisé une vache qui peinait autant que moi mais semblait attirée, comme aimantée, par ce lieu à l’extérieur duquel séchaient quelques oripeaux fraîchement lavés.
Il faisait très chaud et m’aventurant à l’intérieur prudemment, j’aperçus un très vieil homme et une toute jeune femme penchés sur cette litière de paille sur laquelle reposait tranquillement le bébé.
Je m’attendais à une tirade en règle sur le manque d’empathie des autorités locales assortie de quelques plaintes bien senties pour énumérer leurs besoins matériels.
Mais ce n’était en rien leur propos….
Ils s’esbaudissaient devant leur poupon et c’est ma pauvre vache qui jeta un trouble en pénétrant dans l’antre toute essoufflée sous l’œil catastrophé du taureau.
La jeune femme par contre avait vu les jolies mamelles gonflées de la polissonne et vite compris les bienfaits à tirer de ce garde manger enamouré.
J’interrogeais mes protagonistes. Avant d’en arriver là, j’avais déjà bien en tête la description du lieu. Quelques photos sur mon portable allaient me permettre de camper le décor pour nos lecteurs.
Il s’agissait effectivement d’un couple improbable. Elle était si jeune..et lui si vieux!. Ils avaient cheminé longtemps. Elle à dos d’ânesse..il faudrait du lait pour laver leur peau..et du lait aussi peut être pour le bébé. Lui marchand à côté, la badine à la main pour stimuler « Fissa »
C’était le nom de l’ânesse.
Elle était où au fait leur monture? Elle a peur du taureau ! Mail elle va venir, c’est sûr. Elle nous est très attachés !
La vache ne tarda pas à être prénommée
« coush-coush » tant son appétit pour le taureau était évident ! Je les fis sourire en leur proposant de dénommer ce beau mâle
« Brochette »
Je proposais de me rapprocher de notre petite demoiselle. Je voulais la photographier et saisir aussi le regard des parents. Il fallait que mon article passionne sans tomber dans le pathos..
Consigne appuyée de mon employeur.
Je pense avoir fait un travail conforme à cette première mission…humanitaire
Alors que je prenais congé, je vis arriver l’ânesse encore bâtée du voyage et risquant un regard furtif vers l’intérieur…
Je revenais brusquement sur mes pas..j’avais oublié de demander quel nom ils allaient donner à leur beau bébé ?
« Harissa »
Voilà bien une histoire piquante à coucher très vite sur le papier du journal en espérant un « bon à tirer » sans coupures!

Catherine Damois

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