Blanche-Neige fait nainporte quoi
Quand nous l’avons trouvée, couchée dans l’un de nos lits, j’ai tout de suite su que cette fille allait nous apporter des ennuis.
Déjà, elle avait pénétré chez nous avec effraction, bousculé les chaises, salit de la vaisselle. Et la voilà, dormant dans le lit de Prof, sa chevelure noire étalée sur l’oreiller. Si jolie!
Les autres en étaient béats, des sourires niais aux lèvres, ils admiraient le tableau. J’en aurais bien fait autant mais ne l’aurais laissé paraître pour rien au monde.
Elle s’est réveillée quand un rayon de soleil s’est posé sur sa joue blanche comme le lait. Elle a ouvert les yeux et alors là ! Des yeux bleus magnifiques mais durs, qui nous dévisageaient avec suspicion.
» Que faites vous, qui êtes vous pour me regarder de cette façon ?
– Mais c’est à nous de vous le demander, dis je, nous sommes les occupants de cette maison, les sept nains
– Oui, les occupants de cette maison, répéta Simplet en la dévorant toujours des yeux
– Ah! Moi c’est Blanche Neige, je suis arrivée ici parce que….
Et là elle nous débita une histoire à dormir debout de belle mère jalouse, de père incapable, de sa fuite sur le périph, pour échapper à la méchanceté d’un type qui devait lui prendre son coeur.
Un feuilleton abracadabrant qu’ils semblèrent gober.
Moi pas.
Elle se leva en s’étirant.
» Bon c’est pas le tout, mes petits gars, car on ne peut pas dire que vous soyez bien grands vous sept,ricana-t-elle ironiquement, j’ai faim moi. »
Le repas fut préparé, elle en dévora presque la moitié à elle seule, nous laissant sur notre faim à nous, rota puis alla fumer une cigarette odorante dans le jardin sans nous remercier.
Tous parlaient d’elle avec moult éloges, enchantés de cette aventure. Dans mon coin je faisais la tête comme d’habitude, mais cette fois pour de bonnes raisons.
Nous lui arrangeâmes une petite chambre dans une pièce vide, elle se plaignit du matelas, qu’il n’y avait pas de télé et le lendemain matin, que des ronflements avaient perturbés son sommeil.
Je l’aurai volontiers giflée.
.Elle m’évitait soigneusement, semblant avoir deviné que je ne gobais pas son histoire de belle mère et la suite.
Nous partîmes au boulot en chantant comme d’habitude, non sans lui avoir fait quelques recommandations qu’elle n’écoutât pas, pressée de nous voir partir pour aller se recoucher je suppose.
Le soir, de retour chez nous, ne la voyant pas nous l’appellâmes. Pas de réponse.
Chic me dis-je, elle est partie squatter ailleurs.
Hé bien non. On entendit Rêveur pousser un cri, il venait de la découvrir, inanimée, derrière la maison.
Nous la portâmes sur son lit sans aucune réaction de sa part, elle semblait être dans le coma.
Que faire? Certains voulaient appeller la police, un médecin.
» Non dit Prof, on risque d’avoir des ennuis avec sa famille. Attendons un peu. »
On lui tapota les joues, les mains. Rien.
Nous dînâmes en silence. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir des inquiétudes sur cette situation, d’autant qu’il me semblait avoir entraperçu une silhouette se faufiler dans le jardin à la tombée de la nuit.
Le lendemain, rien n’avait changé. Nous décidâmes de rester à veiller Blanche Neige afin de réfléchir à une solution.
Vers onze heures l’on frappa à la porte. Pas rassurés, nous ouvrîmes. Une femme peu avenante se tenait sur le seuil :
» C’est pourquoi?
– Il paraîtrait que ma belle fille serait chez vous, affirma-t-elle tout de go
C’est pour qu’elle revienne à la maison, son père et moi, il se trouve qu’on a besoin d’elle
– Elle nous a dit que vous la maltraitiez
– Pas du tout, elle nous a envoyé un message pour dire que vous la séquestriez. C’est une menteuse vous savez. Laissez moi passer, je dois lui parler
– Mais….
Elle nous bouscula, ouvrit toutes les portes, trouva celle qu’elle cherchait.
La chambre était vide.
Nadine